Le monde a-t-il un sens ? Pierre Rabhi et J.M Pelt

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Le monde a t-il un sens ?

Voilà bien une question qui semble ne plus faire sens justement,  à  une époque où l’on se soucie uniquement de notre petit quotidien et de nos intérêts égocentriques. La foi déserte les âmes, l’individualisme assèche les cœurs, le nihilisme désarme les esprits…alors la grande question existentielle ne préoccupe plus beaucoup, au grand dam de l’avenir de la terre, des générations futures, et même plus précocement, de celui de nos enfants.

Pierre Rabhi et Jean-Marie Pelt  ont donc fort à faire pour appeler leurs lecteurs à se voir comme des intendants et serviteurs de la terre nourricière (comme se définit Pierre Rabhi),  plutôt qu’en consommateurs inconséquents et rivaux de toute espèce. Cet essai revigore notre conscience, c’est bien réjouissant.

Dans la première partie de l’essai, Jean-Marie Pelt démontre  très scientifiquement, par de multiples exemples concrets, que la vie depuis toujours  se développe et évolue uniquement  grâce auprincipe d’associativités.  Depuis le fameux big bang et même si science et religion s’opposent sur bien des points, la vie des atomes s’est multipliée par associativité, à toutes les étapes successives . Les explications de JM. Pelt sont éclairantes et il faut en retenir que les  cellules s’associent en organismes complexes, la symbiose est partout présente lorsqu’il s’agit d’œuvrer pour la vie.  Ainsi, le corps humain compte 50 000 milliards de cellules qui s’associent avec 500 000 milliards de bactéries qu’il héberge, voilà un bel exemple de  coopération.

Dans le monde végétal, comme dans l’animal, l’interactivité, la coopération ont maintenu et fait évoluer les espèces vivantes.  Les abeilles, les fourmis, les poissons, les mammifères, les oiseaux, les plantes, tous ont inventé des stratégies pour pacifier leurs relations afin de survivre à la loi de la jungle. Les chimpanzés si bagarreurs se pardonnent et s’autorisent grâce à de longues séances d’épouillage, les bonobos substituent les activités sexuelles aux rivalités  La relation amicale des plantes et des animaux  est déterminante pour leur survie. A contrario, le jaguar et le tigre qui sont asociaux se fragilisent et sont menacés d’extinction.

Pareillement, la compétition et la confrontation entre êtres humains ne peuvent  aboutir qu’à l’anéantissement et au désastre,  humain et environnemental. Tout y concourt : la connivence entre politiques et financiers, la course à la productivité, la surconsommation, la concentration dans les mégalopoles, le besoin d’écraser les autres pour  dominer, les monocultures des  grandes exploitations  agricoles, la stérilisation des terres polluées,  la  biodiversité et les micro-organismes disparus ( 60% des substances du patrimoine mondial  récolté depuis des siècles ont disparu) …… la liste serait longue.

L’homme vit comme si la planète n’était qu’un gisement de ressources à épuiser. Pierrre Rabhi, lors d’une interview dit que nous  sacrifions la terre pour le lucre. D’un côté notre vanité à dominer la nature, et de l’autre, celle d’engranger plus que les voisins. Les terres cultivables dénaturées se couvrent d’hypermarchés, les hommes se prennent pour des cueilleurs en poussant leur caddies,  remarque Rabhi :  ils cueillent des produits dont ils ne savent rien de la provenance ni de la façon dont ils ont été fabriqués, mais ça les fait jouir de consommer. Ils ne sont sur terre  que pour cela ?

Produire et consommer, c’est le rôle de l’homme de l’ère pétrolitique, comme la qualifie Rabhi qui affirme qu’une pénurie alimentaire passagère serait bénéfique pour remettre les pendules à l’heure. L’équilibre alimentaire de la planète ne se fera pas sans une prise de conscience urgente.

L’homme se berce d’illusions ou se met la tête dans le sable. L’associativité des forces et des différences de chacun, hommes et pays,  est une formidable puissance à l’inverse des  conflits et de l’arrogance générés par les peurs, car la peur est l’ennemie de l’apaisement entre les peuples. C’est la peur qui gouverne ceux qui nous dirigent et non la puissance.

L’homme à renoncé à la symbiose, il a préféré au principe d’associativité celui de la fragmentation et de toutes les forces de la dualité, déplore Pierre Rabhi,  tout comme il déplore l’esthétisation de la violence et du conflit, la décoration des hommes qui ont bien anéanti. L’auteur illustre les méfaits de cette glorification de la guerre et de la haine en insistant sur l’après de la 1ère guerre mondiale qui dans un esprit de revanche et d’humiliation a fait le terreau de la suivante.

Le règne d’androïdes est angoissant, non pas que la modernité soit épouvantable, il ne s’agit pas de revenir à la bougie poursuit Rahbi, mais le transfert des fonctions cérébrales vers les ordinateurs condamne la conscience à l’impuissance. Les outils ne tempèrent jamais regrette Rabhi, ils ne s’adaptent pas, ils ne sont pas bienveillants. Les super- outils font des sous-hommes.

Autre point intéressant que soulève l’auteur : celui de la sémantique. Parle-t-on bien d’hommes lorsqu’on dit qu’une entreprise va dégraisser ? Toute ces mots que l’on  nous serine chaque jour sont révélateurs du statut que nous avons endossé sans ne rien faire d’autre que de nous indigner. La posture sociale protestataire est inutile. Tout comme il est inutile de manger bio et de composter en exploitant son prochain au bureau. C’est la mentalité qu’il faut changer, en prenant en compte les paramètres humains  : la peur, la jalousie, l’instinct territorial et négocier avec ces paramètres, en coopérant solidairement, au service de la vie et de la planète.

Rabhi ose cet oxymore : il existe une puissance de la modération. Et c’est celle de la libération. Nous sommes enchaînés à ce que nous croyons nous rendre libres, on s’aliène par la matière. Et là, je crois bien que tout est dit…Clairement et évidemment.

Un post-scriptum à cette chronique :

Ne manquez pas ce  documentaire « La guerre des graines »  qui sera diffusé sur France 5 le 27 mai à 21h35 : [Les graines sont le premier maillon de notre alimentation. Mais dans un avenir très proche, les agriculteurs n’auront peut être plus le droit de ressemer leur propres graines. En Europe, une loi tente de contrôler l’utilisation des semences agricoles… Derrière cette confiscation, 5 grands semenciers qui contrôlent déjà la moitié du marché des graines et cherchent à étendre leur privatisation.]

A cette même date, Les auteurs de cet ouvrage donneront une conférence à Metz,  à 20h , une soirée dans le cadre des « Grandes Conférences des Récollets 2014 » sur le thème « L’aube indécise d’un nouveau monde » – Metz Congrès – Rue de la Grange aux Bois, 57070 Metz. Infos Institut Européen d’Ecologie 03 87 75 41 14

 

Le monde a -t-il un sens ? Jean-Marie Pelt et Pierre Rabhi – Fayard – 30 avril 2014- 175 pages – 15 euros.

 

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