41dCdFnxrJL Cet ouvrage collectif publié aux éditions Sciences humaines est un regard sur  la sexualité à travers les époques et les sociétés. Les auteurs sont partis de ce questionnement qui peut paraître curieux dans un monde à première vue hyper sexualisé : « La sexualité a-elle un avenir ? »

Scientifiquement, il est probable qu’elle ne sera plus indispensable pour procréer. Le tout est alors d’imaginer si la sexualité, dont la fonction première était de procréer serait  encore utile, pratiquée et  désirée. Cette perspective est assez terrible et pourtant elle ne me paraît pas si farfelue que cela, même si en préambule, les auteurs rappellent que la pulsion sexuelle obéit à d’autres exigences que la survie de l’espèce. Ouf, ça rassure. Pas farfelue sans doute mais si le désir de faire l’amour foutait le camp du champ des préoccupations des hommes et des femmes,  autant me dire que l’apocalypse ou l’enfer,  seraient proches.

Parce que la question est passionnante, avant d’entamer cet ouvrage, l’idéal serait d’avoir  lu auparavant, l’excellent Le sexe, l’homme & l’Evolution de Pascal Picq et Phlippe Brenot pour élargir le liminaire. L’homme n’est pas la seule espèce à pratiquer le sexe pour le plaisir ou d’autres raisons sociétales comme la pacification,comme on peut l’observer chez quelques espèces animales. Certains animaux pratiquent aussi d’ailleurs la masturbation et l’homosexualité, qui ne répondent donc pas à la survie de l’espèce.

Mais au-delà de ces observations, la sexualité a toujours été normée, formatée par les sociétés et ses dirigeants qui tous entendaient et entendent la contrôler, pour mieux nous contrôler.  Même si désormais il est de bon ton de mettre le sexe à toutes les sauces, il ne faut pas se méprendre, on est emprisonné dans des diktats et des injonctions consuméristes, mais pas libérés du tout parce qu’on nous donne des boules de geishas en tête de gondole pour faire joujou, comme on donne un hochet à un bébé pour qu’il nous fiche la paix,  la censure n’a jamais été aussi virulente et sournoise. Le sexe doit être canalisé car c’est effectivement anti-social,  très personnel, c’est la sphère de l’intime, une affaire d’alcolve, de huis -clos, de non dit, de liberté.  Aujourd’hui plus encore car les femmes, autrefois garantes de stabilité par la soumission aux mâles, revendiquent le droit au plaisir et la libre disposition de leur corps.  Pour lutter contre les désordres que ne manqueraient pas de provoquer de joyeuses baises à la barbe des censeurs,  des lois encadrent les mœurs sexuelles, des observatoires scrutent les us et coutumes des uns et des autres, des jeunes et des vieux, des femmes,  des hommes et des transgenres. Les psy et les spécialistes du sexe nous veulent du bien en nous soignant de nos fantaisies, Toc et autres maniaqueries sexuelles.  Il y a le bien et le mal, la vision du sexe reste très manichéenne.  Tout ce qui n’est pas le coït basique tombe dans les pratiques déviantes ou dans les paraphilies.

C’est ainsi que tout ce beau monde, constitué d’historiens, de sociologues, d’anthropologues, de  journalistes, de chercheurs, de sexologues, de psychologues,  s’est penché sur le devenir de nos sexualités. Vous ne trouverez aucune réponse d’ailleurs à la devinette. On s’en doutait bien, mais l’intéressant n’est jamais la réponse à une question, mais les réflexions qu’elle suscite. Sous forme d’articles, de publications, les auteurs du Sexe , d’hier à aujourd’hui nous convient donc à élargir nos visions de cette activité qui  fait  certes encore  nos enfants mais  nos petits et grands bonheurs, comme ceux du business du sexe et de l’économie amoureuse.

Les chapitres s’articulent autour de mots clefs qui balaient pas mal de sujets hétéroclites, l’homosexualité, le désir en Islam, les perversions sexuelles, les chinois et la libido, les chrétiens et le refus des plaisirs, la pornomanie, les bons conseils des magazines,  les utopies sexuelles, le droit de cullage, le déclin de l’amour conjugal, les vierges, les fantasmes, l’avenir des queers, l’inceste, le harcèlement…On y apprend au détour de la lecture certaines choses étonnantes, notamment sur  les pratiques homo  masculines qui dans certaines sociétés ne sont pas connotées sexuelles, mais initiatrices et vectrices de virilité, puisque le jeune garçon, lors d’une cérémonie,  doit faire une fellation et boire le sperme, transmetteur de force et de virilité. Tout comme le chapitre sur les citoyens romains vous fera voir Priape sous son air grotesque sans sa superbe érectile…

Le sexe d’hier à aujourdh’ui est un ouvrage de références facile à lire, accessible à tous, à avoir dans sa bibliothèque pour qui s’intéresse à la sexualité. La diversité des voix et des sujets traités ne lasse pas. Des index de notions et des  lexiques sont disponibles en dernières pages. Pour ma part, je regrette que le harcèlement sexuel soit placé en dernier chapitre, il laisse un goût amer en bouche, et  pour un livre sur la sexualité, c’est regrettable, tout de même.

Le sexe d’hier à aujourd’hui – Editions Sciences humaines – 2013 , 238 pages, 16 euros

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