Métastases du jouir de Slavoj Zizek

9782082105828FS

 

Si cet essai  philosophique  éclaire de façon inhabituelle le désir et la jouissance féminine, les deux premiers chapitres  « la lecture politique du graphe du désir » et le surmoi par défaut »  m’ont été assez indigestes, et le seront sans doute pour qui n’a pas quelques connaissances universitaires philosophiques et psychanalytiques.

En plus du jargon, les tournures de certaines phrases sont tellement alambiquées qu’elles découragent l’effort intellectuel et c’est agaçant ;  je sais bien qu’il n’y a rien de plus offensant pour des chercheurs et spécialistes en tout genre que de  leur demander de vulgariser leur érudition  mais c’est regrettable :   pour cause d’absconse terminologie, la transmission des savoirs ne se fait pas.   A croire que l’instruction  des peuples désirant s’enrichir intellectuellement  reste  toujours un péril …

Mais à part cette réserve- et l’on peut très bien passer ces chapitres et même quelques pages dans les suivants –  les  multiples analyses de la jouissance et de ses désirs rampants, envahissants comme des métastases sont captivantes.

A la lumière lacanienne, Slavoj Zizek revisite des films comme ceux de de David  Lynch (Blue Velvet, Dune)  Neil Jordan ou David Cronenberg pour nous expliquer les paradoxes du désir, de la sexualité féminine et de ses addictions.

Mais c’est le chapitre « L’amour courtois » qui m’a le plus intéressée.phallus conduit par une femme dessin d'après sculpture sur arènes de nimes, priape.j2

L’auteur fait un parallèle tout à fait convaincant entre l’amour courtois et les jeux SM  contemporains maîtresse/homme soumis.  Alors qu’elle croit régner en actrice intraitable,  la Dame tout autant que la Maîtresse sont chosifiées.

L’auteur assimile ces dames moyenâgeuses aux intraitables contemporaines qui se targuent de faire ployer leurs mignons à coup de fouet en pensant s’affranchir enfin du statut d’objet.

Zizeg se réfère à Lacan qui cite un poème sur une Dame qui exigeait de son servant qu’il lui léchât littéralement le cul , et quand on sait quelles étaient les conditions d’hygiène à l’époque du Moyen Age, l’exigeante ne témoignait -là d’aucune spiritualité avec le chevalier.  La dominante représente en cela  une altérité inhumaine, une espèce de machine absolue , une chose qui soumet son vassal à des épreuves arbitraires dépourvues de sens, d’autant plus que la Dame se refuse à lui accorder de consommer, tout comme le fera la véritable Maîtresse, elle  devra rester l’ inaccessible pour son soumis.

Autre point à méditer :  selon l’auteur, le masochisme n’est pas le pendant du sadisme.

Il n’y a pas de couple sado-masochiste complémentaire. Le sadisme implique la négation directe, la destruction violente et la torture tandis que, dans le masochisme, la négation revêt la forme du désaveu – c’est à dire du semblant, d’un « comme si » qui suspend la réalité. (page 129) .

C »est le soumis qui initie le contrat en décidant ce qui  lui est possible d’accepter dans sa mise en jeu, et c’est la sadique qui suivra ce contrat à la lettre, ce n’est pas elle qui  écrit le scénario initial.

Et l’auteur de poursuivre sa démonstration en décortiquant le théâtre du jeu SM  et sa fiction ;  le masochisme  est  « non psychologique », rappelant que le masque révèle plus dans la fiction du jeu, qu’il ne cache.

Et c’est lorsque le dominé refuse de jouer le jeu de l’implorant que la maîtresse (ou le maître) s’hystérise et finit pas déraper, ne supportant pas de constater qu’il n’est  qu’une chose (même sublime)  aux yeux de son dominé, que celui-ci peut déconnecter, vide de substance.

Enfin, le chapitre « la chose catastrophique « se penche sur le fantasme et comment rien peut  engendrer quelque chose…

Impossible de faire ici le tour de cet essai , il est dense, foisonnant,  parfois compliqué et multidirectionnel, mais il ne manque  pas d’intriguer et de piquer la curiosité.


NB – cet ouvrage est un florilège de trois ouvrages de l’essayiste, parus précédemment.

Image : phallus conduit par une femme dessin d’après sculpture sur arènes de Nîmes,

 

Slavoj Zizek – Métastases du jouir. Des femmes  et de la causalité,   traduit 
par Daniel Bismuth.  Collection Bibliothèque des savoirs – Éditions Flammarion, 2014, 336 pages, 24 euros

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