Les belles nuits

« A marche lente, me voici revenue de la nuit…
Il y avait un décor de carrefour et rien que la lune par là-dessus.
Me voici revenue de la lumière des fantômes
Me voici, tout humide
Je sors des brouillards clairs de la nuit des temps

Et mon visage n’est-il pas blanchi de cette chaux bleutée
Que partout versait la lune ?

Moi, quand je n’ai rien à dire, je me tais.
Je ne fais pas de phrases, pour en faire…
Mais c’est si rare de voir une vraie belle chose qui fait du bien au cœur, et donne envie de pleurer,
Qu’il faut absolument le dire aux autres !
Et je dis : il y a de bien belles nuits !
Et rien de plus, parce que c’est difficile à dire en vers
Avec des rimes…

Il y a de bien belles nuits !

Je me suis étendue sur la terre
J’ai embrassé du regard le plus possible de ce vaste ciel bleu profond
Avec l’espoir qu’il y aurait pour moi…
Un miracle…
Que la loi de la pesanteur perdrait en ma faveur un peu de sa rigidité
Que je pourrais voler…
A condition d’être discrète

Mais je n’ai pas assez purifié mon âme
Elle est encore trop matérielle
Je suis encore trop heureuse de tenir ferme au sol.
Mais un jour, malgré le bois, malgré la pierre,
Il y aura bien, de moi, un reste de poussière
Ne serait-ce qu’un petit grain que le vent prendra dans sa ronde
Et je ferai le tour du monde
Je volerai dans les rayons de lune
Et cela ne finira jamais
Parce qu’un seul grain de poussière
C’est indivisible, Immortel !

Et vous, mon dieu qui m’entendez
Faites, je vous en supplie
Que ce petit reste de moi,
Ce rien de poussière perdue,
Puisse se souvenir de la petite fille que je fus !

Cette petite fille un peu folle qui venait dire simplement en joyeuse confidence :
Il y a de bien belles nuits ! »

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