Lettre ouverte d’une correctrice

Capture lettre

 

Début décembre, j’avais  invité une correctrice, professionnelle, la précision  est importante, à profiter de l’espace de mon blog Impermanence, ainsi que de celui du magazine Le Salon Littéraire pour s’exprimer librement sur son métier  gravement mis en péril. Cette jeune femme est plus animée par la désespérance de la mise à mal de la langue française que par un ressentiment purement économique. Je lui ai demandé de choisir la forme de sa protestation, Ève a préféré le format épistolaire, elle m’adresse aujourd’hui  cette lettre ouverte, pour publication.

Pourquoi ? Des fautes et coquilles  en veux-tu en voilà fleurissent de plus en plus dans les parutions récentes, et il ne s’agit pas que des petites maisons d’édition, les plus fameuses sont de moins en moins regardantes. Le prix Goncourt 2011  en version numérique n’y a d’ailleurs pas échappé ...Alors oui, les éditions numériques corrigent souvent par-dessus la jambe, mais les plus traditionnelles renâclent aussi  à y dépenser temps et argent. 

A l’heure de la rentabilité à tout prix et sous prétexte de la survie du monde de l’édition, le métier de correcteur – et de relecteur-  passe  donc à la moulinette, sacrifiant   la langue  sans aucun  état d’âme. Avoir son  style d’écriture, créer des néologismes,  se passer de ponctuation, soit ! Mais massacrer le français et être illisible est assez insupportable.   La question du respect de la langue et  surtout du lecteur étant réglée par une réponse lapidaire :  on ne va  quand même pas donner  de la confiture aux cochons ! Les livres devenus produits de consommation de masse et non plus ouvrages littéraires, sont traités comme tels.

Les  fourmis qui bossent dans l’ombre pour des clopinettes, en relisant les manuscrits, traquant barbarismes, répétitions,  fautes de grammaire  et d’orthographe sont une  espèce en voie de disparition, remplacées par des logiciels.  Ève, ardente ouvrière,  ne veut pas être le maillon faible de la chaîne du livre. Cette lettre s’adresse tout autant aux éditeurs qu’aux auteurs.

111

222

333

444

article cité :  http://www.liberation.fr/culture/2010/01/06/correcteurs-a-rude-epreuve_602767

article sur le même sujet :
http://larepubliquedeslivres.com/de-la-lecture-angoissee-a-la-correction-nevrotique/

→ Retour Accueil 

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. A reblogué ceci sur Les Editions de l'Embellieet a ajouté:

    Ajouter mon grain de sel comme ils disent sur wordpress… Alors, je dirai : à lire, à méditer… Et contente d’avoir trouvé cet article là… où je me situe à la fois en tant qu’auteur et éditeur ! Cela rejoint ce que je pense déjà… écrire est un métier et donc la « production » d’écrits ne devrait pas exister et en tant qu’éditeur, j’ai à cœur de lire et recorriger, reformuler même ce que j’édite et que j’éditerai… Par respect pour les futurs lecteurs, par respect soi-même et pour la profession d’éditeur soyons plus exigeants même si nous ramons, comme je le souligne souvent et ici également, à contre courant…mais c’est important !

  2. anne dit :

    @Lamentin : Oui, vous avez raison, les chroniques du Salon Littéraire sont ouvertes librement aux commentaires, et manifestement, le modérateur ne corrige pas les fautes des collégiens qui viennent y picorer , ou plutôt y piquer résumés et analyses, en râlant en plus qu’ils les trouvent trop longs ou difficiles à comprendre ; et le niveau de leur écriture fait peur quand on sait qu’ils ont passé 5 ou 6 ans à apprendre à écrire et à parler…Je déplore , mais ne suis pas directrice du Salon Littéraire, donc je vous invite à réclamer auprès de la direction ou même à vous exprimer sur le Salon.

  3. lamentin dit :

    Bon, moi là, je m’adresse à Anne Bert car sur le Salon Littéraire où est aussi publiée cette lettre,on trouve ce genre de commentaires sur TOUS les résumés d’œuvres classiques publiées par la rédaction du magazine : (attention, ça déménage, c’est sur le Roman de Renart) :

    – il y a 4 semaines
    Moi je voulais par chapitre j’ai chercher par tout mais je n’ai pas trouver pourez-vous m’aidez a faire mon résume Le roman de renart

    il y a 3 semaines
    mais j’aimerai qu’il y aura des resume de chaque chapitre

    camilloudu91 il y a 2 semaines
    un résumé par chapitre sa serai possible car sinon la sa sert a rien…..

    anonymous-girl il y a 23 minutes
    Je n’ai pas tout compris et sa aurais été mieux en un résumer plus court (parce que un résumé est censé être cour…)
    Je devais faire un devoir de français et sa ne m’aide pas du tout !

    Et tout est du même genre pour les autres classiques, je suppose que ce sont des collégiens..mais c’est pathétique que le Salon laisse ça en état, la Rédaction pourrait au moins s’obliger à les corriger, et surtout ne pas leur donner tout cuit leur devoir ! Ou faire un parc à cancres. En tous cas c’est indigne d’un site littéraire qui a pour mission d’élever l’esprit avec leur magazine,et non pas de le façonner niveau TF1.

  4. Mariette, énervée dit :

    C »est pire que ce que j’imaginais !
    Le sujet est représentatif de la marchandisation de tout, de l’homme et de sa culture. Pas la culture poussiéreuse et élitiste, mais celle qui construit les gens, et c’est comme à la télé, le spectateur n’est rien d’autre qu’un cerveau à vider pour le remplir de pub qui le persuaderont qu’il faut consommer pour être quelqu’un.
    Affligeant.Triste, ce mépris de l’écriture et des lecteurs. Mais le commentaire d’Henri est juste , les gens sont cons à consommer n’importe quoi , ils ont un pouvoir immense , celui de refuser d’acheter de la merde, de consommer de la merde, et en matière de culture, refuser d’acheter des livres d’une maison d’édition qui leur donne de la bouillie à chat , au deuxième livre bourré de fautes et d’inepties de forme on la met sur la liste noire, ça m’étonnerait pas qu’ils fassent alors vite appel à un relecteur compétent ! Ça ne sera plus l’offre qui créera la demande, mais la demande qui créera l’offre , et le consommateur aura repris le pouvoir !

  5. Henri dit :

    Guidé par un mot clef, me voici ici à lire votre lettre, correctrice .Voilà qui a le mérite d’être dit , et bien dit ! Courageux, en plus, de pointer que le lecteur est considéré comme un sujet à gaver. Mais la faute à qui quand on sait que livre DOIT se retrouver en tête de gondole comme un paquet de nouilles ? Qu’est devenu le texte ? la pensée ? La façon d’écrire ? La rigueur ? Un éditeur qui se fout de ces choses-là n’est qu’un chef d’entreprise prêt à se passer des hommes et des femmes pour produire au moindre coût oui, en aucun cas un homme qui s’occupe de lettres et de littérature, et un auteur qui s’en fiche n’est qu’un bavard en mal d’interlocuteur. Et le lecteur… le dindon de la farce qui doit cracher au bassinoire. Mais il y a hélas beaucoup de lecteurs qui se foutent aussi de tout ça, abêtis par l’appauvrissement de la culture. ET qu’on ne vienne pas me parler des livres numériques, non pas que parce que c’est un support incompatible avec la culture, non, du tout, mais parce que la plupart n’ont aucun travail de relecture ni de correction et sont aussi d’une pauvreté littéraire inouïe. Les éditeurs numériques sont pour beaucoup des charlots qui ne savent ni écrire, ni lire..n’ont aucune culture littéraire…ah ah….il faut voir leurs sites ou leurs pages FB…Je compatis Ève !

votre grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s