Prix du livre numérique 2013 Youboox

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Jeudi 28  novembre, le prix Youboox 2013 a été remis lors d’une soirée au Labo de la BnF (à laquelle j’ai assisté en tant que nominée pour mon livre Epilogue,) en présence de Fleur Pellerin, ministre de l’Economie numérique,

Deux prix ont été décernés : celui des lecteurs  (les lecteurs votent pour le livre qu’ils soutiennent, sans avoir toutefois l’obligation de lire tous les livres de la sélection, la notion de choix est donc restreinte) et celui du jury ,  le premier est allé à Un parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle, journaliste à Telerama et publié chez Storylab (lecture  très agréable et nostalgique)  et le second à  Propagande noire de Georges Fenech et Alexandre Malafaye, tous deux écrivains  et publiés chez Kero, Georges Fenech étant aussi  homme politique, député du Rhône.

Je sais bien que le talent n’a rien à voir avec la fonction   mais… je ne sais pas, ça n’aide pas à croire au hasard surtout quand on entend Monsieur Fenech s’adresser au micro à la ministre et aux organisateurs avec une complicité qui a paru  un peu suffisante aux oreilles lambda. Etait-il judicieux qu’il précise à l’assemblée  des invités qu’il était parlementaire,  pour remercier de son prix ?

Discours de Georges Fenech :

Bref…

Ce prix a été créé par Youboox pour promouvoir le livre numérique et communiquer sur le concept de leur  site qui est  en quelque sorte identique à celui  de Deezer, c’est à dire une offre de lecture  de livres  numériques de tout genre, illimitée, moyennant un abonnement fixé à ce jour  à 9.90 euros par mois.

Discours BnF et Youboox :

La remise du prix  s’est déroulée au Labo de la BnF, antre de l’expérimentation numérique culturelle. Le lieu est hautement symbolique, si le livre numérique est présent à la BnF, c’est tout de même bien que c’est un objet culturel et non pas le vilain mouton noir de la littérature comme le pense trop souvent le monde littéraire qui se sent offensé par l’écran. Notons par exemple, que quasiment aucun magazine ne chronique le livre numérique, même pas (ou surtout pas ) le Magazine littéraire qui pourtant évoque chaque mois le livre audio. Alors pourquoi le support CD  d’un texte serait-il mieux considéré que le support écran ?

Mais.. au terme de cette cérémonie, je me suis pourtant  questionnée : ce prix Youboox couronnait-il bien la littérature, le texte ? Ou plutôt la technologie et le support ? La question est importante, et du reste je reviendrai sur ce point dans un prochain billet sur la gratuité du livre.

Si la présence de Fleur Pellerin a honoré le prix Youboox, on aurait aimé que la ministre de la culture se joignît à elle pour donner un signal fort à la reconnaissance du livre numérique. Parce qu’enfin, ce prix, s’il se veut littéraire, est censé couronner un texte et non pas un support.  

Dans son discours (voir ci-dessous l’enregistrement)  Fleur Pellerin a fermement  détaillé ce  qu’elle a mis en place pour que la France ne reste pas à la traîne en ce domaine, notamment la baisse de TVA du livre numérique qui doit s’aligner sur le livre papier.  Elle a rappelé que si ce marché est encore très faible, il représente quand même 10% du chiffre de chez Hachette, d’autre part  90 % des livres papier publiés  toutes éditions confondues sortent aussi en format numérique. L’enjeu est aussi linguistique et géopolitique, la francophonie ne doit pas pâtir d’un retard de train, la France doit savoir s’imposer sur ce secteur. La ministre en a profité pour préciser que c’était dans cet esprit qu’elle mettait en place le French Tech,  grand mouvement de mobilisation collective pour la croissance et le rayonnement international des startups numériques françaises. Elle compte aussi lutter contre l’absence de standard des plateformes de téléchargement, elle va défendre l’interopérabilité, toute liseuse devant pouvoir lire des livres achetés dans n’importe quelle e-librairie. 

Fleur Pellerin souhaite en finir avec les fantasmes anxiogènes qui pèsent sur le livre numérique. Persuadée que le livre numérique ne tuera pas le livre papier mais l’accompagnera, elle préfère  évoquer le rêve de la bibliothèque de Borgès.

Le numérique, qu’on le veuille ou non, est en train de transformer les usages de la littérature, certes,  et si empêcher les auteurs de pouvoir se passer d’éditeurs et de libraires reste aussi  une préoccupation constante,  il  n’a hélas pas été évoqué  la façon dont les écrivains et les éditeurs pouvaient tirer profit de ces nouveaux supports, et là quand j’écris le mot « profit », il n’a aucune connotation monétaire, je parle seulement d’écriture, d’innovation et de créativité.

 

Discours de Fleur Pellerin et de Nicolas Delesalle

 

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NB : je ne défends pas envers et contre tout le livre numérique, je suis trop attachée à mes bouquins cornés et au plaisir de les manipuler, les ouvrir, les regarder, les mettre sur le ventre ou sur le dos, trop attachée au choix de la typographie, de la présentation (l’idée par exemple que l’on puisse changer la forme d’un simple clic me hérisse), trop attchée aux bibliothèques et aux librairies où je peux y passer des heures..bref, le livre et moi , c’est une histoire d’amour, une passion, qui dure depuis que je sais lire. Mais je suis curieuse de tout et je trouve intéressante l’idée d’imaginer d’autres façons de dire le monde, de l’écrire dans un espace de plus grande liberté que celui du livre papier, de l’éditeur papier.   Je m’y mets doucement,  lis donc un peu de numérique,  et j’en écris aussi, un peu, en marge de mes parutions papier. Ce qui pèche, économiquement, c’est la difficulté à faire cohabiter l’un et l’autre sans dommages pour les libraires qui vont devoir faire preuve de créativité pour subsister et non pas crever comme les disquaires l’ont fait. Je répète donc, inlassablement, achetez ou commandez  vos livres papier chez vos libraires et non pas sur le net, vous ne payez pas plus cher.   Et ce qui est le plus pénible, ce sont les ayatollah d’un bord ou de l’autre…

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