Réédition de Rebecca

889306 Voici pour l’été une très plaisante lecture érotique. Rebecca est une femme mature, riche, sensuelle,  qui s’éprend de Julian, un  jeune amant d’un soir. Julian se révèle si doué au lit qu’elle lui propose d’en faire un étalon à louer pour des femmes de luxe. Voilà qui change un peu de la donne séculaire en matière de prostitution, d’autant plus que Rebecca aime beaucoup ce paumé de Julian et le traite affectueusement.

Dit ainsi le pitch ne paraît pas forcément folichon. Pourtant Jean-Yves Masson  nous livre avec brio  les secrets d’alcôves des  clientes libidineuses  de Julian, des femmes pas toujours désirables en recherche d’émotions fortes.  La description des scènes de sexe est toujours juste et puissante. Le récit est d’une belle obscénité. Les rencontres avec ces dames ne sont pas lassantes parce que le romancier maîtrise l’écriture du sexe et n’agace jamais le lecteur avec des clichés.

Julian déambule dans Paris que Masson décrit toujours précisément, on se balade avec lui, c’est très agréable. Les références littéraires et culturelles abondent, on y rencontre même des figures bien connues. Les femmes que Julian honorent ne sont pas des jouvencelles au physique impeccable, loin de là, il doit désapprendre ce qu’il appris sur la beauté et sur  le désir qui s’accommode souvent , à son grand étonnement, de la disproportion, de la disgrâce et même de la laideur. Des femmes cabossées par l’existence lui procurent des émotions, il bande et s’attendrit. Son cœur s’attache aussi à Rebecca.

Quand certains se demandent pourquoi la littérature se préoccupe d’érotisme et de sexe, le roman Rebecca apporte une réponse :  les récits de  l’expérience de Julian qui vend son corps  sont  profondément humanistes. Les huis clos sulfureux peuvent être de précieux instants, les désirs et les jouissances des langages et des cris silencieux.

Nul sensationnalisme dans ce texte cru qui donne aussi à voir ce qui n’est pas toujours plaisant à regarder. Et parfois les orgies,  les corps défaits et les fêlures révèlent de bien belles personnes. Si vous êtes curieux de ce qui peut se faire en matière de littérature érotique, ce roman est une lecture intéressante, et de surcroît très bien écrit.

Chronique également publiée sur le Salon Littéraire. ___________________

Jean-Yves Masson, Rebecca, La Musardine, collec. Lectures amoureuses, 2015, 251 pages, 8,95 euros. ___________________

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