les médias et les livres de format numérique

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mes lectures en cours

Tout de même, cette indécrottable façon de botter en touche  ou d’être totalement de mauvaise foi de la part des détracteurs du livre format numérique, ça me fait rigoler.

Que les lecteurs se cabrent, je l’admets, il faut leur donner du temps, moi-même en ai pris avant d’oser  l’expérience, je m’accrochais au papier comme nos ancêtres au  papyrus avant de consentir a ranger mes textes dans une liseuse, et à vrai dire  ce sont autant mes voyages en  train, trop  lourdement lestée, que le refus de rester à pédaler dans ma cage de hamster sans jamais avancer qui m’a fait céder.

Je suis  plutôt ringarde et une fétichiste du papier, dès que j’ai un livre entre les mains je le sniffe d’abord, ensuite j’éprouve la qualité du papier, je caresse la couverture, le feuillète et puis l’épluche avant d’en commencer la lecture. J’achète donc beaucoup de livres, j’en reçois aussi beaucoup en Services de presse. J’en garde. J’en prête. J’en donne. Hier j’en ai donné toute une cargaison à une médiathèque, c’est là que finissent la plupart de mes Services de presse après que je  les ai lus et chroniqués si j’ai du bien à en dire.

Il n’empêche, je lis aussi  les formats numériques sur mon ordinateur ou sur ma liseuse. Je suis ce que l’on appelle une grande lectrice, je lis sur tout support et si le texte était gravé sur la route, sur un mur, des feuilles volantes ou même sur un corps, une armada de corps alignés ou même en zigzag, je lirais avec plaisir, qu’importe le médium, seul le texte m’importe au commencement.

Et puis, si un texte lu sur ma liseuse m’a totalement bouleversée ou fascinée et  qu’il  existe aussi en format papier, je l’achèterai pour le plaisir tactile et visuel en sus. Une valeur ajoutée. Enfin, je n’envisage pas une maison sans livres matérialisés. Pas pour faire la cultivée ou me la péter,  pas pour ranger dans une bibliothèque, ils sont pour la plupart étalés ou en pile au sol,  jamais les mêmes, mais il faut que les textes habitent mon logis, leurs personnages  le squattent, me tiennent compagnie, une maison sans livre me fiche le cafard, j’ai besoin d’en attraper un au débotté, lire quelques lignes,  le reposer. Bref, je n’en ai pas fini avec le papier.

Lorsque les éditions Numeriklivres m’ont proposé de diriger une nouvelle collection dans mon univers de prédilection, « l’intime », le fait que ce soit une édition nativement numérique n’a pas été un élément de réflexion. J’ai immédiatement pensé aux textes, aux auteurs, à l’exploration du thème. La joie de découvrir un bon texte n’a rien à voir avec le medium qui va le véhiculer. Un livre  dématérialisé, c’est quoi ? C’est un texte.  Et comme le dit si bien le singulier J.F Gayrard, le boss de Numeriklivres, quand vous parlez d’un livre avec des amis, vous évoquez le texte jamais le medium, et c’est un argument imparable, vous en conviendrez.

Bref, j’en reviens à mon étonnement. Nous vivons dans une société hyper connectée, tous équipés d’écran de toute sorte, ordinateurs, téléphones, tablettes multitâches, nous y faisons tout dessus, lire la presse, nos mails, regarder des vidéos, la télé, des films, dans la vie privée et au travail. Et voilà que les professionnels, les médias arguent qu’ils ne sont pas équipés pour s’intéresser aux livres numériques ? Ou qu’ils n’ont pas de chroniqueurs dédiés au format numérique ? Heu…ça veut dire quoi ça…Ou encore qu’ils n’ont pas de rubrique dédiée aux format numérique ? Pour ce dernier argument, je leur propose soit d’en créer une de façon urgente, vu que les livres numériques, même minoritaires, font partie de notre culture et que tout media se doit, par définition, d’en représenter tous les visages ;  soit d’intégrer ces chroniques avec les autres puisque les critiques parlent des textes et non des supports, il leur suffira d’indiquer dans les références que c’est un format numérique. Le lecteur intéressé le lira alors de toute façon sans se soucier de son apparence. La posture, le  paraître ou  l’être en somme…

Quant à leur  dernier argument : les livres numériques ne sont pas de bonne qualité, il n’est pas acceptable  puisque les détracteurs n’en lisent pas et ne cherchent pas à défricher. Et puis il y a tant de mauvais romans papier relayés dans  les magazines…   Mais ne jamais s’intéresser à tout un pan de lecteurs, d’éditeurs, d’auteurs et de textes au prétexte qu’on ne veut pas désacraliser le livre papier et que ces gens-là  sont minoritaires relève pour le moins du conservatisme, voire de l’obscurantisme.

Une dernière chose :  le format numérique  qui n’est pas ennemi du format papier et ne  le met pas en danger, a un énorme avantage :   il fait vivre longtemps  les textes qui  ne tombent pas dans l’oubli ou le pilon  2 mois après leur parution. Une bénédiction cette absence de date de péremption…

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