La dernière leçon, d’une mère à sa fille

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Aux pourfendeurs du droit à mourir dans la dignité et à celui du suicide assisté, je ne trouve meilleure réponse que ce magnifique texte  d’amour de Noëlle Chatelet , La dernière leçon.

Sous forme d’un dialogue mère-fille, l’écrivaine nous livre le récit très intime des trois mois qui ont précédé la mort choisie de sa propre mère.

Ce sera donc le 17 octobre.

C’est ainsi, par cette phrase, toute simple, ces six mots, tout simples, que tu nous l’as annoncée, ta mort. 

…………..comme on annonce la date d’un voyage, pour qu’elle soit audible à l’oreille de tes enfants en principe préparés à l’entendre, depuis des années.

Cette phrase là, je n’étais pas prête, pas prête du tout, à l’entendre pour de bon, je l’ai compris aussitôt…

La mère de Noëlle et de ses frères et sœur les avait prévenus, elle ne terminerait pas sa vie dans la souffrance mentale et physique. Il est pour la vieille femme hors de question de dépasser l’instant où elle n’aura plus les moyens d’en finir toute seule.

La fratrie savait donc que leur mère déciderait du point d’orgue de sa vie mais tant que ce n’était qu’un projet tenu à distance de la réalité, ce suicide programmé n’était qu’intellectualisé. Il en est tout autre chose lorsque Mireille Jospin,  92 ans, mère de l’ancien président Jospin et de l’écrivaine Noëlle Châtelet, arrête le jour de sa mort (qui finalement sera reportée au 5 décembre, le livre vous en apprendra la raison).

Mireille Jospin assure à sa fille Noëlle qu’elle ne mettra fin à ses jours que lorsque celle-ci acceptera de la laisser mourir. C’est ce laps de temps que raconte Noëlle Châtelet, ces trois mois de latence pendant lesquels elle doit apprivoiser la mort de sa  vieille maman. Elle reste au plus près d’elle, les deux femmes conversent, Noëlle veut donner de la joie à sa mère dans ses derniers instants sans pour autant  lui taire son ressentiment viscéral et instinctif de la petite fille qui ne veut pas lâcher la main de sa mère, ne pars pas maman, ne pars pas encore…

Le récit n’est pas  tragique, il est infiniment beau et empreint d’amour, de respect et  même de drôlerie

…Nous la voulions notre récompense, après tant d’efforts, tant d’application, toi à transmettre, moi à apprendre. Nous la méritions, non ? 

Le rire fut notre récompense.

Le dernier repas que Mireille Jospin demande à sa fille est un plat d’huîtres. Elle en mange des ventrées dans ses dernières semaines

...dire que le médecin m’interdisait le sel ! jubilais-tu, enfantine, légère…

.

Alors que l’écrivaine croit  accompagner sa mère jusqu’à la mort, c’est en fait sa mère qui  la guide en lui donnant sa dernière leçon de vie afin que Noëlle parvienne à  dominer son effroi. Apprendre à mourir c’est apprendre à vivre. Le plus grand enseignement que l’on puisse tirer de ce voyage initiatique est bien de replacer la mort si taboue de nos jours, comme une étape  naturelle de la vie. L’acharnement de la médecine comme celle des hommes et des femmes refusant la finitude sont tout aussi choquantes pour les défenseurs du droit à mourir dans la dignité. Personne ne devrait pouvoir s’octroyer le droit de disposer de notre mort, de nous la confisquer  en nous prolongeant avec des drogues chimiques ou des appareils sophistiqués.

Notre mort  nous appartient, elle est l’instant le plus intime et le plus intense de notre existence, celui qui doit faire sens. Vivre sa mort en pleine conscience plutôt que de la subir hébété ou  égaré dans la douleur, voilà ce que demandent les défenseurs du droit à choisir sa mort.

Dans la dédicace que m’a faite Noëlle lorsque je lui ai acheté son livre il y a plusieurs années, il y avait ceci : […Cette dernière leçon...ce dialogue d’amour mère-fille.Cette image sereine d’une morte restée vivante, en posture gigogne, pour toujours…]

Merci à Mireille Jospin et à sa fille Noëlle pour cette lumineuse  Dernière leçon pleine de grâce et d’apaisement.

2 publications disponibles :

  • Noëlle Châtelet, La dernière leçon,  format broché , éditions Le Seuil, 2004, 170 pages, 15,20 euros

  • Noëlle Châtelet, La dernière leçon, format poche, Point Récits Le Seuil, 2005, 6,30 euros