Dans le jardin de l’ogre, de Leïla Slimani, une histoire d’addiction sexuelle

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Rentrée littéraire 2014 

L’amour vs l’addiction au sexe

Dans le jardin de l’ogre est le premier roman de Leïla Slimani.La jeune femme est maghrébine, elle écrit sous son vrai patronyme, sans aucun voile, cette précision est importante vu la teneur du livre.

 Ce texte est remarquable par sa liberté de ton, il faut certainement que Leïla Slimani soit très libre dans sa tête pour oser raconter cette histoire de femme mariée et mère de famille, soumise à ses pulsions sexuelles maladives.
 Il y a certes quelque chose de Belle de Jour dans ce roman mais l’auteure explore plus profondément l’addiction et la folie, en les confrontant à…. l’aliénation aux conventions.
En exergue, Leïla Slimani cite Kundera : [….C’est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi..]
 
Le tour de force de la jeune romancière est de mener son intrigue au tempo de l’addiction et de ses symptômes, celui du manque, du désespoir de la honte, de la frénésie, de la douleur et de la joie.  Le désordre  ordonné par la pulsion monstrueuse. Cette montagne russe est parfaitement maîtrisée par Leïla Slimani qui nous offre en prime un  douloureuse et belle histoire d’amour.
Adèle, l’héroïne vit une vie bourgeoise, travaille dans un journal, son mari est chirurgien, il ignore tout de sa double vie. Les jours défilent, uniformes et dénués de  sens. De la maison qu’ils vont désormais habiter, Adèle pense : […C’est une maison pour vieillir..une arche, un dispensaire, un refuge, un sarcophage ..Est-il l’heure de mourir ?] . Le couple fonctionne sans passion. Rien du reste ne passionne la jeune femme, pas même son job de journaliste, ni  son fils qu’elle aime pourtant ;  elle traverse son existence comme une automate.
Ce n’est pas l’ennui  marital qui la pousse à coucher à droite et à gauche. C’est plus lointain, plus fort, plus terrible,  un vertige, une urgence à baiser, n’importe qui, des inconnus, des prostitués, qu’ils soient beaux ou laids peu importe, il faut juste qu’il la remplissent vite, de préférence sans parler, qu’ils  prennent possession de son corps,  y déversent leur sperme. Depuis toute petite, elle voulait qu’on la regarde, qu’on la désire, peut-être pour être sûre d’exister. Elle ne cherche pas le plaisir mais le désir des hommes […Ce n’était pas à la chair qu’elle aspirait mais à la situation. Etre prise. Observer le masque des hommes qui jouissent. Se remplir. Goûter une salive. …Regarder partir un homme, ses ongles maculés de sang et de sperme…] p.126. Les fluides déversés comme des témoins de sa vie qui s’écoule. Vous aurez compris qu’Adèle ne jouit pas de sa vie de débauche.
 
Un jour certainement bénit, le mari découvre la vérité sur son épouse. C’est le fracas de sa vie. La haine déclenche des envies meurtrières. Et puis, la puissance de l’amour veut faire son oeuvre.
L’essayiste Michela Marzano dit de l’amour qu’il ne commence qu’après la perfection. Lorsque l’ordre se brise et que l’on comprend qu’il faut repartir du désordre.
Leïla Slimani ne dit pas autre chose dans l’épilogue de ce touchant roman.
NB : cette chronique est publiée aussi sur LE SALON LITTÉRAIRE
 
Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre, Gallimard, 28 août 2014, 214 pages,  17,50 euros.

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