Osez vous faire le père Noel – 20 nouvelles histoires érotiques de Noël (ou l’histoire de la nativité selon la Musardine)

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La Musardine récidive cette année avec Osez…20 nouvelles histoires érotiques de Noël.  La fameuse collection Osez…célèbre Noël en réinvitant des auteurs de la maison (elle en accueille de nouveaux)  à écrire une nouvelle  polissonne ou carrément cochonne,  sur le thème de  Noël.  C’est d’un ressassé  un peu désespérant, mais il paraît que ça plaît. Lorsque j’ai reçu le service de presse, j’ai poussé un gros soupir car je ne suis pas fan du tout de ces collectifs toujours très inégaux, et  puis cette  thématique qui est un puits de clichés… crée aussi des redondances pénibles. Pourtant,  comme l’attaché de presse  qui a fini par comprendre mes goûts,  m’a quand même adressé ce titre-là, je me suis forcée à l’ouvrir pour en chercher la raison.

J’ai repéré dans la table des matières, l’auteur le plus connu d’entre eux, …. Stéphane Rose, dont j’avais bien aimé son joli  roman  « Pourvu qu’elle soit rousse ».

Miss VanJe n’ai pas été déçue,  sa nouvelle Le Marginal est d’une truculence réjouissante, comme j’aime. C’est plus proche de la gouaille porno d’Apollinaire que de l’érotisme bien policé d’ E.L.James.  Si vous êtes excédés par les soirées familiales convenues de Noël, lisez-la ! Vous serez servis par le  talent et l’audace débridée de S.Rose, qui vous suggérera d’en changer le cours morne et insupportable. Ne comptez-pas sur moi pour vous détailler ce que va être la soirée de Noël du narrateur, non, parce que le plaisir se trouve justement dans le déroulement crescendo des événements. Je peux juste vous dire  que ça va être rock ‘n’ roll, au-delà ce que vous pouvez imaginer. Le coquin a un sens de la famille très généreux. Il va saupoudrer dans les coupes de champagne des tatas, beau-frère etc.. une poudre hallucinogène diablement efficace pour les débrider, c’est le cas de le dire…et…bon, comment vous dire….heu…..disons que tant que ça reste en famille, hein…tout va bien ! Ah…j’en ris encore tenez..la narration est très cinématographique…et puis notre bonhomme a le souci du détail, du nain de jardin au petit bichon, personne n’est épargné par cette fureur de vivre nouvellement expérimentée. Alors, oui, c’est diablement  drôle, mais, mais aussi, c’est…parfois…hum….troublant… ben oui, je sais, dans le contexte c’est très mal, mais alors très très mal, sacrément mal, même, strictement immoral. Mais ça fait un bien fou. De rire.

Alors, évidemment, après cette lecture, la barre est très élevée pour me séduire… mais j’ai été agréablement surprise par certains textes, par des imaginaires créatifs malgré l’inévitable abondance de pères Noël costumés ( les auteurs ne réalisent pas  toujours que l’imaginaire peut être convenu et les fantasmes éculés). J’ai toujours été rebutée par les Pères Noël, les faux bien sûr, je suis donc peu encline à trouver leurs histoires appétissantes. Je déplore quand même que personne n’ait pensé à jouer avec leurs rennes c’est vrai, c’est drôlement bien coiffé, un renne

Bref…

Je peux citer quelques uns des  auteurs dont j’ai apprécié le texte,  par exemple Clarissa Rivière qui se découvre des talents de DRH qu’elle dévoile avec adresse et une maîtrise érotique  de bon aloi, mais je veux quand même lui adresser ici, un petit message perso :   vous êtes une petite chanceuse d’avoir rencontré une  verge qui sent [.. l’odeur de terre fraîchement labourée recouverte de la rosée du matin, de sous-bois, d’humus …] 

La messe de Noël  est toujours inspirante en matière d’érotisme, nombreux sont ceux qui s’y frottent(  je n’y ai pas échappé dans mon recueil L’eau à la bouche)  Julie Derussy joue du triolisme avec Marie, Joseph et le berger, Alexandra Otero réinvente de façon primesautière la nativité, c’est frais et charmant.

Anne de Bonbecque nous livre un drôle de cadeau  mais qui m’a un peu angoissée parce que je suis claustro. Quant à Vincent Rieussec, il s’aventure sur des chemins peu fréquentés  (sur lesquels s’est quand même vautré Stéphane Rose,  mais dans un autre style..) et célèbre en  Noël la générosité du véritable don d’amour…

Aline Tosca  s’amuse avec la blonde attitude et savoure son plaisir de regarder son homme avec un autre homme, [.. c’est un plaisir de mère qui voit jouer ses fils, un plaisir de sœur qui protège des frères, un plaisir de femme qui jouit de deux hommes qui ont consenti…] Octavie Delvaux, elle,  met en scène une confession impeccablement écrite mais qui me rappelle trop les innombrables textes  érotiques classiques lus et relus dans toutes les anthologies, aussi bien dans le style que dans le propos, c’est d’ailleurs un texte qui détonne avec le ton contemporain de  l’ensemble,  les  livres collectifs péchant toujours par l’absence de cohérence.

Enfin… honnêteté oblige, je ne peux pas passer sous silence la présence d’un texte mistigri. Que fait dans cet ouvrage, cette erreur de casting, Les épices de Noël ? Alors, je m’interroge sur le responsable de cette incongruité.  Le directeur de collection…que je ne nommerai pas,  mais suivez mon regard… avait-il consommé lorsqu’il a sélectionné ses textes,   de cette fameuse poudre hallucinogène dont il saupoudré les verres de sa sainte famille ? Ou bien en avait-il versé dans la boisson de l’auteure ? Mystère, mystère, c’est peut-être pour vérifier si les chroniqueurs lisent bien tous les textes du livre…allez savoir ! En tous cas ce texte-là  est saturé de phrases hallucinantes, illisibles ou incompréhensibles,  ridicules de prétention ou ridicules tout court, un charabia indigeste, bref c’est confondant ! Et malgré mon envie de vous en donner un florilège, je ne le ferai pas parce que c’est un billet sur des histoires de Noël,  je dois donc être charitable, c’est mon cadeau :  Noël oblige.

Osez…20 nouvelles histoires de Noël, édition La Musardine , 2013.  Prix : 8 € 20

crédit image :  Miss Van 

Suite aux polémiques après la parution de ce billet, lire la suite  ici 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Vincent Rieussec dit :

    J’ai lu avec plaisir votre critique. Vos quelques mots pour mes deux nouvelles : ma première critique ! Et ce qui ne gâte rien, sympathique. Amitiés

  2. anne dit :

    Julie, ce n’est pas le thème des Epices de Noël, que j’incrimine, qui n’est pas mal du tout d’ailleurs, mais la rédaction, le français, la construction des phrases, les métaphores, bref ce qui fait qu’un texte, même s’il n’a pas la prétention d’être littéraire se doit d’être : écrit en français intelligible…

  3. Julie Derussy dit :

    Ah, je vais prendre la défense des épices de Noël, elles m’ont bien plu ! Par contre, nos avis se rejoignent sur le texte jubilatoire de Stéphane Rose…

  4. J’ai dévoré ta savoureuse chronique sur ces histoires érotiques de Noël… et j’ai aimé être taquinée au passage 😉

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