Rayon hommes de Camille Saféris

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Le premier roman de Camille Saféris ne fait pas la dentelle. A vrai dire, les premières pages m’ont fait l’effet peu engageant du type qui montre ses attributs avant de dire bonjour : […si je suis en retard, on ne pourra pas baiser avant de dîner. Et moi, après, je suis lourd, j’aime moins. Ou alors il faudra qu’elle me monte dessus, de face, et qu’elle  s’active sur ma queue avec son regard lubrique et ses seins magnifiques qui ballottent lentement comme des cloches de Pâques…] ligne 9 de la première page.

Oui c’est lourd Barnabé…pour commencer la lecture de tes tribulations.  Et puis, sache quand même que les cloches de Pâques ne se secouent pas lentement mais à toute joyeuse volée , tu aurais donc dû dire comme les cloches du tocsin, qui, elles,  se meuvent lentement  à la cadence des seins de Dorothée.

J’ai décidé de ne pas faire ma bégueule et de poursuivre ma lecture. Barnabé travaille dans un grand magasin au rayon bricolage, là encore les métaphores sexuelles des outils semblent sorties de la bouche d’un beauf en jogging fluo bricolo du dimanche qui cause avec ses potes, ça fait fuir.  Mais courageuse, j’insiste… Ouf,  Barnabé est muté dans un autre étage du magasin, c’en est fini avec les défonceuses. Il atterrit  : Rayon hommes. Un rayon très singulier puisque celui-ci met en vitrine des hommes, des vrais, bien vivants à usage de dames en recherche de mâle. Ils sont exposés avec leurs caractéristiques autour du cou, peuvent être testés en cabine d’essayage (mais vertueux ce premier contact sur place)  et emportés pour un week-end ou plus. Il est possible de rapporter le sujet s’il ne correspond pas au descriptif.

Camille Séfaris a dû être inspiré par Armani Exchange qui avait exposé des hommes vivants dans leur vitrine à Londres il y a quelques années, mais ceux-ci n’étaient bien sûr pas consommables.  Pour tout dire,  j’ai fini par me marrer car l’écriture qui n’est en rien fine,  est une écriture automatique, comique, très enlevée, un langage parlé qui fleure bon le Michel Audiard. Du reste ce texte ferait un bon scénario et dialogue de film, ou d’adaptation BD.

L’auteur fait de ses deux héros les narrateurs des différents  chapitres qui s’enchaînent au fil de leur rencontre fortuite et  qu’il intitule de leurs prénoms : Barnabé et Zoé.  Zoé est amie avec Vanessa, toutes les deux vont lécher les vitrine de ce Grand Magasin, épatées par le nouveau concept de Rayon Homme, elles qui cherchent comme des malades leur alter ego.. Elles ne pensent qu’à la bagatelle, le corps en pré-allumage alors qu »il va s’avérer qu’elles ne  quêtent  secrètement que  l’amour comme toujours, et… l’embourgeoisement du classique couple planplan maison/enfants/chien/chat.

Le vendeur Barnabé, lui, est sidéré de voir les femmes se conduire comme ça, achetant des corps masculins comme des jouets sexuels, des hommes-objets sur des critères de performance, pour les jeter si pas conformes, alors que lui n’espère que séduire la dulcinée qui l’a innocemment ensorcelé. Evidemment, on se dit que finalement, c’est bien ce qu’ont fait  les hommes des femmes pendant des siècles et des siècles. Y aurait-il  un ironique dessein derrière ce texte ?

Je ne peux rien révéler des aventures des deux héros et de la copine Vanessa car c’est justement l’incongruité des événements qui pimente le texte. Tout le monde s’affiche en mode baise pragmatique, c’est caricatural mais derrière cette consommation sexuelle frénétique, il y a malgré tout des âmes  amoureuses très fleur-bleue. Le verbe est cru et le cœur mitonné aux petits oignons.

Au final,  même si ce genre de roman n’est  vraiment pas ma came,  j’ai trouvé Rayon hommes rigolo avec un renouvellement parfois très  savoureux du lexique amoureux et sexuel,  un bouquin de plage dirais-je, ou de jour de pluie et je suis sûre qu’il fera passer un bon moment à pas mal de jeunes lectrices.

 

Rayon hommes – Camille Saféris – La Musardine – 289 pages – 14 euros . sortie le 15 mai 2014.

NB  – Et pour ceux qui aiment les retours de bâton homme/femme, vous pouvez lire, dans un autre genre,  le roman Moralopolis  que j’ai chroniqué ici 

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