Non-assistance sexuelle à personne en danger, de Pascal Prayez

9782343017488r

En préambule de la chronique sur ce livre défendant l’assistance sexuelle pour les handicapés, voici ce que dit l’OMS à propos de la santé sexuelle :

La santé sexuelle est comprise par l’Inpes au sens la définition adoptée par l’OMS en 2002 :
« La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. La santé sexuelle a besoin d’une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, et la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui apportent du plaisir en toute sécurité et sans contraintes, discrimination ou violence. 
Afin d’atteindre et de maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et assurés.
La sexualité est un aspect central de la personne humaine tout au long de la vie et comprend le sexe biologique, l’identité et le rôle sexuels, l’orientation sexuelle, l’érotisme, le plaisir, l’intimité et la reproduction. 
La sexualité est vécue sous forme de pensées, de fantasmes, de désirs, de croyances, d’attitudes, de valeurs, de comportements, de pratiques, de rôles et de relations. Alors que la sexualité peut inclure toutes ces dimensions, ces dernières ne sont pas toujours vécues ou exprimées simultanément. 
La sexualité est influencée par des facteurs biologiques, psychologiques, sociaux, économiques, politiques, culturels, éthiques, juridiques, historiques, religieux et spirituels. »

S’il y a un droit   reconnu à tous d’accéder à des expériences et au bien-être sexuels,  même en cas de loi le garantissant,  cette conception d’égalité ne sera pas plus effective que celle du droit au logement pour tous…Mais bien en amont de cela, qu’en est-il de cette assistance sexuelle ?

Le livre Non assistance sexuelle à personne en danger est intéressant et le propos mérite largement de s’y arrêter un peu.  Ce n’est pas véritablement  un roman  comme la 4ème de couverture  le dit, mais un récit comportant des témoignages d’assistant(e)s sexuels.  L’auteur, Pascal Prayez,  est docteur en psychologie clinique et partie prenante dans plusieurs associations œuvrant en faveur de l’accompagnement intime et sensuel de personnes handicapées. Il  dit  avoir voulu romancer un peu les témoignages afin de ne pas trahir la confidentialité des échanges intimes.

L’auteur dès les premières lignes du livre tient à différencier ce qui est du ressort de l’émotion et ce qui relève de la réflexion. Manifestement, sur ce sujet très controversé, les médias et le grand public réclament avant tout des témoignages mais l’auteur insiste sur l’importance de la réflexion. IL n’y a qu’à lire les commentaires qui font suite aux articles publiés dans la presse sur le sujet pour mesurer la violence des réactions du public, qu’il soit  concerné ou pas par le handicap. D’ailleurs quelques voix de personnes handicapées s’élèvent contre le concept d’assistance sexuelle, comme en témoigne cette personne qui reconnait malgré tout disposer de moyens technologiques privilégiés pour se débrouiller seul ou avec des valides (et qui réclame que des sex-toys adaptés à son handicap soient créés ) et conteste vigoureusement  cette assistance  à ses yeux stigmatisante.

La seconde partie de l’ouvrage argumente sur  la démarche de l’assistance intime des personnes en situation de handicap. Malgré l’implication  et l’engagement de Pascal Pravez, son discours  et sa réflexion tendent à l’objectivité. On y parle du corps, des désirs mais aussi  du rôle et de l’image des femmes, de l’argent, des risques aussi bien physiques que d’addiction.

A propos des femmes, il est intéressant de noter qu’elles ne sont pas les seules à intervenir, des hommes pratiquent aussi ce métier. Sur le site Assistance Sexuelle que je référence en fin de billet, on peut lire que  l ‘On s’expose bien sûr à reproduire les normes : l’hétérosexisme, mais aussi le sexisme, en naturalisant le désir masculin (un besoin), et en assignant le care sexuel aux femmes (leur vocation). Mais pas plus que dans toute autre pratique ou représentation du sexe. En fait, il y a des assistants sexuels hommes ; et les «bénéficiaires» peuvent être du même sexe.

Les protagonistes du récit prennent un soin tout particulier pour expliquer à leurs patients qu’ils ne sont pas LA réponse à leurs besoin d’amour et de sexualité, mais une passerelle pour accéder à la connaissance de leur corps et pour apprendre à répondre à ses besoins et/ou désirs. Leur tâche est temporaire, la plus courte possible,  c’est une étape de vie, le nombre de séances est  établi à l’avance pour amener la personne handicapée à prendre confiance en elle et   lui apprendre aussi à tisser des relations amoureuses avec autrui, handicapé ou valide. Le risque d’attachement affectif ou  d’addiction physique est sans cesse réévalué pour éviter d’emprisonner le demandeur dans une relation dont il ne pourra plus se passer. Les assistants leur apprennent aussi à gérer leurs besoins, tout ne doit pas être possible parce qu’ils l’exigent. Ainsi, le travail des assistants relève parfois de l’éducation sexuelle et sensuelle, tout autant que du don d’amour.

Les acteurs de cette assistance sexuelle (quelque peu romancée donc pour les besoins de la discrétion)  ne manquent jamais de s’interroger sans cesse sur les limites et les conditions de leur implication, et c’est très rassurant.

Ces intervenants sont issus de tous les milieux, et souvent bien loin de ce qui circule dans l’imaginaire collectif. Ainsi Emilie, assistante sexuelle est mariée, maman,  et salariée par ailleurs. Elle explique les raisons de son implication dans l’assistance aux handicapés et insiste sur la nécessité d’être soi-même équilibré dans sa tête et son corps pour mener à bien ce travail. Il faut bien sûr que le conjoint ou les proches soient en accord avec cette démarche. Emilie  explique aussi parfois qu’elle renonce  après le 1er entretien à intervenir parce qu’elle ne pense pas être la mieux placée pour répondre aux besoins exprimés et oriente alors  le demandeur vers une autre personne.

La parole est aussi largement donnée à ces demandeurs de soins sexuels si souvent oubliés lorsque l’on débat du sujet…La détresse est telle parfois qu’il faudrait être bien inhumain pour leur répondre qu’ils feraient mieux d’apprendre  à contenir leurs désirs intimes, ce  que les censeurs pourfendeurs de l’assistance sexuelle préconisent, plaidant la morale du renoncement…  les conseilleurs n’étant jamais les payeurs.

Corps solidaires - film
Corps solidaires – film

Les intervenants ne consomment  pourtant que très rarement, la pénétration est exceptionnelle, en général leur mission est de répondre à leurs désirs de connaissance (c’est fait comment un corps de femme ou d’homme, c’est quoi une caresse, comment je peux répondre à mon impérieux désir physique, etc…) et leur besoin de sensualité et de plaisir. L’assistant offre son corps au regard, aux caresses, il masturbe jusqu’à la jouissance, mais pas toujours non plus, chaque échange est particulier à ce que recherche le demandeur, c’est parfois une simple approche.

[…Lise a appris à s’absenter lors de soins, pour ne plus être  là tandis que le gant tiède passe sur sa peau, ses seins, entre ses cuisses. Lise s’est habituée à cette désaffection de soi jusqu’au mépris du corps, jusqu’à l’oubli, jusqu’à la résignation…]  Mais, la jeune femme,  dans la souffrance, un matin va téléphoner à l’association pour demander de l’aide, qu’elle  n’arrive pas elle-même à cerner, et ce sont les intervenants qui vont l’aider à identifier ce désir. Elle sera dirigée plutôt vers une femme qui lui apprendra comment est fait son corps et comment il fonctionne.460912883

Il y a aussi l’histoire  très émouvante d’Angelo, ou celle de Marie…Jamais les histoires ne tombent dans le pathos,  elles mettent juste en lumière leurs espoirs et c’est là la vertu de cet ouvrage. Aucun valide ne peut intégrer la réalité de l’impossibilité de toucher son propre corps, de regarder son sexe, de se masturber. Sans corps il n’y a pas de connexion avec la vie.

Au terme  d’assistance sexuelle , je crois qu’il est plus juste d’ailleurs  d’utiliser ceux de sensuelle  ou  d’intime. Ces personnes handicapées réclament quoi, sinon  de la confiance, des caresses, de la douceur, du plaisir, de l’attention sensuelle plutôt que du sexe pur, même si certains devront admettre que la réalité amoureuse n’est pas ce qu’ils ont pu voir sur des sites pornos et qu’ils devront différencier aussi le désir du besoin.

Quand on parle d’amour dans ces échanges, évidemment il ne s’agit pas de lien amoureux mais d’amour humaniste, je crois qu’il est nécessaire de préciser cela à l’intention des moralisateurs qui n’acceptent pas de dissocier le lien amoureux du lien sexuel.

La  question de  l’éthique et de la rémunération est bien sûr abordée, tous les aspects de ces problèmes épineux sont soulevés. La marchandisation du corps est réfutée parce que l’auteur dit  qu’elle évoque la prostitution.  Si le bénévolat n’est pas possible car il s’agirait alors de lien privé n’apportant que de l’addiction aux demandeurs, Pascal Prayez insiste sur le fait que les assistants ne s’adonnent pas à cette activité parce qu’ils ont besoin d’argent ou parce qu’ils sont dans la précarité, bien au contraire, ils font ce job en plus de leur travail habituel parce qu’ils s’engagent de façon humanitaire.

L’auteur et les intervenants refusent  donc de se voir assimilés à des prostitués. Cela les blesse même. Personnellement, ce ne sont pas les termes qui me gênent. Prostitués, assistants…dans le cas où tous travaillent sans être exploités par quiconque, ces travailleurs du corps n’œuvrent-ils pas pour le bien-être de leurs clients/patients et pour leur « droit » au plaisir en toute équité ?  Cette virulence des assistants  à vouloir se démarquer des prostitué(e)s  stigmatise trop  ces derniers. Beaucoup de clients de prostituées sont des hommes timides, ou en proie à des faiblesses, des handicaps psychologiques et je ne vois pas au nom de quoi ces clients-là seraient  plus vils que les patients des assistants, et en quoi ces assistants seraient plus respectables que les prostitués. Ne travaillent-ils pas pour le plaisir de ceux qui les payent ? C’est peut-être là où l’on peut mesurer le poids des mots et  l’opprobre des bien-pensants (ou plutôt des mal-pensants). Peut-être faudrait-il tout reconsidérer du travail d’assistance sexuelle qu’elle s’adresse aux valides ou pas, tout est hypocrisie, actuellement la prostitution est légale mais les clients  des prostituées sont des délinquants, et l’état.. le père maquereau puisqu’il perçoit sa dîme sur les revenus payés par ces délinquants….

Le titre Non-assistance sexuelle à personne en danger, me paraît quelque peu excessif…mais on lutte souvent pour les causes que l’on défend avec excès. Pourtant si je n’aime pas le titre, le propos du livre est très posé. C’est une lecture utile pour nourrir sa réflexion.

Non-assistance sexuelle à personne en danger  – Pascal Prayez  Edition L’Harmattan – 137 pages – 14,50 €

Pour en savoir plus sur le sujet  :

→ amour gratuit et sexe vénal   

assistance sexuelle en Suisse Romande 

corps solidaires

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