Littérature érotique pour « ados » ?

baptiste Sibé

Je sais bien que l’adolescence se prolonge et que notre société a fabriqué le mot adulescents (kidults) pour les besoins de la  publicité et de  la psychothérapie, mais enfin, je n’avais encore jamais lu de tels titres d’articles de presse :

Littérature érotique pour ados : moyen efficace de lutter contre l’invasion du porno ? …. ces romans érotiques destinés aux 18-25 ans, débarquent en France.

Des livres spécifiques sur le désir érotique  pour des ados de… 18 à 25 ans ,  dit comme ça…ça fait peur.

Ces papiers  poursuivent en précisant que ces livres érotiques ado  à visée pédagogique s’adressent surtout IMG04370-20140201-1046 « aux jeunes filles ».   On pourrait penser qu’entre 18 et 25 ans on est plutôt une jeune femme, mais non,  pas pour les fabricants de ce produit éducatif (éditeurs, auteurs ?).   S’il y a une pédagogie à mettre en place, ce n’est pas celle du désir mais  celle, apparemment,  de l’égalité des sexes…Y-a-t-il une littérature pour fille ?

D’une part cette confusion des différentes étapes de la vie est révélatrice de notre époque désorientée et d’autre part,   et c’est le plus préoccupant, cette façon de considérer les jeunes gens, ados et jeunes adultes comme des êtres vulnérables, à guider et diriger, des Tanguy  inaptes à découvrir, apprendre et comprendre par eux-même me sidère, elle est choquante et démontre encore une fois que notre liberté et notre autonomie sont sans cesse remises en cause toute notre vie, sous prétexte que la société saurait mieux pour  nous ce qui est bon ou mal.

L’arrivée de cette « littérature » soulève plusieurs points douteux  :

Je suis déjà assez réservée sur la catégorie littéraire jeunesse qui bien souvent offre aux jeunes des textes édulcorés ou leur évitant tout effort intellectuel, alors que la littérature, toute la littérature  est accessible à tous,  enfants et  ados compris, sans aucune censure.

Je parle ici de littérature générale, celle qui embrasse le monde, et les livres sensuels ou érotiques en font partie.

Les ados de tout âge en font leur propre lecture,  ils comprennent ou cherchent à comprendre ce qu’ils peuvent. Ils reprendront ces livres plus tard, quels qu’ils soient,  pour en découvrir d’autres aspects. C’est tout le plaisir de la connaissance et de la découverte. Décréter que tel ou tel livre ne leur est pas accessible, c’est préjuger de leur entendement et  c’est non seulement une forme insidieuse de manipulation mais aussi un rapt, celui  du temps passé à tenter de comprendre tel ou tel passage qui les a  mis en émoi, laissés perplexe  ou qui a  éveillé leur  curiosité. La facilité n’a jamais construit personne.

Je vous invite à parcourir cet article. La psychothérapeute évoque l’aspect pédagogique des livres érotiques pour « ados »  puis la discussion porte sur la lutte contre la pornographie qui justifierait ces lectures érotiques adaptées aux …18/25 ans. (Je mets des points de suspension tellement je ne ne cesse de trouver cela grotesque sinon totalement incroyable, genre poisson d’avril)

Mais, je subodore encore là, une entourloupe hypocrite  pour éviter les foudres de la censure, publier un livre érotique pour les 13/18 ans doit être casse gueule…pourtant la majorité sexuelle est à 16 ans, et aucun livre classique  ou contemporain sulfureux n’est interdit aux mineurs et encore heureux !

Je ne sais s’il faut  rire ou pleurer de cette vaste fumisterie.

L’unique justification à cette production de bouquins est d’ordre commerciale, le business va être juteux, maman lit du mummy porn et fifille du new adults. Par ici mes agneaux, passez à la tondeuse des têtes de gondole.

CaptureCe n’est pas l’incitation à lire des ouvrages érotiques qui me fait réagir, je ne vais pas cracher dans la soupe, j’en écris,  et c’est par la littérature que j’ai découvert le frémissement, le désir, le langage des corps. Alors ..au contraire lisez, lisez, à tout âge et de tout genre ! Mais pas un produit marketing tendant à  la médiocrité.  J’entends par médiocrité, l’incitation à lire des livres fabriqués pour éduquer les sens, avec les stéréotypes qui ne manqueront pas d’y figurer, il suffit déjà de lire la flopée de livres à la mode, d’une pauvreté inouïe. Tant de titres déjà disponibles troublent les sens, des classiques comme des contemporains, des livres écrits sans objectifs marketing qui disent la vie, les désirs les corps sans censure, se fichant bien des interdits….Toute cette littérature est   lisible dès que vos sens s’émoustillent, peu importe l’âge.

Si le distinguo érotisme/porno ou plutôt littérature/video porno se justifie (le cheminement du désir  jusqu’au plaisir contre l’acte génital  isolé)  tous les autres  arguments, avancés dans l’article cité sont démontables :

[…ces livres « new adult » revêtent une forme pédagogique, mais au rythme que peut accepter l’adolescente/jeune adulte….]

Il n’existe aucune pédagogie spécifique  au désir ni au plaisir. Si l’initiation amoureuse et érotique se fait  aussi à travers la littérature,  ce n’est ni avec un manuel, ni avec un roman un livre destiné à l’apprentissage des ados. Qui « décide » ce que peut accepter l’ado/jeune adulte ? c’est quoi cette intrusion dans l’intime ? Il devrait exister un délit d’attentat à l’intime ou de substitution à soi.

[…Les auteurs de ces livres doivent faire appel à des métaphores de la sexualité qui sont riches pour rendre compte de la rencontre amoureuse…]

Et voilà maintenant le mode d’emploi pour les auteurs de ces livres érotiques pour grands ado…des métaphores pour parler de sexe et de désir… n’oublions qu’ils ont entre 18 et 25 ans…..

[…N’y a-t-il pas un risque de banalisation du sexe, une perte de sens de l’interdit lié au sexe ? Bien sûr qu’il existe un risque de la banalisation du discours et des pratiques sexuelles. Mais pensez au désenchantement qui a suivi la libération des mœurs. Après avoir refoulé la sexualité pendant des siècles, puis en avoir fait l’alpha et l’oméga de l’existence humaine, l’heure de la lucidité est peut-être tout simplement venue….]

Là c’est le pompon, la banalisation du sexe est avant tout orchestrée par le business, tout est sexuel dans les pubs, le chocolat, les yaourts, les jeans, le café…Et enfin, il faudrait m’expliquer « le sens de l’interdit lié au sexe »….

Bref, cette histoire de livres érotiques pour « ados »  vieillissants est présentée avec de tels amalgames que ça ne parvient pas à  cacher le bulldozer du business et le ridicule de la chose. J’aurais encore préféré qu’on me parle de livres sur le désir pour les justes pubères.

images : La liseuse Baptiste Sibe

 livre Lourdes, lentes, Hardellet 

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Isa Lorédan dit :

    Houla les fautes… Il faut lire « accessibles » et « emprunter » 🙂

  2. Isa Lorédan dit :

    Mais c’est grotesque et guidé par le mercantilisme, c’est évident. Les livres, tous les livres doivent pouvoir être accessible à tous. Je me rappelle qu’avant que mon fils aie les 13 ans nécessaires pour accéder aux rayons « Adultes » de la biblio, je lui avais dit que si quelque chose l’intéressait, je le lui prendrais. J’ai découvert Zola (baptisé en son temps « pornocrate de la littérature ») et bien d’autres en 6ème… Ma prof de français avait été surprise de mes choix, mais m’avait laissée faire… Serait-il encore envisageable que l’on laisse aujourd’hui une ado de 11/12 ans emprunté « Nana » dans un établissement scolaire ? Avec cette littérature érotique spécifique aux « Ados » (et là aussi je m’énerve, parce qu’à 18 ans on ne l’est plus) je pense que l’on vise à un certain formatage des jeunes générations. Beurk !

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