Entretien avec Delphine Solère

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 le gout du désamour

C’est votre 1er roman, pourquoi avoir  d’abord choisi ce thème et fait-il partie d’un projet d’écriture, avez –vous un univers que vous voulez explorer  ou  bien  vouliez-vous témoigner d’un parcours personnel ?

Certes, un premier roman, mais j’ai toujours aimé le rapport à l’écrit. L’écriture érotique est subtile. Elle est un mélange de réalisme, de désir, de projections. C’est une écriture –et  une lecture !  A plusieurs niveaux. La liberté est grande. L’héroïne porte mon prénom. Mais ce n’est pas une autobiographie. Je ne dis pas que toute ressemblance avec des faits ou des personnes  ayant existé… ?!   Des instants captés de vie, des émotions, des réflexions… Le sexe et l’amour, le sexe et le désamour, le sexe et le sexe…Donc, un 1ier roman, et une grande joie  d’être éditée. Evidemment, cette chance incite à poursuivre.

Votre livre est-il avant tout un livre érotique ou bien un livre qui veut surtout dire ce que veulent les femmes ou de quoi  elles sont capables ?

Je dirais que le Goût du désamour est un livre érotique, voire un peu pornographique. Les femmes sont surprenantes ; elles peuvent faire preuve d’une grande patience, et d’un seul coup, prendre une décision radicale. Le désir de liberté est souvent déclencheur. A partir de ce moment, la femme assume ce qu’elle est, ce qu’elle a envie de devenir  et  elle assume son désir aussi.

C’est  un plaidoyer en quelque sorte ?

Disons qu’une femme peut aimer  physiquement sans être une salope.  Je sais, ça fait des lustres que ce refrain revient. Mais force est de constater qu’il est rude à intégrer. Pourquoi la sexualité féminine devrait toujours être romancée ? Je peux faire l’amour avec juste la recherche du plaisir de chair, me perdre dans le désir, le mien, celui de l’autre, mais je fais aussi l’amour avec mes sentiments, le cœur en émoi. Je revendique le droit à la liberté. Faire ce que l’on a envie, sans jugement. Que chacun fasse ce qu’il a envie, dans le respect de l’autre.

 Que pensez-vous de la littérature érotique contemporaine  féminine ? A- t-elle, selon vous,  une « mission  » ?

La 1ière mission d’un livre, c’est de faire plaisir, d’être agréable, de surprendre,  de laisser l’esprit voyager, de  s’émouvoir.  Qu’il soit érotique ou non, l’objectif est le même. Je ne sais pas s’il faut militer pour la littérature érotique féminine. Mais, il n’y a aucune raison pour  qu’elle n’existe pas !

Lisez-vous des livres érotiques ?

J’aime Françoise Rey, Régine Deforges.  Leur participation à la littérature érotique  a ouvert une voie justement. Qui était plus confidentielle à leur époque.  J’aime Etienne Liebig par son ton décalé quand il se met en scène, comme dans la vraie vie, avec ces joies et ses déboires. J’aime les histoires de la vie, les rencontres inattendues, les découvertes. J’aime l’émotion. Et lire de l’érotique en provoque !

 Delphine est une femme qui assume ses mauvais penchants,  pourquoi est-ce important pour vous  qu’elle  aille jusqu’au bout  d’elle ?

Pour ne pas avoir de regret…

Elle fait en sorte que son mari ne survive pas au malaise qu’il fait en nageant, j’y perçois une façon de dire qu’elle va  assumer  jusqu’au bout son désir d’exister, plutôt qu’une perversion  manichéenne ; c’est cela ou bien est-ce pour l’intrigue du roman ?

Il y a un petit côté Thérèse Desqueyroux dans cette histoire… Delphine se saisit d’une opportunité.  Réaction par facilité ? Peut-être. Mais radicale.

Pour autant, n’est-ce pas une facilité, voire une lâcheté de faire disparaître son époux  plutôt que de l’affronter ?

Certainement une lâcheté. Nous avons déjà tous  eu des idées meurtrières. Je suis écrivaine. J’avais un problème, je l’ai résolu !

Cherche-t-elle à se venger des hommes ?

Non, pas du tout. Delphine se réveille. Elle prend quand cela se présente. Même si elle se pose beaucoup de questions.

Où se situe pour vous la force de la femme ?

Je vous invite à réécouter Renaud. Miss Maggie par exemple. La femme a une capacité extrême à l’empathie je crois,  mais elle est aussi d’une résistance incroyable.  Une détermination.

Delphine est-elle féministe ?

Je ne sais plus trop ce que veut dire féministe. Elle aime les femmes. Elle aime les hommes. Est-ce trahir l’un que d’aimer l’autre aussi ?  Cependant, elle revendique le respect et l’équité.

 Vous écrivez : [Quant à l’acte gratuit, il trouve ses limites parfois quand l’affaire est trop belle et le poisson trop gros ] Lors de la soirée place des Vosges, elle goûte énormément  au plaisir de monnayer  sa participation aux jeux érotiques avec des VIP .  Est-ce aussi une façon de dire qu’elle est libre et qu’elle emmerde les féministes radicales ?

Delphine s’est déjà questionnée sur l’amour rémunéré. Avec José par exemple. Le pouvoir est parfois plus dans la posture que dans l’acte. C’est la force de Delphine. Pourquoi elle n’en jouirait pas non plus ?

Vous éludez un peu la question… Si  je vous dis que la femme a des responsabilités dans le fait qu’elle est bien souvent soumise  aux hommes, qu’en pensez-vous ?

Je suis éducatrice. Je sais à quel point chaque relation est sujette  aux inter, intra, extra relations. Nous sommes le fruit d’une multitude interactions. Et nous avons chacun  notre part de responsabilité : individuelle, collective, etc. Les choix sont parfois difficiles à faire, quand on porte le poids de son histoire, de sa culture. Certes un facteur personnel  entre en compte, mais le facteur sociétal et politique intervient également. Rappelons-nous la fraicheur du  droit de votes des femmes pour ne citer que cet exemple. Mais quoi qu’il en soit, une femme ne doit jamais tomber sous la coupe d’un homme, et ne jamais être humiliée, dévalorisée, maltraitée. Poncif peut-être ?

Poncif peut-être dans les  mots, mais pas dans les têtes hélas… Vous ne recherchez pas d’effet de style, votre écriture est directe au plus près de la réalité,  vous  n’éludez rien, vous décrivez même  des détails a priori anti érotiques dans des scènes qui l sont pourtant  chaudes et efficaces,   pourquoi  ce souci du détail ?

Avec  la jouissance… la petite mort.  Mais avant, le cerveau enregistre tout. Il est en alerte maximum. Il voit, il sélectionne, mais tout est dans la boite.  Il faut ne  rien perdre.

L’initiation au plaisir  de Delphine est faite par des femmes,  la découverte de son corps, la façon dont on peut s’en servir pour éprouver du plaisir, ce sont ses amies qui lui enseignent,  est-ce finalement mieux que  par un homme ?

Delphine se laisse surprendre et accepte la volupté qui se dégage de ses relations féminines. Avec sa femme de ménage, avec  ses copines. Plane-t-il un air de don sans demande de contre don à ce moment-là, juste l’idée d’un plaisir à partager, avec la plus naturelle  bienveillance ? Ni mieux ni pire : la question du moment, de la rencontre, de l’émotion est fondamentale. Heureusement.

 Quand elle réalise qu’elle est amoureuse, elle modère son ardeur libertine, puis finit par accepter ses désirs  en dépit de ses sentiments. Son amant l’aime ainsi, fidèlement infidèle et libre.  C’est un mirage ?

Bientôt Noël, c’est le moment de passer commande !!Nous  sommes beaucoup nourris  de sentiments contradictoires. Mais on peut tendre vers ?

Pourquoi avoir choisi l’anonymat ?  

Parce que je suis de nature discrète et réservée ?!

N’est-ce pas contradictoire avec le ton du livre qui célèbre la liberté de la femme et sa capacité à  s’assumer ?

Effectivement, Solère est un pseudo. La Delphine que je suis comporte évidemment plusieurs facettes, et je n’ai pas envie de me définir, ou d’être définie seulement par un genre, fut-il brave de le revendiquer. J’ai plusieurs vies que je mène de front, elles se juxtaposent, se complètent, et je veux garder cette liberté d’être. Je suis éclectique, et j’aime cette possibilité de tourner mon regard vers plusieurs horizons. Je n’aime pas l’enfermement; j’aime le plaisir de la découverte, de la surprise. Solère en est une. Et puis, il  est certainement plus aisé pour un  homme de naviguer entre les genres.. voire même d’en tirer profit ! Alors effectivement, mon militantisme au féminin est peut-être plus souterrain…

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Vous pouvez lire ma chronique sur Le Goût du désamour sur →  le Salon Littéraire 

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