Pauline Hillier, A vivre couché

a-vivre-couche-hillier

Un road trip entre fantasmes et réalité

Imaginez une jeune femme invitée par hasard  dans une soirée assommante où tout le monde se targue de raconter des pans  forcément passionnants de sa vie. A l’instant où l’assemblée la fixe pour lui réclamer sa prestation,  celle-ci, timide et profondément ennuyée  voudrait disparaître sous terre , elle n’a rien à dire, sa vie est  plutôt morne plaine. Elle pense fuir et planter ce beau monde puis se ravise et défie l’assistance en se jetant dans un mix  de fictions et de réel bien déjanté en veux-tu en voilà, histoire de ne pas les décevoir.

Le lecteur est précipité dans le terrier à la suite d’Alice dans ce pays de merveilles audacieuses que la narratrice improvise.  La jeune femme s’invente mais se raconte aussi, se fout à poil et se masque, elle se métamorphose,  se fait belle et moche, délire, ose avec brio voulant briser toutes les chaînes  auxquelles les femmes sont enchaînées, elle se glisse dans la peau de belles diablesses faisant d’une femme toutes celles qui l’habitent. Cette description de la femme plurielle qui quête sa liberté est intéressante, le voyage est initiatique, la femme cherche à la fois le confort et le danger,  la marginalité et la socialisation, elle se frotte aux choses du sexe et du désir, du social et de la politique avec boulimie, toujours épatée d’être en éruption.

Pourtant ce premier roman de l’activiste féministe Pauline Hillier  me laisse  embarrassée, → A vivre couché  a tout pour plaire,  l’écriture est totalement maîtrisée et juste, le ton est  enjoué  mais ce texte me laisse un peu en deçà de l’enthousiasme. Quelque chose d’un peu artificiel genre inventaire où il faut absolument tout y mettre m’a perdue en route,  oui c’est sans doute ce côté too much, roboratif  qui m’a  un peu lassée. Sans doute est-ce par la construction qu’il s’affaiblit. Les chapitres d’ A vivre couché auraient eu tout à gagner à ne pas être assemblés en roman. Le détail peut sembler léger, pourtant c’est de les avoir remorqués ainsi avec ce prétexte de  soirée narrative qui surcharge et fait fourre tout et trop factice. Chaque chapitre aurait pu être matière à nouvelle et A vivre couché un recueil,plus épuré et donc plus incisif,  sur le thème du champ des possibles qui s’offre aux femmes.

NB : Pauline Hillier est membre active du mouvement international FEMEN, elle est emprisonnée en 2013 en Tunisie suite à une action topless menée pour réclamer la libération d’une militante tunisienne

* Cette chronique est aussi publiée sur le Salon Littéraire 

Pauline Hillier, A vivre couché, Editions Onlit Editions, oct 2014, 165 pages,  14 euros.