La chimie de l’amour, de Hanns Hatt et Régine Dee

9782271076250FS (1)

Bien que très scientifique et rigoureux, cet essai publié  aux éditions du CNRS, qui  traite de  l’odorat amoureux  se lit avec gourmandise.

Les auteurs se sont penchés sur le mystère des odeurs, ces rebelles impossibles à capturer, et plus particulièrement celles qui participent aux sentiments et aux jeux amoureux. On a bien entendu parler des phéromones qui nous gouvernent, mais La chimie de l’amour explore bien au-delà de ces substances justement  inodores pour nous mais si  influentes.

Tout comme l’essai, malgré son titre, ne se borne pas à nous parler d’amour. Il y est aussi  question des préférences olfactives selon les cultures, des différences hommes/femmes, des animaux,  d’œnologie, de parfumerie, de marketing…bref, la lecture est instructive.

Hanns Hatt et Régine Dee expliquent  la complexité du processus qui se met en place lorsqu’on sent une odeur, et ce n’est pas rien. Nous sommes capables de percevoir des millions d’odeurs différentes et ne croyez pas que c’est notre nez qui fait ça tout seul….Bien que ce soit un organe auquel nous n’accordons d’ailleurs pas beaucoup d’attention,  c’est un  sacré outil en connexion étroite avec le cerveau. Mais un autre organe participe au processus : les amygdales ! Chacune s’occupe d’un  hémisphère du cerveau.  Et dans ces deux glandes se concentrent toutes nos émotions, nos instincts et nos pulsions….

A la lecture de cette information tout de même capitale, je me suis rappelée l’expression avoir les glandes avec le geste associé, les deux mains arrondies de chaque côté du  cou, j’avais toujours pensé qu’il s’agissait des testicules qui remontent jusque dans la gorge tellement le gars est énervé….alors que pas du tout , il s’agit  bien des amygdales, ces organes de l’émotion que l’on dit gonflées quand on est à bout. Comme quoi les expressions de la langue française sont toujours révélatrices.  

Alors quid des malchanceux à qui on les a enlevées ? Les auteurs avouent que l’ablation de ces petites merveilles peut conduire à la perte de sensations et d’importants réflexes…parce que lorsqu ‘une odeur les effleure, elles déclenchent en nous le désir mais aussi  beaucoup de choses comme la peur et l’envie de fuir face à un danger etc…

Pour en  revenir au nez, s’il est le maître de rang dans cette affaire d’odeur et parfois ne nous épargne rien, il sait aussi être magnanime et s’adapter, voire bloquer des odeurs, comme la puanteur. C’est l’effet d’adaptation, après 10 minutes de sniff d’effluves désagréables, le nez a pitié, il fait barrage et on l’impression de ne plus rien sentir ;  le meilleur exemple est une ambiance saturée d’odeur de frites, après un moment on ne la sent plus même si nos vêtements et nos cheveux sont saturés d’odeur de friture.

Soit, me direz-vous, mais alors l’amour ? Tout se mérite et on ne peut pas y aller franco, il est nécessaire de  lire tous les chapitres de cette enquête culturelle pour parvenir à concevoir la chose olfactive amoureuse. Et le récit est prenant même si parfois quelques  explications scientifiques paraissent obscures aux néophytes. Les auteurs n’hésitent pas à illustrer leurs propos avec des anecdotes ou des références littéraires.

La  transpiration des hommes comme  celle des animaux sont dépiautées. Savez-vous que nous avons 3 à 4 millions de glandes sudoripares, capables de répandre jusqu’à 10 litres de sueur ?  C’est là que les poètes, les écrivains et les amoureux sont des gros menteurs car la « sueur fraîche »…ne sent rien ! ni la mer, ni la groseille, ni l’amande, aucune de toutes ces si jolies sottises  que l’on aime dire des effluves corporelles des êtres aimés. C’est comme l’iode d’ailleurs,  ça ne sent strictement rien.

Notre odeur, celle qui nous est particulière, est composée de cellules mortes et décomposées…mais elle change au cours de la vie,  et hormones, activité des glandes sébacées, troubles du métabolisme, toxines..sont en fait les ingrédients de notre senteur. On n’est pas chez Lutens là…car  notre odeur naturelle est  hélas rarement plaisante pour nous-mêmes. C’est pourquoi on se parfume d’ailleurs.

Les auteurs donnent un  intéressant extrait du Liseur de Bernhard Schlink qui décrit ce que l’ odeur d’un même  corps peut susciter chez celui qui la respire : selon les différentes parties du corps reniflé , celui qui le respire  peut ne rien ressentir ou au contraire en prendre plein le nez.

De drôles d’expériences ont été mises en place pour arriver à comprendre comment l’odeur intervient dans les choix amoureux. Selon le  sexe d’ailleurs car les femmes ont un flair inconscient supérieur à celui des hommes. Mais paraît-il qu’elles héritent des préférences olfactives de leur…père. C’est agaçant.

Figurez-vous que les spermatozoïde ont  parait-il aussi du nez…il quêtent l’odeur du chemin de l’ovule. Finalement la vie, l’amour, la sexualité, les sentiments, sont totalement soumis aux odeurs et le sens de l’odorat est le sens le plus indispensable. Tous ceux qui en sont privés après des accidents ou des maladies se sentent d’ailleurs très handicapés.

En amour, le pouvoir des odeurs  est puissant et fait valdinguer la raison  à coup sûr,  c’est une magnifique fabrique de rêves, mais l’essai le démontre,   il s’avère  être aussi et c’est bien  moins poétique,…un outil marketing féroce…Soyez vigilants quand vous faites vos courses, vous êtes désormais manipulés dans tous les secteurs de la consommation, et votre nez, trompé !

 

Hanns Hatt et Régine Dee – La chimie de L’amour – Collection Biblis–  Editions du CNRS –        257 pages – 10 euros .

 

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. pascal odessa dit :

    Vous me faites rire : l’amygdale à laquelle il est fait référence est le noyau amygdalien, petite structure nerveuse située sur la face interne des hémisphères et non de l’organe qui participerait à l’immunité qu’on a dans la gorge. C’est pourtant précisé dans le livre. Ce serait simplement drôle – tout le monde peut se tromper – si vous n’affirmiez pas aussi péremptoirement que le livre est « très scientifique et rigoureux », alors qu’il est tout sauf cela : mal structuré, mal argumenté, rempli d’assertions non démontrées. C’est un très mauvais livre de vulgarisation scientifique – si même c’en est un.

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