La Jouissance : entretien des philosophes Adèle Van Reeth et Jean-Luc Nancy

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Les fidèles de l’émission Les nouveaux chemins de la connaissance, animée par Adèle Van Reeth sur France Culture, ont forcément déjà entendu parler de ce premier ouvrage qui inaugure la collection Questions de caractère  éditée en partenariat chez Plon.  De jouissance il a d’ailleurs  été question sur les ondes de FC toute la semaine de la fin du mois de mars, à l’occasion de la sortie de ce livre d’AVR et du philosophe Jean-Luc Nancy.

Vous pouvez réécouter ces émission en 4 volets ici :

La couverture de La jouissance m’a intriguée, je n’ai pas compris, même si ça fait joli, la surbrillance de la syllabe OUI.  Jouir implique-il  le consentement, est-ce une condition sine qua non à l’expérience de la jouissance, ne peut-on pas jouir  à son corps défendant ? La question reste posée…

L’ouvrage n’est pas vraiment un essai mais plutôt un entretien autour de ce phénomène vertigineux que les deux philosophes interrogent dans son histoire tout autant que dans les mystères de ses définitions. Parce qu’on ne sait finalement pas très bien ce qu’est très précisément la jouissance, tant ce mot est utilisé à propos de tout : le corps, l’esprit, des biens… le  jouir tantôt brandi comme un droit, tantôt comme une diablerie indécente. Ambiguïté du mot qui oscille entre le bien et le mal, le tabou, la puissance destructrice

Jouir est un mot sulfureux, en tout cas bien embarrassant car malgré la liberté de ton contemporaine, jouir a encore des parfums d’excès de chair obscènes.  Pourtant, étymologiquement, il n’a rien de sexuel rappelle en préliminaire  Jean-Luc Nancy.

Alors, c’est quoi, jouir ? Avoir le plaisir du plaisir propose Adèle Van Reeth.  Mais plaisir de quoi ? de posséder un bien ? de dominer ? d’éprouver un orgasme ? de se perdre dans la déraison ?  de se dissoudre dans la volupté ? Et  la joie et  la réjouissance sont-elles des ingrédients ou bien se distinguent-elles de la jouissance ? 

La discussion est passionnante. Jouit-on dans la solitude de l’expérience ou bien  transporté avec l’autre  ? ou grâce à l’autre, à son corps ?  L’altérité est interrogée, tout comme l’identité.  L’idée tentante que la jouissance serait une osmose entre deux êtres n’est que… tentante car rien n’est moins sûr. Dans la jouissance je m’écarte de moi de telle façon que je suis renvoyé à moi au-delà de toute identité possible (JLN – p. 69) )

 Voilà quelques unes des questions que se posent les deux philosophes en puisant dans l’histoire, la philosophie et la littérature de quoi nourrir leur réflexion. Platon, Freud, Lacan, Bataille, Blanchot,  Rilkle, Miller et consorts sont convoqués dans le labyrinthe du désir,  du plaisir, de la sexualité, de l’ érotisme, de la  génitalité, de l’esthétique,  de l’art de jouir et de la débauche consumériste. 

 Jouir ne se laisse facilement ni penser, ni dire – ni même éprouver : jouir est inestimable, c’est une manière de sentir la vie conclut Jean-luc Nancy. Voilà un joli point d’orgue à La Jouissance …

Adèle Van Reeth et Jean-Luc Nancy – La Jouissance – Questions de caractère – Editions Plon/France Culture – 2014 – 135 pages – 12,50 euros –

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