Les amours masculines de nos grands hommes, de Michel Larivière

514p5T+Ns9L._SY300_La fin de l’homosexualité mise au secret

Ce livre va  surprendre plus d’un lecteur… et leur permettre de poser un autre regard sur les œuvres de beaucoup de grands hommes. Son auteur, Michel Larivière, lève le voile sur les amours  masculines de soixante-six hommes qui se sont illustrés dans l’Histoire, la littérature et les arts et dont quasiment personne ne savait rien de leurs mœurs mises au secret.

De Jules César à Michel Foucault, les portraits intimes de ces hommes révèlent ce que depuis toujours un silence orchestré par le pouvoir religieux d’abord, puis par  les historiens, les éditeurs et les chroniqueurs, s’est ingénié à camoufler :  leur préférence pour les garçons.

Cet ouvrage va bien au-delà de la curiosité  un peu salace que l’on peut éprouver pour la vie off de ces hommes illustres, il ne s’agit pas ici  de singer les médias qui matent sous la couette des people et des VIP pour savoir comment et avec qui ils font l’amour, cela serait sans intérêt. Le propos est beaucoup plus culturel et militant dans la mesure où Michel Larivière travaille depuis toujours sur l’homosexualité et son acceptation dans notre société encore apeurée par ce tabou  tenace malgré les lois et les mœurs qui se libèrent. Mais surtout, il va permettre de faire une autre lecture du cheminement politique et intellectuel de ces hommes parce que leurs amours et leurs inclinations ont forcément marqué leurs œuvres.

L’Avant-Propos est indispensable à la compréhension de cette affaire de secret. L’auteur rappelle ce que nous oublions tous : la pédérastie  remonte à la nuit des temps, c’était une pratique sexuelle totalement acceptée, absolument pas  considérée comme déviante. Larivère convoque Platon et son Banquet pour nous rappeler que c’est Zeus très en colère qui  a coupé en deux les hommes et les femmes pour les punir et les affaiblir. Ainsi chaque moitié occupera son existence à rechercher sa moitié manquante du même sexe pour se reconstruire :  ce sont les prémisses de l’homosexualité…Pareillement, l’embryon dans ses premières semaines possède les deux sexes, et ce n’est qu’après la bataille des chromosomes que le sexe masculin peut espérer l’emporter. Les tétons des garçons sont les empreintes de cette féminité originelle.

Puisque le Banquet de Platon est évoqué, je ne résiste pas à cette digression, j’ai l’envie, avant de poursuivre sur le livre des Amours masculines , de vous re-proposer cette vidéo rigolote que j’avais déjà  publiée sur Impermanence :  l’amour et le sexe selon Aristophane dans le Banquet de Platon , le texte est dit par Jean-François Balmer, c’est savoureux

Pour en revenir à Larivière et à son nécessaire bouquin, il nous démontre  en préambule que le comportement homosexuel ou bisexuel est naturel, ce n’est que l’avènement du christianisme qui l’a criminalisé. Aux commencements,  l’amour n’est pas compris ni ressenti comme lié à la procréation, l’orgasme est magique tout comme  l’engendrement,  explique l’auteur. Les hommes et les femmes recherchent avant tout leur plaisir , peu importe le sexe. 

D’autre part, mais je l’avais déjà lu par ailleurs, des tribus indo-européennes avaient institutionnalisé les initiations pédérastiques comme passage obligé au statut d’homme. Dès les premiers signes de puberté les garçons étaient tenus de se faire sodomiser par le grand-père (ou à défaut un autre membre – si j’ose dire- de la famille) Les garçonnets devaient aussi le sucer, et dans d’autres tribus de Papouasie, dès 7 ans, les garçons devaient faire des fellations à tous les hommes de la tribu et avaler le sperme car celui-ci était assimilé au lait maternel. Après ces rituels le garçon devenait un homme et un chasseur.

De même dans l’Antiquité, la pédérastie est très courante et même glorifiée. Le désir sexuel est respecté et se consomme de toutes les manières, sans aucune censure. Pourtant cette pédérastie était le plus souvent une étape dans la vie, l’éromène (le passif) ne devant plus l’être devenant adulte, il était nécessaire qu’il devienne éraste (actif), c’est une question de hiérarchie surtout, donc de respect.

Pourquoi est-il si peu question de l’homosexualité dans l’histoire ? questionne Larivière dans son 1er chapitre.  Parce que la religion chrétienne a persécuté cette forme d’amour. Il fallait croitre et se reproduire avant tout, la sexualité ne devait servir qu’à faire des enfants et non à la recherche du  plaisir toujours perturbateur dans une société qui doit obéir. Donc, au bûcher les pédérastes. Ce sont d’abord  les copistes religieux qui veillaient à la censure des écrits qui parlaient d’amours masculines. Et pendant des siècles et des siècles, tous les sodomites seront  brûlés, puis enfermés.

Larivière révèle plus loin  les manipulations sur les poèmes  de Michel Ange, orthographe et grammaire sont  féminisées pour rétablir la morale…Et la plupart des écrivains homo ou bisexuels connurent le même sort, par exemple Shakespeare, Hugo, Balzac (même en 2003, une expo à Paris consacrée à l’écrivain ne pipe mot de son homosexualité ) ou encore Flaubert… quand ce n’était pas  les écrivains qui exerçaient l’autocensure pour échapper à aux répressions. Quant aux monarques pédérastes, il étaient bien obligés de faire preuve de bonne volonté pour se donner une progéniture et se faire bisexuels et à ce propos l’anecdote d’Edouard 2 est réjouissante : pour une question de trône;  il dut faire venir son amant dans sa couche pour parvenir à s’exciter et obtenir une érection afin  d’essayer derechef d’engrosser sa royale épouse.

Ce n’est qu’à partir de 1980 qu’enfin,  les biographes timidement osent évoquer l’homosexualité des artistes…Mais ce n’est pas pour autant que cette façon d’aimer ne reste pas sale ni mal aux yeux de nos intellectuels bien-pensants, preuve en est les manuels scolaires qui n’évoquent jamais les amours masculines des écrivains ou des peintres ou alors à l’aide de termes bien hypocrites tels que frères de lait, (j’avoue que celui-là me fait bien rire..)  ami d’enfance, favori etc… Rappelez-vous, dit Michel Larivière,  ces vers de Rimbaud : « Salut à lui chaque fois/ Si chante le coq gaulois » qui a valu nombre de  commentaires des profs sur le coq du clocher….en fait le texte original est : « Je suis à lui chaque fois/Que chante son coq gaulois ». « Le coq est bien sûr, le phallus de Verlaine  » rectifie  Larivière !

Avouez que ça change tout ! Ah… l’enseignement épuré, quelle honte quand même .

Et Larivière d’insister : ce n’est que lorsque les manuels scolaires feront figurer les amours masculines dans leurs pages que l’homosexualité sera, non plus tolérée mais acceptée en France, car la censure commence à l’école, de même que c’est à l’école que germent  l’intolérance et la haine de la différence quand celles-ci y sont  insidieusement enseignées par les non dits.

Preuve encore de cette censure toujours actuelle nous dit Larivière,  le cinéma et la télévision falsifient aussi le passé pour taire la sexualité de leurs personnages mis en scène ou chroniqués, ainsi vous découvrirez comment l’homo ou la bisexualité de  Georges Mandel, Jean Moulin ou Aragon sont passées à la trappe.

A propos d’Aragon, après la mort d’Elsa Triolet  qui savait  bien son désir de garçons, celui-ci drague effrontément  des jeunes gens dans des lieux publics parisiens, mais même l’Huma jamais ne parlera de son homosexualité, pas plus que le Figaro Littéraire en 2003 lors de la publication d’un dossier sur l’écrivain. Et les universitaires n’en parlent pas non plus.  Et pourtant Aragon ne le cache pas dans ses écrits : « Ah, le jet !/Le voilà tout entier ce parfum du plaisir de l’autre/Une forêt d’après la pluie ou tout frémit comme une épaule/Et sur mon corps épars le parme/Palpitant de ses violettes de sperme » Théâtre/Roman (page 338) 

L’argument donné par quelques uns comme quoi la sexualité est affaire privée et n’a pas d’intérêt à être mentionnée est bien évidemment lâche car les histoires d’amour hétéro tumultueuses et même adultères sont toujours racontées, pesant souvent sur la compréhension des œuvres.

Voilà pour les premiers chapitres précédant les portraits, je vous laisse découvrir  maintenant les 400 pages de révélations des amours masculines de ces soixante-six monarques, princes, philosophes, écrivains, musiciens… Cette lecture me paraît indispensable pour tout lecteur soucieux d’avoir la plus juste connaissance de la personnalité des hommes qui ont œuvré en  politique,  littérature et dans tous les arts. L’affaire est certes, sociologique mais elle est aussi culturelle.  Vous  connaissez les penchants de  certains hommes illustres  mais vous allez être étonnés par beaucoup d’autres. Par exemple, les amours de  Balzac, Chopin et surtout le chaud et sodomite magnifique  Flaubert.  Et bien évidemment, les profs de Lettres  sont obligés de le lire et de rectifier leurs cours… Parce que, quand même, Lagarde et Michard m’ont bien eue !

Michel Larivière- Les amours masculines de nos grands hommes- avril 2014 – La Musardine – 415 pages – 23 euros

image à la Une : Homme nu avec son ami (1978-80)- Lucian Freud
Huile sur toile (90 x 105)

 

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