Et si on aimait la France, de Bernard Maris

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9782246852193-x_0 Lire les derniers mots de Bernard Maris est très émouvant parce que l’espoir et la confiance qu’il avait en les hommes se télescopent avec l’absurdité de son assassinat.  Le 2 janviers 2015 le texte de cet essai optimiste arrivait aux éditions Grasset, cinq jours plus tard, son auteur, l’économiste et chroniqueur Bernard Maris était massacré avec ses camarades dans les locaux de Charlie Hebdo. Bernard Maris débattait aussi avec Dominique Seux toutes les semaines sur les ondes de France Inter et même ceux qui n’étaient pas férus d’économie se passionnaient pour ces échanges droite/gauche intelligents, espiègles et profondément humanistes.

Et si on aimait la France dresse le bilan sans complaisance mais surtout sans masochisme, d’un pays dont les citoyens ne cessent de  s’autoflageller, de se croire coupables de tous les maux qui plombent leur pays. Il s’adresse à nous . Non, vous n’êtes pas coupables assène-t-il, vous n’êtes pas tous de sales racistes, de petits délinquants, de gros fainéants, ce n’est pas de votre faute s’il n’y a pas de  boulot, si les villes se meurent, si le pays croule sous les dettes, si le français perd ses belles lettres. Les citoyens français sont plein de ressources et de joie qu’il suffit de révéler, ils doivent retrouver l’amour de leur patrie, voilà de quoi veut nous persuader Maris.

On ne peut pas taxer l’auteur de nationalisme, l’homme est plutôt un doux anarchiste protéiforme et un économiste qui ne cessait de briser tous les préjugés austères de l’économie et de la politique.
Ici, il passe en revue tout ce qui fait la France, la république, l’éducation, la politique, la place des femmes, l’urbanisation et la désurbanisation, le péri-urbain véritable hors zone, l’architecture citadine, les banlieues,  le flicage, la question sociale, les  gentils et joyeux bobos plein de paradoxes,  les classes moyennes qui morflent, la fable de la France rurale,  le français des champs qui n’existe quasiment plus bien que le peuple français  voie encore  sa nation comme un grenier plein de ressources.

Les yeux ouverts sur la réalité mais sans les œillères mortifères qui ferment l’horizon, c’est ainsi que Bernard Maris regarde la France. On peut parfois s’étonner d’une telle foi en sa nation, lui si iconoclaste,  mais c’est certainement parce que Maris croit (l’imparfait est décidément difficile)  avant tout en l’homme.

Lire cet essai après avoir lu la satire de Guy Hocquenghem La beauté du métis  , peut donner au lecteur une impression de schizophrénie, mais qui suis-je donc en tant que français, quel est mon pays, le triste et misérable que dépeint Hocquenghem ou celui beaucoup plus solaire dont Maris nous parle ?


Bernard Maris, Et si on aimait la France, Editions Grasset, 2015, 143 pages, 15 euros.


  • cette chronique est initialement publiée sur le Salon littéraire

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