Rouge , de Marie Delvigne

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Si Sophie Fontanel ne veut plus faire l’amour, d’autres veulent désespérément le faire à l’être aimé, ne jamais cesser, même au seuil de la mort, étreindre son corps abîmé et martyrisé par la maladie.

 Marie Delvigne est enseignante et écrivain. Rouge est un texte aussi émouvant que dérangeant. Le narrateur est aux côtés de sa femme tendrement aimée. À quarante ans elle est atteinte d’une maladie incurable et invalidante ; elle est en fin de vie (« Ton corps a été traversé d’un hurlement »).

Il contemple le corps aimé que la maladie décompose, se remémore sa beauté, caresse ses seins, ses fesses, lèche, embrasse : « Il ne me reste que deux parties de son corps, deux parties que je peux encore toucher : ses seins et son sexe. »

 Il se bat avec l’autre, son rivale, la douleur de sa femme, douleur qu’il nomme son »leurre doux » ou « son douleur » (au masculin) qui lui dérobe toutes les émotions de son épouse. Lui, il veut aussi la faire gémir, mais pas de peur ni de souffrance ;  et il veut aussi jouir d’elle.

« Il n’y a plus qu’à gémir. Oui, je suis l’un des gémissements de ma belle torturée. Je sais que je la fais jouir parce qu’elle me voit, elle me sent, parce que je l’excite et que son corps me le dit. Je sens les contractions de son ventre sous ma langue, sous mon sexe. »

 Poésie baudelairienne

  Le texte lui fait l’amour, les mots sont ceux de la chair, du corps, du sexe. Pendant ces années de calvaire, il regarde sa femme mourir, sans jamais renoncer à ce qui vit encore en elle, sans jamais la quitter jusqu’à ce que la mort la lui enlève. Rien ne le dégoûte, ni les plaies, ni le sang, ni les squames, ni ses humeurs, ni son corps de pantin désarticulé. Il se retire, seul avec elle, loin des hôpitaux, pour la contempler, l’aimer et lui faire l’amour, jusqu’à l’ultime instant. Il la lave, la câline, la baise. Le narrateur ne nous épargne aucun détail de la déchéance du corps de son amour. Et pourtant il n’y a pas une once de pathos dans ce récit.

 Marie Delvigne signe là un livre à la fois terriblement  érotique, cru, brutal, mais empreint de poésie baudelairienne. Le désir érotique fasciné par les épousailles de vie et de la mort. À l’heure de la dictature des corps aseptisés, beaux, sculptés, de la sexualité formatée par les médias, le face à face de cet homme amoureux et de cette femme mourante résonne longtemps après avoir refermé le livre. En exergue, cette phrase de Pascal Quignard : « L’amour consiste en des images qui obsèdent l’esprit. S’ajoute à ces visions irrésistibles une conversation inépuisable qui s’adresse à un seul être auquel tout ce qu’on vit est dédié. Cet être peut être vivant ou mort. »

Voilà bien un texte intimiste comme je les aime, il n’y a pas de recherche esthétique dans la façon de dire ce qui ravage le cœur et la raison.

Marie Delvigne, Rouge, éditions Le Bord de l’eau, novembre 2005, 69 p., 10,20 €

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