la masturbation, de quoi j’me mêle !

Albert Rudomine
Albert Rudomine

Je vais faire ma bégueule. Même si j’écris des cochonneries dans certains de mes livres et milite pour une sexualité sans entrave.  Si la littérature peut -et doit- s’emparer de tout ce qui anime, fait vivre et crever l’humanité jusque dans ce qu’elle a de plus intime, je crois être sacrément dubitative en ce qui concerne les médias. Prenons par exemple la masturbation féminine en solo, must de l’été 2015 dans tous les médias, que ce soit à la radio, la TV  ou dans les magazines et journaux.   Dès 9 heures un matin sur France Inter un sujet sur la jouissance féminine avec en préliminaire des extraits audios de cris et hurlements de chattes hystériques en fusion ou dans les Inrocks un dossier sur la masturbation au bureau.

Déjà quelque chose de bien ordonné me hérisse, venez sur l’estrade mademoiselle me dire ce que vous fricotez sous votre jupe pendant les cours. Rendez-nous compte de vos agissements. Je vous emmerde Madame, ça ne vous regarde pas, je fais ce que veux sans en référer à  personne, et c’est ça qui est bon.

La masturbation est suprêmement intime, cette activité jouissive ne regarde que soi,  c’est plaisir que l’on se donne à l’insu de son entourage, d’ailleurs doublement savoureux quand les portes sont fermées et que l’on entend le monde s’agiter autour de soi. Plaisir égoïste que l’on a pas envie de partager ni de disséquer ni de relater.  Encore moins de justifier.  Si la littérature dit beaucoup de cela, comme elle sait dire tant des choses indicibles sans jamais vouloir contrôler ni rendre compte, monter professionnellement  des dossiers sur les jeux de mains érotiques sert surtout à racoler et faire vendre de l’audience.Et pourquoi ne pas aussi alors faire un dossier sur la façon dont on pisse ?

Après avoir entendu l’émission radio citée  et lu le dossier des Inrocks, je me dis mais bon sang vivons notre sexualité bien cachée pour qu’elle reste savoureuse. Motus et bouche cousue. Rien, vous ne saurez rien. Peut-on encore soustraire quelque chose de personnel au monde ?

Que les médias nous relatent ce qui se passe dans les HLM où crèvent les gens l’été, de ceux qui ne partent jamais en vacances, de ceux qui ne se branlent pas au travail parce qu’ils n’en ont pas, des vrais sujets quoi, mais qu’ils ne nous gâchent pas une des seules choses qui sachent encore nous mettre en joie, le sexe solitaire et discret au travail, dans les transports, à la plage à plat ventre sur sa serviette, à la messe, au resto, aux toilettes, à la barbe du monde. Partout pourvu que personne ne sache. Et même qu’on est pas obligé de se laver les mains après. J’vous jure, ça me gâche tout de voir la masturbation consignée dans les journaux.  Et si les gens veulent s’affranchir, ils n’ont qu’à ouvrir des livres, ils y liront que depuis belle lurette, vraiment belle lurette, même les femmes font cela  un peu partout, ah oui, faut voir aussi l’étonnement, les femmes se masturbent comme les hommes ! Quelle nouveauté, ils me font rire, ça a toujours été et  dans tous les milieux sociaux, dès l’enfance, que ça soit à l’école, à la maison,  puis au travail, dans les transports et les lieux publics, toujours en catimini. De quoi j’me mêle, occupez-vous de vos fesses !


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