théâtre érotique, la Prairie parfumée

Saint-Ouen-20131106-06828Je vous avais informée →  ici-même du spectacle La prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs,  donné au café Picolo dans le quartier des Puces à St Ouen (métro Porte de Clignancourt) du 22 octobre au 8 novembre 2013.

J’ai assisté à une représentation, le duo Bénédicte Bosc et Stefan Godin est excellent, leur jeu  est drolatique et audacieux, l’érotisme est très tangible, il résiste à  l’épreuve de  l’humour, ce qui n’est pas rien pour une disposition si fragile, qu’un rien ne brise.

De quoi s’agit-il ? Je vous invite à lire l’article en lien ci-dessus dans lequel je relatais l’histoire du spectacle, un genre de conférence éroticomique tirée du livre éponyme de Mouhammed Ben Omar, écrivain érotique arabe, qui a rédigé un traité sur les usages érotiques arabes,  non pas de façon didactique, mais effrontée et doucement crue.

Stefan Godin est au pupitre sur le devant de la scène pour  donner lecture du traité amoureux et érotique de Ben Omar, à un  imaginaire Grand Vizir qu’il a désigné dans le public.   La mise en scène est bien faite.  Bénédicte Bosc est effacée sur l’arrière, elle commence par mimer la lecture que donne l’homme, un peu comme une traduction en langage des signes.  Son allure est soumise et très respectueuse. Mais au cours des chapitres abordés, elle s’animera, son visage est très mobile, elle s’indignera ou s’échauffera,  interviendra, opérera une mue,  parfois au grand dam du lecteur  même si ses sourires témoigneront souvent de sa secrète et tendre complicité.Saint-Ouen-20131106-06829

Les mots utilisés par les comédiens sont très imagés et terriblement efficaces, surtout dans leur répétition, car  souvent , la répétition en matière érotique fonctionne très bien, surtout quand le vocabulaire ne nous est pas familier. Bénédicte Bosc, joint le geste à la parole tout au long de la soirée pour illustrer l’huis, l’instrument, la conjonction, les figures, les postures….passant de la passivité à l’exaltation, de la soumission à l’audace avec beaucoup de talent. Elle joue de son corps dans son entier  très  intelligemment (et très souplement, d’ailleurs…), le met au service de la démonstration du ridicule de bien des théories masculines sur le plaisir féminin. Elle n’hésite pas à revendiquer avec les mots les plus précis ce qu’elle veut, avec des mots très loin du vocabulaire-cliché explicite. Pourtant c’est aussi cru. Quant à Stefan Godin, il manie le verbe avec brio, le verbe direct, parfois brutal, le verbe qui va droit au but, même avec circonvolution… ce qui est un art…

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Le texte va  bien plus loin qu’une simple mode d’emploi type kamasutra,  il  brosse un portrait plein d’ironie sur la soi-disante position dominante masculine,  la ruse féminine y est magnifiée avec une liberté de ton que l’on attend pas forcément de la part d’un auteur arabe, tant nous pensons qu’ils sont censurés de toute part. C’est sans doute  oublier que la censure est le meilleur terreau de la sulfure et que l’Orient est la terre des Mille et Une Nuits.  Il s’agit en fait d’une véritable ode au désir érotique et à la liberté du dire. La femme orientale est formidablement suggestive et sensuelle, très consciente de son pouvoir. Elle dit désirer et comment désirer.

Le public en majorité féminin (tiens tiens…),  et ce soir-là de posture  manifestement un peu bobo,  a fortement apprécié. Ce théâtre, ont rappelé les comédiens à l’issue de la représentation, vit de bouche à oreille. La curiosité, l’amour des beaux textes, le goût de la liberté de ton et de l’érotisme devraient inciter les gens à aller voir ce spectacle et  surtout à le recommander. Les comédiens se produisent partout et  aussi en appartement, il suffit de les contacter via → leur site.

Pour ma part, je vais tenter de promouvoir La prairie Parfumée dans ma région, il est accessible d’ailleurs à un large public. Des jeunes filles étaient présentes dans la salle, elles ont beaucoup ri et sans doute appris sur ce qu’est le désir, très loin de ce qui est livré dans les médias.

Un mot du Café-théâtre  Picolo : c’est un endroit sympathique et authentique,  et même derrière le bar, les gens le sont. On y boit sans façon un coup de rouge avec une assiette de saucisson et de rillettes. Bon, il faut juste le dénicher, au bord du périph, dans un no man’s land  en semaine, entre Paris et St Ouen.

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