Les anges à part, de Elie Treese

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LES-ANGES-A-PART

 

Elie Treese publie son deuxième roman, Les Anges à part.  Le premier, Ni ce qu’ils espèrent, ni ce qu’ils croient est édité chez Allia, il fera l’objet d’un prochain billet. 

J’ai rencontré l’écrivain aux Marchés Romanesques de Saintes le week-end dernier, il fut mon voisin de table de dédicace. Franco-américain, Elie Treese est aussi professeur de Lettres dans notre belle ville saintongeaise, (heureux élèves !)  il connaît donc fort bien le monde enfantin et adolescent qu’il a pris pour thème pour son deuxième roman Les Anges à part, paru chez Payot/Rivages.

 Ce livre  peut dérouter les lecteurs qui aiment rester sur les rails et ceux qui n’ont rien gardé de l’enfance.  Il faut  pourtant se laisser emporter par ce chant allégorique au registre aussi rugueux que poétique. Elie Treese nous délivre là  un hypertexte greffé sur le  Roman de la Rose et c’est rudement  bien réussi. Pas évident  de transposer un texte du  13ème siècle en gardant la puissance de l’évocation  poétique d’un itinéraire initiatique contemporain

Comme dans le Roman de la rose, ça se passe au printemps, la saison de  la germination et de l’éclosion.  Entre rêve et réalité, un groupe de garçons sauvageons fait l’apprentissage du désir, de tous les désirs. Celui de l’autre sexe comme celui de la fureur de vivre, celui du vertige, de la liberté, de la transgression, celui d’aller voir plus loin et encore derrière. Celui de faire le coup de poing et même la pulsion de tout massacrer comme celui d’approcher  la lumière du soleil et celle de la  belle Oiseuse.

Il y a donc les sens en éveil mais aussi l’esprit : [..Mais la vérité, c’est que vous tous, la-haut, vous vivez dans un putain de rêve, tous autant que vous êtes, Hans, ta mère, Langonnet, tandis qu’ici, c’est la bon dieu de réalité, avec les maisons un peu partout, et puis encore les gens dans les maisons, qui sont là comme des foutus corbeaux, à vérifier simplement que tu t’écartes pas de la ligne qui va de l’école au cimetière..]

Le soleil accompagne les enfants, il se lève et se couche en colorant de tendre et parfois de feu la nature où les adolescents ont trouvé refuge dans une vieille bicoque en pleine campagne.  Et cette si  belle Oiseuse,  l’autre soleil, aux contours incertains, désirée et désirante, qui traverse le paysage, insaisissable comme les songes,  fait battre le cœur de Franck et sème la pagaille. Les garçons traînent et épient ceux du village qui les contraignent, les vieux et les méchants comme Gros-Cul. Les personnages de Elie Treese ont des surnoms comme il est de coutume à la campagne.

Mais les ados soudés ne vont bientôt plus l’être , la belle amitié explose…et la violence dans les cœurs et les esprits  aussi. Cependant cette violence est là encore initiatrice, et du reste la brutalité ne se manifeste pas que dans le camp des ados, elle est aussi quotidienne dans le comportement adulte.

 Il a dit..il a dit… il a fait…et il a encore dit…Ouais…il a dit nom de dieu et merde et putain… les garçons parlent comme ça, Franck et le nouveau,  le Carabi poète rêveur avec son look de gourou et sa chemise blanche  et puis les jumeaux , ils ont plein de gros mots à la bouche, et Elie Treese ne les transcrit  pas autrement, il écrit aussi comme ça, souvent sans ponctuation lorsque les ados  balancent  les mots avec rage, sans respirer.  Cette cadence rugueuse en devient poétique, elle s’entremêle de grâce, les gosses c’est comme ça aussi, lorsque la beauté d’un nuage ou le rougeoiement du soleil les terrassent, ils s’émerveillent, tout comme ils restent baba en écoutant les poèmes que Carabi récite, ou  lorsque La Buse respire la cire et l’odeur de vieillesse quand il pénètre dans l’église, calme, paisible et qu’il regarde [… les hommes au regard bleu…. comme une vie arrêtée en plein élan au milieu du silence et de la terreur.] Il ne faut pas croire que les ados ne font rien quand ils traînent ou préparent des coups, non, ils expérimentent  l’amour, la foi, le bien, le mal et se construisent des autrement et des ailleurs. Elie Treese les laisse gambader dans leur paradis qu’ils finiront bien par perdre lorsque l’âge viendra.

Imprégné des œuvres de Beckett comme celles de Faulkner,  Elie Treese cherche à marier la densité à l’économie de moyens pour inventer une autre écriture. En tout cas, ce qui est sûr c’est que le monsieur chemine sur une voie singulière et que c’est du bel ouvrage.

 Je vous propose de visionner cette vidéo dans laquelle il exprime sa vision de la littérature et du roman.

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