la méditation orgasmique, un commerce de détail

L’insomnie a souvent du bon, elle permet de réfléchir à des trucs qui ne retiennent pas forcément l’attention diurne.   En l’occurrence, je me suis concentrée sur la réalité de la méditation orgasmique…3 heures du mat hier, le sommeil me fuit et voilà que deux images se superposent sur l’écran de ma nuit blanche : celle du bandeau de la page facebook des éditions La Musardine, avec la mention  Commerce de détail ainsi que le logo du titre phare en cours ‘la revanche du clitoris« ( tenez, au passage, tant qu’à faire,  je rappelle que mon roman érotique Perle vient de reparaître dans cette honorable maison..)  Capture

avec l’image de l’article sur le site Slate à propos de  « La Médiation clitoridienne«  qui fait paraît-il, un tabac à Londres.Capture

La mention de La Musardine « commerce de détail’ m’a fait bien sourire parce que l’expression est un mot à tiroirs.  Et à force d’ouvrir ces tiroirs,  dans le bazar de mon cerveau comateux,  le mot commerce  et le logo du bouquin  la revanche du clitoris  ont télescopé cette fameuse -ou fumeuse-  méditation clitoridienne .

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De quoi s’agit-il ?

Pour faire bref,  (vous pouvez lire l’article référencé ci-dessus) , des femmes se payent des cours de méditation  orgasmique qui consistent à se faire branler  caresser palper rouler le ouistiti  par des hommes inconnus, pour atteindre un bien être, un état apaisé que l’orgasme  leur délivre.

Quant aux branleurs   doigteurs, l’expérience du tournicoti tournicoton manuel des petits zebulons qui  ne demandent qu’à  bondir hors de leur capuchon, leur ouvre les portes d’un monde meilleur puisqu’ils rapportent  que depuis qu’ils ont appris à donner du plaisir et de la détente, ils sont devenus de  meilleures personnes.  Ainsi,   l’un dit avoir  un lien plus fort avec ses amis et sa famille , et un autre au travail, je m’entends mieux avec mes collègues.

Le journal Slate relate que Rachel Tayeb, un spécialiste de cette méditation  orgasmique,  explique   :  Le point culminant de l’orgasme représente quelques secondes d’expérience physique, alors que l’état d’orgasme est continu plus comme un état optimal de conscience qu’on atteint grâce à l’activation des impulsions sexuelles. […] Dans l’état d’orgasme, on se sent entièrement présent et connecté aux autres, comme si un sens et une intuition plus profonde s’étaient éveillés.» 

Et alors ? me direz-vous , puisque cela fait du bien à tout le monde, où est le problème ?

A vrai dire, il n’y a pas de problème dans la pratique précisément. Love and Peace. Ce qui me gêne énormément c’est de présenter cette affaire comme une recherche spirituelle quand on taxe,  par ailleurs,  cette  même recherche d’apaisement par le plaisir physique dispensée par exemple aux handicapés, de commerce ou service sexuels,  ou quand on qualifie les femmes qui dispensent des fellations ou des masturbations aux hommes, des prostituées ou plus simplement, des  putes. Parce que justement dans ce qui est stigmatisé comme vile activité, ces prestations tarifées de la même manière ne relèvent pas forcément du coït, de la pénétration. Les prostitué(e)s et les assistant(e)s sexuels, par leurs caresses et  leurs attentives  cajoleries soignent aussi l’âme.

Peut-on rappeler quand même qu’il y a des tarifs appliqués à ces « méditations orgasmiques »  organisées en un commerce triangulaire qui en rappelle un autre :  des clientes paient une somme pour se faire donner du plaisir sexuel, des hommes sont payés pour leur en procurer, et des intermédiaires  empochent leur dû pour  leur job d’entremetteur. Bien sûr sous l’estampille spirituelle et la complaisance médiatique qui ne moufte pas face à cette hypocrisie  pourtant criante.

Que tout le monde s’envoie en l’air pour rééquilibrer ses  sept chakras, c’est très bien ! et qu’on monnaye ça, je m’en fiche,  chacun fait ce qui lui plaît, plaît…et toutes les étoiles peuvent briller …  l’esprit s’équilibre avec le corps dans un monde soumis au dieu fric.  Mais qu’on parle pour les uns d’ un chemin spirituel et pour les autres  de prostitution, ça me choque profondément.  Tous sont des clients et des pourvoyeurs de services sexuels.

Les plaisirs du corps ne peuvent pas être bons et propres d’un côté et mauvais et sales de l’autre. Il n’y a pas de morale du plaisir à géométrie variable. Si l’élégante et spirituelle « méditation orgasmique » rentre dans les thérapies relayées par les médias, alors rendons à la prostitution et à l’assistance sexuelle  leurs honneurs.

 

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