Ces dames de l’annonce, de Philippe Lecaplain

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Depuis quelques années, les femmes se sont emparées du registre littéraire  érotique. La très grande majorité des auteurs des éditions spécialisées dans l’univers de l’éros et du sexe est résolument féminine. C’est pourquoi je porte toujours attention aux parutions écrites par des hommes, car beaucoup n’abordent plus l’écriture érotique à la hussarde comme les écrivains hommes  le faisaient par le passé, la bite arrogante en guise de plume qu’ils trempaient dans une encre épaisse de sévices à affliger aux femelles déjà à quatre pattes. Comme s’ils n’avaient plus à prouver leur virilité à grands coups de boutoirs sans préliminaires, ils laissent volontiers parler leur sensibilité, leur capacité à observer et à se servir de leurs cinq sens et de leur cervelle, avec une dose d’humour subtile qui me plaît bien, sans pour autant renoncer à la crudité ni à leurs pics de désir brutal.

Philippe Lecaplain est un de ces auteurs. Il publie son premier roman Ces dames de l’annonce, aux éditions Tabou,  un texte  érotique tout en nuances, plus proche de l’enquête sur le désir des femmes que de l’histoire cochonne, même si ces femmes s’avèrent être pas mal cochonnes et le narrateur pas moins. Le statut de journaliste de Philippe Lecaplain (il officie sur les ondes de RFI, infos du soir du week-end et diverses émissions) l’a rodé à observer le monde, les hommes et les femmes et c’est cela qui est intéressant dans ce livre, la quête du désir féminin, l’observation de la gente féminine. Chaque chapitre est une réponse à sa quête, il  met en scène une femme différente , une rencontre, une étreinte ou un… ratage.

Le narrateur, qui ressemble pas mal à l’auteur, passe  une annonce libertine tout à fait classique et à vrai dire bien cliché, l’homme se dit être beau, délicat, imaginatif et évidement bien nanti (jamais encore lu d’hommes disant  être moche et en avoir une toute petite) Il informe les lectrices de l’annonce qu’il recherche une femme, … forcément…féminine, qui assume ses désir, mais pas vulgaire. Bon, la présentation, vous en conviendrez, n’est pas originale, d’autant plus qu’il est précisé qu’elle est publiée dans une luxueuse revue. L’homme écarte donc, naturellement, les réponses truffées de fautes d’orthographe, les propos vulgaires, les offres de ménage (monsieur n’est pas serviable)…bref, il lui faut du jeu cérébral, de la cervelle bien faite, de l’érotisme bon chic bon genre.

La première étape du plaisir du narrateur est la lecture étonnée des réponses, la mesure des mots,  la grammaire du désir, le kaléidoscope des fantasmes décrits par ces dames, du plus sensuel au plus trash. Il sélectionne dix-huit  femmes qu’il va rencontrer. La narration de ces rencontres est simple, descriptive, faisant la part belle aux détails révélateurs. C’est  agréable à lire, ( le registre de langue est soutenu, parfois un peu guindé, mais cela colle à l’appartenance du narrateur au milieu bourgeois),  l’accent est mis sur les postures, les gestes, ce qui est finalement très réaliste parce qu’ une rencontre entre deux inconnus se passe comme ça, tout en réflexions in petto. Je déplore ici et là  quelques expressions comme celle-ci  : « ne leur fasse frissonner les ovaires…. » ou .. »tout , absolument tout en elle respirait la Femelle ‘… qui me fanent  le poil, mais je me suis bien amusée à imaginer ces face à face intimes, le désir impérieux d’Alexandra, l’affreuse narcissique Agathe, ou quelques folle-dingues qui le font renoncer,  ou  encore la guerrière qui prend les choses en main. Et j’avoue avoir un faible pour  Maryse qui collectionne les cartes foutrales qu’il se met docilement à lui confectionner,  et surtout Brigitte la bouliste qui vénère plus que la queue, les couilles ;  et là, je m’arrête un instant, sur cet amour des breloques si drôlement narré, Philippe Lecaplain fait dire à son narrateur :   » Y’a pas que les couilles dans la vie, il y a la bite aussi ! J’étais vraiment chagriné qu’elle oublie qu’un costume a bien trois pièces « . Haha….voilà bien une déception d’homme, surtout s’il est bien nanti…ça lui sert à quoi alors cette grande bite si les femmes se mettent à préférer des testicules bien rondes, bien grassouilettes, bien grosses. AlcibiadeParce que, je ne sais pas, mais y a t-il un rapport mathématique ou plutôt physique entre la grandeur et la grosseur du sexe et la densité des attributs, en plus clair, les grandes bites ont-elles des petites couilles ? Car là, me vient à l’idée, que l’expression « avoir des couilles » prendrait toute sa signification, on ne dit jamais ‘avoir de la bite » pour dire que quelqu’un est vaillant, audacieux, voire… géant.

Ceci-dit,  Ces dames de l’annonce  est bien troussé, un bon moment de lecture, parfois troublant, toujours drôle, qui laisse les femmes exprimer leurs désirs, parfois aussi bizarres que ceux des hommes, mais finalement souvent plus plus  imaginatifs. Philippe Lecaplain sait  écrire et dire  les choses du sexe et du désir de façon personnelle, j’ai bien aimé cela. Ce roman m’évoque d’ailleurs, dans sa construction, le roman de Stéphane Rose, Pourvu qu’elle soit rousse, une quête de femmes rousses à partir d’une annonce passée.

Ces dames de l’annonce, Philippe Lecaplain, Editions Tabou,   185 pages, 9 euros

→ Interview de Philippe Lecaplain par Jean-Louis COURLEUX

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