Les Soirées de Charles, d’Armand Aurèle

Dans les Soirées de Charles, il  s’y passe en privé ce qui se déroule dans les boîtes échangistes, rien donc d’extraordinaire, on s’y exhibe, on y mate, on s’y caresse, s’y pénètre, s’y mélange tout pareil sauf que tout est orchestré par Charles, l’initiateur de ces soirées aux vertus  guérisseuses.

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Le maître des lieux est un chercheur en sciences comportementales, il organise ces séances thérapeutiques en fonction de la pathologie ou du mal-être des participants qu’il sélectionne, chacun œuvrant pour soi et pour les autres, selon la loi de la complémentarité.   Les participants ne choisissent  donc pas vraiment leurs compagnons de jeux et de jouissance, tout au moins sont-ils guidés vers ce qui est bon pour eux, car Charles n’intervient  pas en pleine action.  […un ordonnancement subtil  dans un méli-mélo de façade. L’ordre intégré au chaos…] Chacun a dû auparavant remplir un questionnaire,  c’est ainsi que Charles a pu mettre en place leur traitement, sans toutefois qu’ils en aient connaissance.

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 Armand Aurèle a fait de son texte un roman choral, les hommes et les femmes racontent leur expérience tour à tour sans qu’il y ait de rupture ni de découpage par chapitre, c’est ainsi que l’on saute du voyeur à l’exhibitionniste, de la suceuse à celui qui se fait sucer, de l’épouse qui se fait gamahucher  au mari qui la regarde en enfilant une autre participante,   du propriétaire du calibre  rikiqui  à la grosse dame généreuse, sans oublier la pièce maîtresse,  si j’ose dire, le serveur nu et obéissant, avocat de son état, qui se fait direct dépuceler le train arrière  dès l’apéro de cette petite sauterie. Bref, ils sont six à s’ébattre et à  se raconter.
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Alors que dire de ce roman ? Je ne vais pas m’offusquer sur la teneur du livre,  c’est sexe sexe sexe,  le lecteur est prévenu ne serait-ce que par la couverture illustrée par le talentueux Frédéric  Fontenoy que l’on reconnaît au premier coup d’œil. Si on ouvre ce livre, c’est qu’on est tenté ou curieux ou chroniqueuse pour le Salon  Littéraire, ajouterais-je hypocritement.
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Mais au-delà du registre érotique  ou pornographique ? Le récit de la cure se révèle immédiatement  roboratif, celles et ceux qui aiment la précision des scènes sexuelles seront servis et Charles ne donne pas dans le préliminaire qui semble exclu de la thérapie. La place laissée à la psychologue est très mince. On a tout de suite et pour le reste du roman le nez  au ras des fesses, on ne peut pas esquiver, les corps désapés à la première bulle de champagne, et vas-y que je te fourre et que je vocalise, pas de répit.  Parce que ça aussi, c’est important, les gens crient et hurlent  et grognent et  feulent, que voulez-vous, c’est  le Nirvana, l’état extatique libérateur. […Je hurle ma jouissance tout en poursuivant inexorablement ma masturbation effrénée. Le serviteur s’est mis à hurler lui aussi…..je veux monopoliser tous les regards ! Je ne veux pas être celle qui jouit en-deçà. Je décuple donc mes vocalises à l’envi, je me perche dans les aigus. Je veux montrer à tout le monde que je suis celle qui jouit le plus des trois…] Bon,  soyons cléments, n’oublions  pas que  les aboyeurs sont en  thérapie,  mais enfin je pense aux voisins, ça a dû être caliente dans le quartier.
Fort heureusement, le grand ordonnateur de la partouze curative s’exprime aussi au détour de la soirée, ça repose le lecteur qui se prend à espérer qu’il poursuive encore un peu, hélas non, dommage qu’Armand Aurèle n’ait pas donné plus de place aux observations  du chercheur en comportement, à moins qu’il n’y ait rien à en dire.
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La narration  ne s’embarrasse pas de formule, c’est du monologue intérieur de combat, les curistes ne  font pas dans la dentelle pour dire comment c’est rentré ou sorti, ah oui quand même il y a quelques métaphores, on y parle de purée…(et là je me dis, ma pauvre Anne, tu es définitivement snob)  et ça dure et ça dure…quelle santé,  jusqu’à la page 119,  me laissant gavée comme une oie  sans que je comprenne pourquoi Patricia,  Bérénice, Julien ou Thomas ont expérimenté ceci ou cela.
Enfin… enfin,  la délivrance, voici le débriefing,  très studieux,  qui ravit le maître des lieux. Moi aussi j’étais drôlement contente, que ça soit fini et de saisir ce qui n’allait pas chez les participants.  Chacun reçoit ses bons points et ses mises en garde, Charles évalue ses propres objectifs, renvoie tout le monde at home et se sert une coupe de champagne en rêvant à de nouvelles pages de l’histoire de la convergence instinctive.
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Armand Aurèle,  nous dit l’éditeur en 4ème de couverture est un écrivain  confirmé dans le registre  du théâtre, du roman et de la nouvelle. Il publie ce texte sous pseudo et je me demande bien pourquoi, cette pudeur faux cul, c’est un comble….
 nb : Ma chronique a été initialement publiée sur le Salon Littéraire 
 
Armand Aurèle, Les soirées de Charles, La Musardine, sept 2014, 128 pages, 15 euros.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Placide dit :

    CA booste l’imagination ce compte rendu de lecture, moi je veux le lire ce bouquin pour tout savoir de l’avocat empapaouté parce que j’ai une audience dans 15 jours et je veux y penser quand l’avocat de la partie adverse prendra la parole, c’est peut-être lui, qui sait ? C’est un récit réel ou une fiction ? Que voulez-vous, en pleine action, on émet plutôt des onomatopées et on ne discourt pas, m’étonnerait que les participants analysaient la situation en streaming !

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