le magazine LIRE snobe les éditeurs numériques

le magazine LIRE snobe les éditeurs numériques

Une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites, c’est bien connu. 

En préambule,  pour illustrer la charge contre LIRE,  un petit jeu assez savoureux : dans la vidéo que je vous propose, remplacez,  , Livre de poche  par Livre numérique , dans les propos ahurissants du con de l’homme qui s’exprime, et vous aurez sans doute  une idée de la position de la rédaction de LIRE à l’égard des éditeurs nativement numériques. Je dis LIRE parce que c’est le magazine qui me fait réagir, mais je pourrais tout aussi bien écrire  LE MAGAZINE LITTÉRAIRE, puisque de toutes façons ni l’un ni l’autre n’ouvrent jamais  leurs pages aux livres numériques, comme la plupart des autres médias d’ailleurs.

Le numéro du mois de mars du  magazine LIRE  propose un dossier, dont il fait sa couverture,  sur toutes  les façons de se faire éditer en 2016.   L’exercice relève du marronnier aux abords des dates du Salon du Livre de Paris.  4 pages passent donc en revue les différents chemins pour y parvenir , parlent des maisons d’éditions traditionnelles, donnent la parole aux éditeurs qui prétendent tous, comme les années précédentes,  lire eux-mêmes,  dès leur réception, quasiment les quelques milliers de manuscrits , et assurent qu’aucun bon livre ne peut passer à côté d’une publication.

Et puis, le magazine poursuit sa quête dans le monde de l’édition en faisant 2 pages supplémentaires sur… l’autoédition, très en vogue, puisqu’en tout français sommeille un auteur. Et comme il s’agit de passer en revue toutes les possibilités pour un auteur de se faire publier, il est naturel de s’intéresser à ce phénomène de société, appelé pour faire plus pro, les éditeurs indé, terme qui implique que l’auteur se fait entrepreneur et commercial. LIRE parle  donc de l’e-book, mais uniquement de celui qui est fabriqué par des prestataires virtuels qui bien évidemment ne font aucun travail d’éditeur, ni même de choix de textes. Il s’agit pour ces derniers de faire du business avec les livres que les auteurs veulent faire publier le plus souvent à tout prix.

Ça m’a intriguée, que LIRE fasse 2 pages sur l’autoédition, surtout que Julien Bisson dans son édito  en parle  de façon condescendante. Si le magazine s’y intéresse, c’est aussi parce que les grands éditeurs  disent  scanner ce monde virtuel, vivier potentiel de nouveaux auteurs capables de faire le buzz. Ils flairent, attendent, et lorsqu’ils voient qu’untel additionne un nombre impressionnant de téléchargements, ils le capturent pour leur proposer un contrat.

Et puis c’est tout… après l’autoédition, LIRE estime avoir épuisé la façon de se faire éditer en France en 2016.   Pas  UN seul mot, pas UNE seule mention des maisons d’éditions nativement numériques, qui font leur boulot d’éditeur et publient  pourtant bien des auteurs. Rien !  Nada. Et non seulement les éditeurs nativement  numériques n’existent pas pour LIRE mais pas plus pour Béatrice Duval  des éditions Denoël, qui assène, ainsi que le rapporte le magazine :

que l’édition risque de scinder en deux : les éditeurs traditionnels, qui continueront leur métier de dénicheurs de talent et travailleront avec l’auteur pour construire une œuvre qu’on trouvera dans les librairies. Et les autres qui s’adapteront à ce nouvel univers venu de l’autoédition, plus participatif, sans librairie, où les attachés de presse seront des communauty managers. Dans ce monde totalement formaté, on ne trouvera que des romans de genre : amour, polar, porno… 

Voilà, voilà … les gens de l’autoédition sont habillés. Mais enfin, parmi les milliers de livres autopubliés,  il y a beaucoup de pire et peu de bien, hélas, ce n’est pas faux,  même si des très beaux titres et des auteurs talentueux s’y révèlent.

Pour autant, le livre autopublié n’est pas le livre édité chez un éditeur numérique. Il s’agit de deux mondes différents. Chez un éditeur, se constitue ce fameux binôme éditeur/auteur qui bossent ensemble pour parfaire le texte.

Tout comme LIRE, Béatrice Duval  snobe complètement  les éditeurs numériques, ces gens du métier du livre qui font également  un travail de lecture, de choix de manuscrit,  puis en  en duo avec l’auteur, de correction ou de réécriture  pour tirer le meilleur de son  œuvre. En tout cas, moi je procède comme ça avec les auteurs de  la  collection  numérique que je dirige.  Que les livres de cette collection plaisent ou pas, c’est autre chose, mais je ne peux laisser un silence , un blackout  total et méprisant écrabouiller ces éditeurs méritants (parce qu’ils travaillent  plus que de raison pour des revenus de misère)  et les auteurs qu’ils publient.

Les lecteurs d’ailleurs qui lisent des livres dans ce format, sont également méprisés par LIRE, puisqu’il n’existent pas non plus…   Je lis des livres numériques,  ceux des maisons nativement numériques ou  ceux des catalogues numériques des éditeurs traditionnels. (Denoël se constitue un catalogue numérique, je vous le rappelle,  Béatrice Duval )… Seul le texte m’importe, pas le format.

Alors moi, je  ne sais pas. Vraiment, je ne sais pas ce qui peut se passer dans la salle de rédac du magazine. Ou dans la tête de Julien Bisson, son rédacteur en chef, pour faire comme si, en France, il n’y avait pas de maisons d’édition numérique. C’est  un manquement grave, ce n’est surtout pas honnête.Qu’une maison d’édition refuse d’évoquer l’édition numérique, encore, peut passer pour une posture de mauvais coucheur par crainte de la concurrence. Mais un magazine littéraire qui dédie son dossier à toute forme d’édition,  est censé informer le lecteur de la réalité.  Parce que cela relèverait de la totale mauvaise foi que d’invoquer l’omission… C’est  évidemment délibéré ; et c’est  une faute professionnelle, car  je rappelle à la rédaction de LIRE, et à Béatrice Duval, que l’édition numérique fait partie du paysage littéraire contemporain,   du métier du livre, et qu’il  existe des Assises du livre numérique :    je les informe à ce propos que  la 16ème édition va  se dérouler au Salon du livre de Paris, dans 15 jours…

 Et le comble. .. c’est que LIRE est accessible en format numérique… et ouvre ses pages… à la publicité de l’édition numérique


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