c’est fou la rentrée

Jan Saudek
Jan Saudek

 C’est fou le rythme des saisons, les marronniers, la lassitude des marronniers, l’ennui profond, le haut-le cœur que provoque le radotage des rentrées qui se succèdent, tout comme celui des sorties vers l’été, d’année en année les bronzages de juillet se terminent en septembre en desquamation, des peaux mortes sous la douche, comme les milliers de pages  écrites dans la fébrilité et la passion qui ne seront jamais feuilletées termineront au pilon  ou dans les solderies dès cet hiver, c’est fou les postures de rentrée, les sourires fiers de ceux qui se sont hissés dans les branches  instables de l’organigramme pendant l’été et les lèvres serrées des petites fourmis qui œuvrent  à la survie d’on ne sait quoi, on ne sait qui. Et tout recommence, pile-poil comme c’était l’année d’avant. Les mêmes têtes à claque partout, les arrogants et les cons bien contents, les mickeys et les insignifiants à l’affiche, la stérilisation des imaginaires, et rien  n’étonne, ne fait désirer, rien ne donne folle  envie,  rien ne poétise, il faut du sûr, du banquable sur l’instant, rien n’est percutant, rien ne réveille, ne grandit, c’est fou les marronniers, les mono-maniaqueries, les cages a hamster qui tournicotent, et pourtant la lune grosse avant hier et lumineuse, tu veux savoir ce qu’il y a la-haut ? et les étoiles ? de quoi sont faites les planètes et les étoiles ?  non surtout pas, ne dis rien, n’explique pas, c’est fou comme là-haut, le nez dans les étoiles tout  encore étonne, le mystère dans la nuit, le petit Prince sautille et dessine des moutons, et ça moutonne tandis qu’en bas c’est fou le blues qu’on nous orchestre à la rentrée, les chiens de berger font filer doux  les ouailles dans les rangs, putain d’été et de ciel  bleu imbécile qui n’engendrent que du réchauffé. Vivement le vent d’hiver, mordant, au moins.

Jan Saudek

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