Stéphane Rose vous dit : osez devenir une bête de sexe

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Exceptionnellement je chronique un guide à la con.  J’ai toujours trouvé idiot ces modes d’emploi en matière de sexe et encore plus en matière d’érotisme.  Mais  c’est Stéphane Rose qui l’a écrit et  l’homme est intelligent, souvent bien drôle, j’ai bien aimé sa croisade du poil (Défense du poil)  et sa déclaration d’amour aux rousses (Pourvu qu’elle soit rousse), sa belle écriture,  j’ai donc fait un gros effort et lu cet Osez.

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En préliminaire, pour faire glisser la gaudriole bestiale, un peu de culture :

 Maintenant, si l’on ne peut descendre à cet état animal, qui est le vrai de la vertu épicurienne, alors il faut s’éveiller fortement, et bondir, en quelque sorte, jusqu’à la vertu stoïcienne…  c’est Alain,  qui le dit, dans ses Propos, 1913.

Et le sexe stoïque, vous avouerez… Alors,  pour tendre à une vision épicurienne du sexe, fortement animale mais … domestiquée tout de même car laalfred kubin bête n’en est pas moins homme,  ( eh oui, on ne peut pas être une bête carrément bestiale voyez-vous, Stéphane  Rose nous dit que c’est impossible  parce que la bête s’est civilisée, et là moi je pense que c’est un peu hypocrite quand même, faudrait savoir ). Bref, dans cet Osez devenir une bête de sexe, l’auteur s’adresse aux hommes puisqu’il se réfère à sa propre expérience, il invite donc ses frères à quêter le Graal sur ses traces pour oser   libérer leur potentiel bestial  en ne perdant pas de vue qu’il s’agit avant tout d’établir les liens de confiance nécessaire à une sexualité libérée et décomplexée. 

Mais c’est quoi une bête de sexe d’abord ? Selon Stéphane Rose,  c’est avant tout un homme qui aime toutes les femmes, les minces, les grosses, les belles les moins belles …Et pour parvenir à libérer la bébête qui sommeille en lui, il doit réunir ces trois-tiers, 1/3  Don Juan (il aime et sait séduire) , 1/3 obsédé (il aime et sait faire l’amour) et 1/3 amoureux (il aime vraiment les femmes et non l’objet utilisable). Pas mal sans doute, la recette, il n’en reste pas moins que l’expression bête de sexe  m’évoque plutôt la bête de cirque que l’amant idéal qui chope  (sic) la femelle avec l’art et la manière.

url Et vas-y que ce sacré Stéphane Rose embraye  avec une réflexion impeccable sur l’humilité, la classe, la tolérance, la tendresse, la recherche de sens,  l’inspiration, pour un peu on se croirait à un cours de morale ou de cathé ou même de philo.  C’est beau comme un Jésus. Et puis hop, je t’embrouille d’une pirouette,  entre deux « respect mutuel  » et  ‘aimez vos défauts et ceux de votre partenaire » il te dit que c’est bien joli  et nécessaire tout ça mais c’est surtout  une méthode pour arriver à ses fins :  parce qu’ in fine résume-t-il, la femme veut  être  aimée et souillée  comme un grosse cochonne, mais il  faut pas que ce soit dit comme ça, ni fait à la hussarde tout de suite. Il doit y avoir un crescendo,  enfin plutôt un decrescendo, d’abord dans les mots bien sentis et puis dans les postures, faits et gestes. On enrobe dans du gentil coquin pour finir dans le carrément salace. Le chapitre « le parler cru en 5 étapes » fera hurler les féministes radicales mais franchement je crois qu’il s’en fout, Stéphane Rose.  Les femmes les  plus sophistiquées peuvent aimer perdre les pédales jusqu’à se vautrer dans la soue avec délectation mais chaque femme est unique  rappelle-t-il,  et exige sa propre méthode, de la plus délicate à la plus rustre. Le dosage est  culinaire, c’est pourquoi les meilleures amants  savent cuisiner ,  manier les ingrédients et les saveurs, sucrées, salées, épicées, amères, acides… et donnent envie à leurs proies de revenir à leur table  pour des réjouissances jamais identiques.

Alfred Kubin
Alfred Kubin

Stéphane Rose est une de ces bêtes de sexe affirme-t-il, ce terme n’étant pas une performance mais une façon d’être,  il dit avoir expérimenté tout ce qu’il raconte, observé toutes ses partenaires, questionné des amies pour nourrir ses propos. Dans les premières pages il explique qu’il faut surtout décoder lors des approches la réceptivité, observer la femme que l’on convoite, trouver la porte d’entrée. Et là, dans les détails révélateurs qu’il évoque, il y a… les « chaussures de salope » Et je me demande bien ce que sont ces chaussures-là …sont-ce simplement des hauts talons ?  ou des chaussures si cambrées que ça en fait bomber le ventre ?

Quoi qu’il en soit, on peut se poser une dernière question : la bête de sexe  est-elle dangereuse ? Je peux vous affirmer que non, car je réalise quand même que j’ai voyagé  avec cette bête de sexe il y a quelques années dans un TGV  du soir en partance pour  un salon du livre à Evian,  le wagon  était désert,  je lui ai offert une bière au wagon bar tout aussi désert, nous avons dîné en tête à tête au bord du lac, dormi dans le même hôtel,  le soir était tiède, la lune nous souriait et tout et tout et…RIEN, pas le moindre frémissement de la bête, pas la moindre approche, juste une conversation certes chaleureuse mais très  chaste,  sans doute n’avais-je pas les chaussures de salope adéquates, ou émis quelque  bioluminescence dans mon regard,  mais enfin… enfin… c’est quelque peu vexant tout de même..une bête de sexe, qui aime toutes les femmes, enfin quoi ! Que je n’ai même pas émue au clair de lune. J’vous jure, quelle pub mensongère… Tout ça pour vous dire que la bête de sexe selon Stéphane Rose reste avant tout un gentleman.

Osez devenir une bête de sexe, Stéphane Rose, La Musardine, 2015.

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