les petits riens

….dans le fatras de  l’insignifiance  des choses, qui, mises bout à bout les unes des autres tricotent l’existence des gens, comme on fabrique une écharpe au point avant, des centaines de kilomètres d’écharpe, sans réfléchir, parce qu’on ne connait que le point avant… dans cette si ennuyeuse imbécilité mortifère de tissage de vie à la chaîne, sans aiguillage imaginé,  heureusement il y a les petits riens, si petits, si riens qu’ils restent presque invisibles mais savent  arrêter et faire dérailler les regards encore vivants pour les propulser sur des improbables ailleurs. Ces petits riens…une intonation, un mot branlant ou abscons, une lumière, le  bruit d’une page tournée, une connexion sidérante, une nuit sans sommeil, un rêve hallucinatoire, un vin épais comme du sang noir, la gibbosité de la lune, une absence incongrue, la commissure d’une bouche, une odeur… ces petits riens si anodins qui font que jamais plus, les mailles  abrutissantes ne sauront allonger l’écharpe dans sa rectitude….

image : Fusain Jacqmin

Publié dans:  on 6 février 2010 at 15:23 Commentaires (6)
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la folie érotique des femmes

A l’occasion de  la sortie du livre collectif  Folies de femmes , le service de presse des Editions Blanche a demandé à ses auteures leur définition de la folie érotique féminine.

Voici donc ma contribution ci-dessous

« Une folie lucide qui prétend à la liberté d’être fantasque, bizarre, hors normes… »

Le thème  érotique Folies de femme m’évoque une atmosphère proche du surréalisme,  un espace de liberté débridée qui s’apparente à « l’écriture automatique » que rien ne vient maîtriser ou corriger par convenance ou souci esthétique. On peut explorer tous les champs des possibles, jusqu’aux contrées les plus inconnues. Comme une montée d’adrénaline baroque, avec tous ses excès et ses tensions, les sens gouvernent de façon primitive, et ça fait du bien de faire exploser ce carcan de fais pas ci  fais pas ça. C’est le trouble infini de l’esprit tout autant que celui des corps, cet esprit qui soudain se contrefiche des codes sociaux et moraux ou mieux qui les transgresse avec jubilation et fureur. Le corps exprime ses exigences et réclame son dû. La raison bascule certes, mais sans toutefois être perdue à jamais, bien au contraire. C’est une folie lucide, si j’ose cet oxymore, créatrice,  qui prétend à la liberté d’être fantasque, bizarre, hors normes, où l’on se révèle finalement  nos penchants secrets sans crainte de jugement,  nos fascinations et nos psychoses aussi. La succulence de l’instant de fureur érotique est en elle-même une jouissance de l’esprit, bien avant celle du corps. Ce n’est pas l’esprit qui est vaincu, c’est la raison. On assiste à sa mise au tapis avec effroi puis joie. L’audace  est toujours un peu cruelle. C’est d’ailleurs tout le paradoxe : les sens et le sexe  mènent le jeu, mais en contemplant ce maelström, l’esprit  libéré exulte finalement, il ne déconnecte pas. C’est uniquement sans doute dans ces instants là que l’on peut avoir une idée de ce qui se passe dans notre subconscient  trop bien planqué à l’abri  des censeurs de tout poil, nous compris. Il ne s’agit pas d’hystérie, de dérèglement psychique profond et invalidant bien sûr, comme voudraient nous le faire croire les obscurs bien-pensants qui se sont appliqués depuis la nuit des temps à nous persuader que la femme encline plus que de raison aux  choses du sexe n’est qu’un sujet hystérique.
Et c’est dans ces instants débridés de folies érotiques que les femmes se permettent d’exister au-delà de toutes les injonctions des uns et des autres, qu’elles soient personnelles, culturelles ou sociales. Parfois de façon inconséquente, forcément,  puisque la pulsion génératrice peut, lorsque l’on navigue dans  les extrêmes, être tout autant destructrice :  mais c’est le propre de l’enjeu érotique…il n’y a pas d’assurance tout risque et c’est ce qui est excitant.

Vous pourrez lire les  définitions de ces instants de luxure débridée d’autres auteures du collectif sur le site du Blanche Mag des  Editions Blanche en cliquant sur ce lien

Crédit image : peinture érotique Museo de Bellas Artes de Asturias,  Oviedo

du premier cri au dernier souffle, ta bouche

Je regarde la bouche de métro avaler et dégueuler sa cohorte de femmes et d’hommes les yeux sur leurs chaussures, béance nauséeuse aux relents de bouche d’égouts. Cette bouche monstrueuse,   je ne vois plus que cela, et le mot bouche martèle mon esprit,  le son « ou » avale, le son » che » régurgite, ça me fait tanguer l’estomac.  Alors je regarde les bouches  qui montent et descendent l’escalier. Closes. Peintes. Gercées. Pincées. Lasses. Minces. Pulpeuses. Et je pense à la tienne. Chaude et glaciale. Qui me donna ce baiser d’adieu ce matin. Ta bouche entrouverte sur ton sanglot et sur mes lèvres sidérées n’abritera désormais plus que ta langue agile et musculeuse, tes dents, tes muqueuses, tes ongles rongés et ton pouce solitaire . Plus jamais mon sexe,  ni mon sperme, ni mes larmes, ni nos souffles ni notre salive mêlés, ni même mes doigts qui l’écartait au plus fort de ta jouissance. Plus jamais non plus mes lèvres ne viendront  y cueillir la saveur  parfois lourde et doucereuse de mon foutre , de tes baisers dans mon sillon et de ta langue dans mon cul qui te faisaient la bouche chienne.  Ta bouche est vide. Vide de mot, de bruits juteux, de cri, de désir, de faim de nous. Vide de l’éclat de ton rire. Orifice muet. Qui me hante.

Sculpture de Iglix Rugutto – les Lapidiales-  Port d’Envaux  (17)

Haïti, la radio, la télé et moi

Je bois mon thé, il est 6.48.  Radio allumée.  J’entends crier une femme qu’on ampute à vif,  le micro tendu vers ses hurlements. La voix off du journaliste – la femme crie, elle est amputée sans anesthésie – Ses hurlements sont inhumains. Le micro est bien placé. La plainte s’éternise dans la radio. Le micro toujours tendu. Un cliché montrera la bouche  grande ouverte sur le cri, les yeux fous. Ce soir à la télé.

Ce soir à la télé.

Les corps des cadavres jonchent la rue, tout est anéanti.  Les images et  les voix récurrentes depuis maintenant plus d’une semaine ne sont plus informatives, elles convoquent au spectacle  de l’horreur au milieu des repas.  Surenchère du monstrueux.   Un verre de vin pour faire passer.  Mon chèque est expédié. Celui qui sauve une vie sauve l’humanité. J’ai sauvé une vie.  Je verse des larmes inutiles et me cache sous les draps. Je rêve de  terre ouverte, de sang, de membres épars, d’épidémies, d’orphelins, de chiens affamés qui dévorent les cadavres dans les rues.

A la radio, à la télé ce soir encore. On expose l’apocalypse, encore et encore, les cadavres encore et encore, les ruines, les cris, le désespoir, l’impuissance des sauveteurs. Les américains débarquent.  Les médecins français ont besoin de psychologues sur place tellement l’horreur est insupportable. Henri Progliolo renonce à son double salaire. Elections . Bon cru pour les banques malgré la crise. Bénéfices.  Bonus. Suppression de la demi-part accordée aux veuves, veufs et personnes isolées ayant élevé des enfants, 600 000 chômeurs sans indemnités en 2010.

Rappel des titres.

Haïti pupille du monde  dit Régis Debré. Discours. Compassion.  Que sais-je de l’extrême désolation ? Concerts dédiés aux victimes. Chanter.  Alleluia  ! entend-on dans les rues haïtiennes après la réplique. Mails d’appels aux dons dans ma boîte mail. Arnaques. Nous sommes tous haïtiens dit un con. Que savent les cons de la vie des haïtiens , de la famine et du dénuement quotidiens dans le silence sidéral de leur existence hors séisme ? Impossible empathie. Haïti doit renaître au monde ou crever. Le mot espoir a depuis longtemps disparu du vocabulaire des haïtiens. Les dieux ont frappé. Les dieux ne frappent  ni l’opulence ni l’arrogance.

Ne plus écouter, ne plus regarder le sang et les larmes qui coulent dans la lucarne.  La pudeur comme la seule dignité concédée aux haïtiens.

Dans quinze jours à la télé et à la radio. Haïti en fin de journal.  3 lignes.

Je ne saurai plus. Ou que trop bien.

Encore un peu de vin, pour faire passer. Encore un peu.

image : dessin de Laurie Lipton

Publié dans:  on 22 janvier 2010 at 13:42 Commentaires (5)
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Folies de femmes, collectif de textes érotiques

Les Editions Blanche font paraître en librairie le 11 février un ouvrage collectif auquel j’ai participé,

FOLIES DE FEMMES

Collectif  de  femmes

nouvelles

Fidèles à une tradition, les Éditions Blanche laissent libre cours aux univers fantasmatiques d’une quinzaine de femmes autour, cette année, du thème de la folie amoureuse. Thème riche et évocateur, la folie amoureuse nous entraîne vers des cieux insoupçonnés.

Chacune de ces femmes a imaginé  une histoire de femme passionnée qui dévoile le meilleur et le pire d’elle-même

Laissez-vous emporter par la variété des styles et des univers érotiques de :

Françoise Rey, Anne Bert, Florence Dugas, Andréa Lou, Françoise Simpère, Cléa Carmin, Sophie Cadalen, Marie Lincourt, Emmanuelle Poinger, Lucie Lux, Mélanie Muller, Valérie Boisgel…

Des lectures pour fêter érotiquement les amoureux…

Parution : 11 février 2010

17 €

disponible aussi ici,  à la FNAC , (frais de port gratuits)


Contact presse :

Cécile Larroque

mel : c.larroque(arobase)hugoetcie.fr

Editions Blanche www.librairie-blanche.fr