Vincent Lambert – L’intime profané

le dernier baiser de TristanUne chose est sûre , je ne voudrais pas avoir les parents de Vincent Lambert. Ni même certains de ses amis. Vos parents comme vos amis ne vous veulent pas toujours du bien.

Exhiber sur internet son fils alors même qu’il se trouve dans un état vulnérable et misérable, est une profanation de l’intimité insupportable. Impardonnable.  La puissance du viol est dans le donner en pâture, à des millions de gens, horrifiés de toute façon.  Personne n’accepterait en pleine conscience se donner en spectacle grabataire et désespérément solitaire, sur une toile qui dépasse toutes les frontières, exposé à tous les commérages. Le mien par exemple.  Dévoiler publiquement  la plus parfaite nudité de son enfant condamné à une vie léthargique sur les écrans des internautes est à mille lieues de l’amour et de la dignité. Vouloir faire interpréter ses infimes mouvements du visage comme un appel au secours pour vivre, comme un signe de conscience dépasse l’entendement, et l’on se demande vraiment si pas une  seconde, alors, ses parents et son ami ne se sont demandé si le jeune homme ne hurlait pas silencieusement son désir d’en finir, et sa haine.

Comment un père et une mère peuvent-ils vouloir pour leur fils une survie artificielle à long terme, inhumaine, cloué sur un lit à ne rien pouvoir faire, ni communiquer, ni bouger, ni se nourrir.   A vie. Ou à mort, on ne sait plus. Leur fils est déjà hors de la vie, suspendu à un fil qui le nourrit, sans conscience, sans espoir d’amélioration. Je ne sais quel genre de foi ont ces gens-là. Que dit la religion sur la survie artificielle à tout prix. Si le cœur tient, il peut ainsi rester étendu sur ce lit toute une existence sans vie. Les parents de Vincent Lambert n’agissent pas par amour, ils trainent leur fils sur la toile par égoïsme, un égoïsme sans borne, ils ne veulent pas le laisser partir, que leur fils les quitte leur est insupportable.  lls ne veulent pas être quittés, voilà toute l’affaire,  abandonnés par un fils qui leur appartient même mort-vivant. L’ acharnement est  déjà suspect  mais  l’exhibition sur internet est de la maltraitance.

Et puis, la  question  me taraude :  même si le terme est détestable, je vais l’employer pour simplifier les choses, ou peut-être même pour faire mesurer l’impensable : a qui appartient un homme ou une femme ?  à ses parents ? à son épouse ? à son mari ? à ses enfants ? La question n’est pas absurde puisque les uns et les autres  peuvent de  disputer le droit de décider à la place d’ un homme incapable d’exprimer sa volonté. Est-on définitivement sous la tutelle de ses parents, même adulte, même marié ?

Revenons à l’intime. A l’intimité. Au huis clos de l’amour. Voilà bien tout le drame de notre société. Tout est extime. Il n’y a plus de chuchotement, de drap tiré sur ce qui blesse, même au rebord de la vie, au plus extrême de l’intimité qui ne regarde personne, surtout pas la société, la foule ni même le voisin,  les gouvernants, la caméra,  à cet instant où  seul  le pudique et précieux contact d’une main  sur la peau témoigne de l’amour, de l’abnégation et du renoncement à ses fantasmes d’éternité, du consentement à la séparation, des simples mots, mon enfant, mon amour, il est temps que tu partes, tu me quittes mais je ne reste pas seul car je t’aime. Va . C’est toujours quand ce mot est dit, va,   que l’amour s’exprime le mieux. C’est ainsi j’espère que ma mère agirait mais  je sais déjà que c’est ainsi qu’elle ferait. Comme mes amis.  Tout en déplorant bien sûr l’hypocrisie de la loi qui permet l’arrêt de l’alimentation avec sédation sans permettre le geste létal. ___________________________________________________________________

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