Mon journal intime, érotique et pornographique d’Aline Tosca

Aline Tosca

Attention, petit bijou en zone humide !

J’étais impatiente qu’Aline Tosca transforme son essai  prometteur titré Le Sexe gourmand, et   voilà c’est fait, tout vient à point à qui sait attendre,  Mon journal intime, érotique et pornographique  confirme son talent et sa voix bien singulière,  ce qui en matière d’écriture érotique mérite d’être applaudi.

Aline Tosca a choisi de situer son récit  dans de grands espaces  déjà sensuels en eux-mêmes, les marais de la Camargue,  les rizières,  la mer, les chevaux, les taureaux… , et des huis clos imbibés de senteurs  animales pour nous conter la découverte du désir et du plaisir d’une  autochtone plutôt  sauvageonne et curieuse,  Drouna.

L’environnement  titille déjà les sens,  l’imaginaire est une voie humide, alors si les paysages sont  aussi saturés d’odeurs mouillées et fortes, c’est de bon augure. L’initiation érotique a plus de chance d’être savoureuse en Carmargue que dans la cohue des foules citadines. Ça me rappelle un peu Perle dans la Brière, et j’ai été ravie de me retrouver en pleine nature.

Drouna  se confie  à son journal et à un curé nommé  Louis (prénom récurrent dans les ouvrages d’Aline Tosca).

 On pourrait penser démodé de se tourner vers l’église pour se décharger du poids du péché de la jouissance, mais c’est moins à  l’église que Drouna  se confesse qu’à l’homme qui a revêtu l’habit d’église.  Et puis nous sommes dans la région des  traditions et des Saintes-Maries-de-la-Mer….et Drouna nous en dira plus sur ce curé.

La forme du récit est  atypique  car la narratrice alterne la nature  des confidences selon le destinataire,  les séances de confesse ne ressemblent en rien à ce qu’elle  inscrit sur les pages de son cahier,  avouer à Louis ses frasques initiatrices c’est  surtout pour vouloir le troubler.

On ne peut aborder le registre érotique de ce livre sans parler de l’écriture parce que celle-ci, justement,  en dehors de l’environnement dans laquelle elle s’inscrit,  est éminemment érotique : les mots, la construction des phrases, leur rythme, tout confère à  susciter   le désir, c’est avant tout un plaisir littéraire que distille Aline Tosca,  puis érotique,  de la façon la plus naturelle et la plus innocente.

Et pour illustrer ce ressenti, je pourrais utiliser  l’image de la petite culotte en coton blanc même pas sexy mais qui, lorsqu’elle se tache en avouant le trouble devient plus fortement érotique que l’attirail  string-porte-jarretelle codifié sexe.  Eh bien, c’est comme cela qu’écrit cette auteure,  en culotte de coton même si elle emploie aussi  les mots du sexe et même  ceux du vice, même si elle narre des extrêmes comme dans le chapitre  La stalle, où les jeux de dressage à la manière des chevaux sont racontés de manière crue mais sobre. Il n’y a dans le texte d’Aline Tosca, pas un seul artifice pour « faire érotique »  et l’auteure  est  vraiment habile pour faire dire aux mots plus que ce qu’ils définissent.

Drouna va perdre sa virginité parce qu’elle a choisi de le faire, et tout expérimenter de ce qui la tente mais elle dit aussi  [..je ne suis pas persuadée vouloir achever tous mes désirs..].  Elle est heureuse de découvrir  le langage des corps même si elle ne parvient pas  toujours au plaisir ultime.  C’est aussi un bienfait de ce livre érotique, on ne jouit pas partout en hurlant.

Sa rencontre avec Billie Jean, qui va devenir son amie et même plus, aide à la construire, d’ailleurs toutes ses expériences sont des rencontres qui la façonnent, qui l’aident à se connaître.  Connaître Billie Jean, c’est l’invitation au voyage,  mais la licencieuse Drouna est toujours aimante,  généreuse, pas  narcissique ni perverse et c’est aussi en cela que ce texte  érotique est vivifiant.

Par contre, les photographies  pourtant  très esthétiques qui illustrent ce livre numérique, ne m’ont guère plu, je n’ai pas goûté devoir les regarder entre chaque chapitre,  cela a dérangé ma lecture et  mon imaginaire  d’autant plus que je trouve qu’elles n’illustrent pas l’atmosphère du récit, tout comme celle de la couverture, belle oui, mais trop stéréotypée pour ce livre inattendu. Il aurait peut-être fallu les regrouper en fin de volume, ou les intégrer dans le paysage camarguais. Ou ne pas en mettre.

Enfin,  je ne sais pas pourquoi Aline Tosca, en liminaire,  présente ou veut justifier les textes qu’elle nous livre alors qu’ils se suffisent à eux-mêmes et n’ont pas besoin  d’autant de préambules, il   faut prendre confiance et faire confiance aux lecteurs…

Ces broutilles mises à part, je vous conseille vivement de lire ce beau récit, il  y a de fortes chances qu’il plaise  même à ceux qui ne sont pas adeptes ou accoutumés à lire de l’érotisme (on est à mille lieues de 50 Nuances…) car c’est avant tout un plaisir de lecture.

Mon journal intime, érotique et pornographique –  Aline Tosca –   – Edition Numériklivres – 2014 –  74 pages – Format numérique – 3,49 €

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