Devance tous les adieux, de Ivy Edelstein

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Au plus proche de l’intime, la mort du père.
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Devance tous les adieux, comme s’ils étaient
derrière toi, ainsi que l’hiver qui justement s’éloigne.
Car parmi les hivers il en est un si long
qu’en hivernant ton cœur aura surmonté tout.
 
Le titre de ce livre est tiré d’un poème de  Rainer Maria Rilkle.
Un fils raconte le suicide de son père, il se remémore surtout l’homme et le père qu’il fut,  sa vie de mal être, son cheminement vers la lumière,  livre des fragments de sa vie  et de leur vie commune.
Ce n’est pas romancé, Ivy Edelstein a attendu trente années pour  pouvoir revenir vers l’instant où son père  a trouvé l’apaisement  alors que lui-même comprenait, impuissant qu’il allait se donner la mort.
Étonnamment  aucun pathos ne plombe le texte, Ivy Edelstein, d’une voix sobre et pure  brosse le portrait de son père, relate des faits, des gestes, des attitudes, son chagrin d’enfant impuissant et parfois rancunier  face à ce père, homme faible, homme fort,  déjà ailleurs et pourtant si présent, dévasté par le départ de sa femme et la folie du monde.
[….Il faut  remercier nos morts pour les questions qu’ils posent …
…..
….Je peux dire que tu étais effacé, violent, attentionné. Je peux dire que tu étais courageux, intelligent. Je peux dire que tu étais grand, mince, brun, que tu parlais lentement et ne posais jamais de questions gênantes, que tu détestais la bière mais pas le vin, que tu ne parlais jamais de Dieu mais le priait tous les vendredis soir, que tu aimais les enfants, les oiseaux et que tu pouvais regarder un champ de blé ou de maïs assez longtemps mais que tu n’aimais pas les couchers de soleil car ils te rappelaient ton Algérie disparue. Je crois pouvoir affirmer que tu ne faisais jamais de projet et que je ne t’ai jamais vu courir pour de vrai. Je peux dire tout cela et je n’aurais rien dit de toi. …]
 
Devance tous les adieux est un tout petit livre qui fait du bien à l’âme. Une vie ne s’achève pas au dernier souffle mais dans l’oubli et l’indifférence. Ivy Edelstein nous rappelle que la mémoire est un lieu de repos et de résurrection pour les disparus chers à nos cœur.
Nous avons tous un père, conclut l’écrivain. Oui… et même si notre père n’a jamais exprimé l’envie d’en finir, c’est une des raisons de lire ce joli texte universel, au plus proche de l’authenticité et de l’énigme  de  l’amour filial.
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A paraître le 9 avril 2014 
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NB. J’ai initialement publié cette chronique sur le Salon Littéraire.
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Ivy Edelstein, Devance tous les adieux, Editions le Cercle points, 9 avril 2015, 107 pages, 8,70 euros.

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