Ecriture, du SMS au roman.

SH-253Le numéro de novembre du magazine Sciences Humaines se penche sur l’écriture, du roman au SMS,  avec en  préambule le constat que les gens n’ont jamais autant écrit que ces dernières années alors que l’ère du numérique et du téléphone portable  prédisait la mort de l’écrit.

Ce questionnement sur l’écriture est intéressant parce que le temps où elle  était sacralisée est  révolu. Bien sûr… que les puristes se rassurent, la distinction entre l’écrit littéraire et l’écriture d’usage est toujours faite, mais pour autant, le monde numérique s’est emparé de ce moyen d’expression, bien au-delà des barrières sociales et des connaissances de la langue. L’écriture s’est démocratisée ( est tirée vers le bas diront beaucoup) les possesseurs de portables et d’ordinateurs bien souvent  s’affranchissent des règles grammaticales et orthographiques et s’imposent comme locuteurs autorisés, qui d’un SMS, d’un courriel ou d’un Tweet, font entendre leur voix, leurs sentiments, leurs émotions et leurs convictions.  Pour le meilleur et pour le pire,  ajoute Jean-Claude Monot, auteur de l’article, agrégé de philo et chercheur au CNRS.  A cette remarque de JC Monot, j’ai envie d’ajouter que même chez  les graphomanes historiques que sont les éditorialistes, les journalistes, les politiques,   leur production écrite relève parfois de la même fantaisie et du n’importe quoi, le plus souvent livrée sous le coup de l’émotion et de la réaction à chaud. Et ce, sur internet….

L’auteur observe que celui qui écrit ne met pas son corps en jeu,  les gens téléphonent moins pour communiquer , ils s’envoient des textos même s’il viennent juste de se quitter ; il y a un effacement physique, c’est plus facile, on se protège derrière les mots écrits sur un clavier,  le corps ne trahit rien par un rougissement des joues, un tremblement dans la voix, une posture, un geste. On peut effacer, recommencer une phrase quand on ne peut pas rembobiner l’instant où l’on s’exprime oralement. On peut tout faire d’un SMS, rompre, s’imposer à quelqu’un (on peut refuser un appel mais le SMS arrive quand même) . Quant aux mails, ils sont écrits pour un oui ou pour un non, permettent  le transfert, ils croulent dans les boîtes au milieu des spams et sont lus par des robots à notre insu.  Même minimaliste et en s’inventant une nouvelle langue, l’écriture numérique prend finalement  le pouvoir.

Quant à l’écrit littéraire, la littérature comme manière de vivre, je retiens de l’article de Héloïse Lhéreté, cette  formule, donner forme à l’informe ou celle de Haruki Murakami  » aller au fond d’un deuxième sous-sol très sombre dont vous ne connaissez pas l’issue »  ou encore ce qu’en dit Paul Auster :  » l’écrivain ne doit jamais théoriser,   je veux juste essayer de montrer, de faire ressentir ce qu’est d’être vivant. Voilà ma mission en tant qu’écrivain. Rien de plus.  La vie est à la fois merveilleuse et horrible et ma tâche est de capturer ces moments-là. » 

L’écrit littéraire comme une façon d’apprendre la vie et le monde, Murakami affirme apprendre, acquérir de l’expérience en écrivant, en faisant vivre ses personnages.Une sociologue, Christine Détrez, dit même que l’écriture apporte un surcroît d’existence. 

un article encadré d dossier s’interroge sur ce qu’est l’écriture littéraire et répond en classant les productions, selon leur ambition :

  1. livres qui ont pour fonction de divertir et faire rêver
  2. livres produits marketing , un thème dans l’air du temps qui questionne la société, avec peu de préocccupation littéraire
  3. la littérature authentique, celle qui déconcerte, la langue n’est pas un outil, c’est leur matériau même

Mais cette classification est réductrice admet l’auteur de l’article, elle cantonne l’écrit littéraire à sa seule forme, une obsession  spécifique de l’écriture française, qui d’après Tzvetan Todorov illustre [ une conception étriquée de la littérature, qui la coupe du monde dans lequel on vit. ….Le lecteur, lui, cherche dans les œuvres de quoi donner sens à son existence….]

En tant que lectrice, je ne sais si je cherche dans mes lectures un sens à mon existence. Je crois plutôt que je traque ce qu’est la vie hors de ma petite vie,  de mes ressentis et de ce que je connais. C’est à dire si peu.

Sources : Magazine Sciences humaine, novembre 2013.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Passionnant… j’adore l’idée de « capturer » les moments merveilleux ou horribles de la vie, c’est tellement vrai ! De mon côté, alors que j’ai un mal fou à faire lire mes écrits à mes proches, je prends beaucoup de plaisir à les soumettre à la critique de parfaits inconnus sur internet. Je cours acheter le magazine, merci pour ce billet !
    Camille

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