A table ! de Tiffany Tavernier

9782020977036

 

Souvent,  au terme d’un livre, je réfléchis à mes choix de lecture. Pourquoi ai-je choisi précisément celui-ci ? Suis-je contente de mon choix, et pourquoi ? Il m’arrive  souvent de ne pas aimer un texte lu , mais d’avoir été très contente de le lire, de le trouver bon, même. Parce qu’ aimer un livre, finalement ne veut pas dire grand chose du texte. On peut aimer un mauvais livre et détester un bon. Il en est de même en peinture. Je peux ne pas aimer un très bon et beau tableau. Et finalement, il en est de même pour les hommes et les femmes, on peut en aimer de vraiment mauvais….et en détester de très bons.

C’est ainsi que je peux dire que j’ai été  très contente de lire A table !  de pénétrer ce texte, d’y penser, de regarder Marie se dissoudre dans le vide de son corps en manque et d’écouter la voix singulière de Tiffany Tavernier,  mais je ne peux pas prétendre avoir  vraiment aimé le livre qui m’a un peu frustrée.  Et pourtant si une amie me demandait si je le  lui conseille, je répondrais oui. Le terme « aimer » relève uniquement de l’émotion, de l’affect, pas de la valeur.

Je suis  souvent agacée, lorsque sur le net à la recherche de nourriture textuelle, je vois des   j’aime/j’aime pas à propos des lectures des internautes. Bref, tout ceci pour dire que j’ai exceptionnellement  commandé A table ! après avoir vu ici et là des énervants  j’aime/j’aime pas, (d’ailleurs à 50/50) et rien d’autre sinon que c’est un texte qui célèbre les joies et les dangers de  l’addiction de la table et du sexe… Le thème me plaisait  bien, même si les plaisirs de la table alliés à ceux de la chair sont assez redondants en littérature.

Quant à la couverture, si elle peut attirer mon attention en librairie, elle n’est jamais  vraiment un critère de choix d’achat. J’aime d’ailleurs autant les couvertures sans image.  La nudité de celle de A table !  nous révèle quoi ? Que l’héroïne n’a plus d’autre identité que son corps avec cette histoire obsessionnelle d’amant baiseur.

Plus que  mise à nue, la narratrice  est mise à peau dirais-je,  la jeune femme  ne veut rien d’autre pour habiller son être si ce ne sont   les mains de son amant, sa chair contre elle, son sexe en elle, elle ne supporte rien d’autre, ni ses amis, ni sa famille, elle ne peut, ne veut  même plus travailler, le manque la fait baver la gueule ouverte comme un chien qui réclame sa gamelle.edith Thiercelin dame de pique Mais la gamelle n’est jamais remplie d’autre chose que de pénétration, de baise. Lui,  ne veut rien d’autre que s’enfoncer dans son ventre, il prend dans la solitude, non, il ne veut rien  de plus d’elle,   et même pas de son cri de jouissance, il plaque toujours sa main sur sa bouche pour ne pas l’entendre.  L’histoire de Marie,  complètement accro à son amant marié, est très banale. Ce qui l’est moins, c’est le récit de cette addiction, très centré sur les ressentis du corps,  de la chair, de la peau,  des  organes. C’est la folie du corps en perdition. Le largage des amarres.

Habituellement, dans ce genre d’histoire, les auteurs insistent  surtout sur la dépendance cérébrale. Ici, elle est purement animale. Les besoins de Marie sont d’ailleurs purement fonctionnels. Il lui faut cuisiner et baiser avec cet homme. L’injonction du titre est très bien trouvée, la narratrice ne cesse de vouloir s’y mettre, à table. Et bien sûr, petite pirouette linguistique, confession comprise…sauf pour l’amant, à qui elle ne donnera pas une chance d’y passer, à la  table confessionnelle, elle ne saura jamais s’il l’aime ou pas et si c’était vrai, qu’il allait divorcer pour elle,  et le doute affreux s’immiscera en elle.

La description de ses masturbations frénétiques pour tenter de calmer son corps n’est pas érotique  ni même passionnante  à lire. C’est plutôt l’urgence que l’on en retient,  et cette urgence, par contre est  bien explicite, nul besoin de nous en faire tout un plat, c’est finalement le bon choix qu’à fait l’auteur.

Par contre, là où Tiffany Tavernier excelle, c’est dans la narration de ses préparations culinaires, qui du coup, se révèlent être érotiques, Marie cuisine comme elle se masturbe, c’est l’urgence du  désir du  corps qui s’exprime dans la composition du repas, la préparation des mets, la cuisson, mais elle prend son temps, tout son temps, et lorsqu’elle  décide en préparant son caramel et en regardant griller la viande, qu’elle le  tuera,  dans le fumet des odeurs, elle pleure. Elle va  se venger, le tuer parce qu’il baise aussi ailleurs, il a d’autres femmes, elle le sait, elle le sent, il lui ment, il doit mourir pour qu’elle puisse vivre, ne pas devenir folle, elle doit le punir. Le livre repose sur cette volonté de punir, la nourriture qui apaise le corps sera le mode d’administration du châtiment, un menu composé savamment.   Et puis… la fin, je ne la raconte pas, il faut laisser au lecteur,  l’étonnement.  Alors pourquoi, ne puis-je dire, même si je trouve  le dernier chapitre notamment vraiment bon, que j’ai vraiment aimé ce livre ? Je ne sais pas exactement, la raison m’échappe, c’est le mystère de la littérature,  mais ce qui est intéressant,  c’est que je me poserai encore souvent la question. Et c’est ainsi, par contre,  que… j’aime la littérature, quand elle s’installe en moi, et  me titille l’esprit, avec des effets retard.

A table !  Tiffany Tavernier – édition Le Seuil.

crédit photo : Edith Thiercelin, la Dame de pique

votre grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s