e-ros garde la barre dans le maelström du numérique érotique – Entretien –

En pleine crise de l’édition alimentée par le  boom numérique, la tendance érotique s’emballe et chaque maison d’édition spécialisée dans le genre cherche sa place pour survivre .  Dans ce maelström après 50 nuances (car hélas ou… tant mieux,  il y  a semble-t-il  un avant et  un après 50 nuances….)  personne ne veut rater la vague.  Il s’agit de surfer intelligemment pour ne pas se noyer dans l’océan virtuel de la gaudriole, vu qu’une génération spontanée de  chaudes plumes et de petits éditeurs  de la même trempe éclot sur la toile.

Mais des spécialistes des mots du désir et du plaisir  réclament l’attention que mérite le travail qu’ils accomplissaient dans l’indifférence médiatique depuis belle Capture
lurette,  et trouvent fort de café que les dieux médiatiques jouent du  vice et de  la vertu quand ça les arrange, il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut rien voir. Bref,  si ceux qui ont l’immense privilège de détenir le pouvoir de  la voix  publique s’aperçoivent enfin en  faux candides  que le sexe intéresse, il reste à savoir  s’ils auront  la  faculté de dessiller  sur  l’univers qui était à portée de leur  stylo, de leur zoom et de  leur micro. Et je pare d’avance leur  éventuelle condescendance  culturelle en arguant que ça ne peut  pas être, de toutes façons, pire que 50 nuances

Ange-Izi-Collect_regularPar exemple,voilà maintenant presque deux ans que les éditions numériques érotiques Dominique Leroy ont confié à Chocolat Cannelle la direction de leur nouvelle collection e-ros. Je suis allée à sa rencontre pour lui proposer de mettre son grain de sel dans cette affaire de livre érotique et nous parler de sa collection.

Et je tiens à faire remarquer qu’il ne s’agit nullement de copinage puisque cette jeune femme qui chronique aussi sur son blog des ouvrages érotiques n’a pas aimé du tout mon dernier roman L’Emprise des femmes et a rédigé une critique pas  forcément bien agréable pour moi. Vous mesurerez mon abnégation pour défendre l’érotisme…


e-ros

Préambule :  tous les e-books de cette maison d’édition se téléchargent  au format PDF, ePUB, PRC, à lire sur ordinateur, tablette, liseuse (iPAD, Kindle, Cybook…) ou un smartphone (Blackberry, iPhone, Samsung etc..)

Ces e-books sans DRM peuvent être imprimés. 

Entretien   (CC c’est elle, AB, c’est moi…)

 

  ABChocolatCanelle ,pouvez-vous nous présenter les éditions Dominique Leroy et ce qu’elles publient ?

 CC  : Érotique et « Pure player ». En deux mots, voici ce que l’on pourrait dire de la maison d’édition. Érotique, c’est à dire spécialisée dans un genre littéraire, et ce depuis sa création en 1970. Et pure player, c’est à dire 100% numérique : les livres ne sont plus édités sous format papier.

L’orientation actuelle est double : numérisation du catalogue constitué au fil du temps, enrichissement de ce catalogue (d’où la création de la collection e-ros).

 AB : Pourquoi ce pseudo très bloguesque ChocolatCannelle pour une directrice de collection ?

CC :  Tout simplement parce qu’avant d’être directrice de collection, je suis blogueuse. J’ai découvert l’univers des blogs en 2003 et dès lors ne quitte plus les blogs, ceux des autres et surtout le mien. Le fait d’être directrice de collection ne change pas ce que je suis. Pour ma part, j’y vois même une continuité. Garder ce nom « bloguesque » m’est donc apparu évident.

AB :Comment définiriez-vous la toute jeune collection érotique e-ros que vous dirigez ?

CC :  Le nom « e-ros » lui-même définit ce qui constitue la collection : numérique et érotique. Ce nom de collection en est volontairement court, les livres numériques qui y trouvent place sont des textes courts ou plutôt courts. À texte court, petit prix. Beaucoup de nos livres sont ainsi vendus 1,49€. Et enfin, les livres numériques de cette collection n’ont jamais fait l’objet d’une publication antérieure, les écrits sont inédits.

AB : A-t-elle une singularité, tout d’abord par rapport aux autres publications érotiques appartenant à votre maison d’édition, ceci n’étant pas évident sur le site. Ainsi sur l’onglet [ romans et nouvelles ] la catégorie « érotisme » fait suite à toutes les spécificités pourtant déjà érotiques, par exemple « la fessée » « le bondage » qui regroupent des titres de votre collection et d’autres collections. 

CC :  Ces termes sont des mots-clés qui facilitent les recherches sur le site. Le mot-clef « fessée » inclut les écrits érotiques, mais les écrits érotiques n’incluent pas nécessairement la fessée. Effectivement, des publications de différentes collections peuvent avoir pour thème le bondage, par exemple. Les collections ne sont en effet pas nécessairement thématiques. En ce qui concerne la collection e-ros, sa spécificité est d’être une collection 100% numérique, contrairement aux autres collections qui ont eu une existence sous format papier auparavant. S’ajoutent les caractéristiques citées plus haut. Et une déclinaison particulière, visuellement identifiable grâce aux couleurs de fond des couvertures et aux modifications du logo.

AB : Se différencie-t-elle de La Musardine ou des éditions Blanche (mis à part bien sûr par son format numérique) ou bien s’inscrit-elle dans la même démarche ? Par ex Stéphane Rose de la Musardine déclare proposer de l’érotisme et de la pornographie sans distinction, de la littérature érotique ET aussi des livres de cul qui ne sont pas de la littérature. Franck Spengler des éditions Blanche pour sa part, dit ne pas différencier l’érotisme de la pornographie.

CC :  Contrairement aux éditions La Musardine et Blanche que vous citez, les éditions Dominique Leroy ne publient pas de guides sexo, de documentaires, d’essais, de calendriers, d’agendas, de jeux érotiques,…  Notre maison se concentre sur la littérature, dans un sens large, puisque la bande dessinée est incluse. Donc des œuvres de fiction uniquement. C’est une première différenciation, qui ne touche pas seulement la collection e-ros mais bien l’ensemble de la maison d’édition. Différencier érotisme et pornographie n’est possible que s’il existe une définition claire, stable, pertinente pour chaque terme et si aucune œuvre ne peut se ranger à la fois dans l’érotisme et dans la pornographie. Est-ce le cas ? Je ne le pense pas. Cette terminologie reflète surtout la subjectivité de chacun. Autrement dit, telle œuvre jugée pornographique par un tel sera jugée érotique par un autre, et inversement. On pourrait reformuler la question de la sorte : dans la collection e-ros, est-ce que nous publions des œuvres que nous jugeons érotiques ou que nous jugeons pornographiques ? Et la réponse serait les deux, ce critère n’étant pas nécessairement pertinent. Je lis aussi bien les deux, d’après la différenciation toute personnelle que j’en ai. Le pornographique ne signifie pas, pour moi, quelque chose de honteux ou de basse qualité.

AB : Nous sommes bien d’accord qu’il n’existe pas de frontière nette entre porno et érotisme, je  n’ai  d’ailleurs pas  moi même de  réponse ou distingo à proposer. Je n’ai pas supposé dans ma question que la différence entre porno et érotique pouvait être la honte  et je ne pense pas que Stéphane Rose ait eu cette pensée à  l’esprit non plus.  Il s’agissait plutôt de distinguer un texte littéraire d’un livre n’ayant aucune autre prétention que d’exciter ou de montrer du cul, sans parler de littérature.  Par exemple à la librarie Musardine on peut trouver de tels  livres bruts de décoffrage, sans le moindre état d’âme pour La Musardine, le sexe à toutes les sauces si je puis dire.   Je pense que tout un chacun peut faire la différence entre une telle production qui ne revendique que le sexe et une autre qui prétendra à une écriture. C’est en cela que je vous questionnais. 

Avez-vous une ligne éditoriale précise, sinon quels sont vos critères de choix de manuscrit pour la collection e-ros ?

CC : Quelques points me semblent essentiels mais sont subjectifs : une écriture que je pense fluide, l’originalité, le fait de ne pas faire bâiller le lecteur (du moins, de ne pas me faire bâiller, en tant que première lectrice des textes qui nous parviennent). Je peux néanmoins refuser des textes bien écrits, originaux, qui ne sont pas ennuyeux, sur des critères différents, qui sont propres à chaque texte. Je refuse par exemple que soient considérées comme relevant du bdsm des pratiques non consenties par un personnage.

AB : Qu’avez-vous à cœur de défendre, vers quoi voulez-vous vous diriger ? Quels sont vos projets ?

CC : Ce que j’ai à cœur de défendre, c’est la création, tout simplement. La collection va proposer ces prochains mois le début d’une série de nouvelles, les Contes de l’Éros triste, par Alain Giraudo, auteur qui aura ses premières œuvres érotiques publiées chez nous. Ces nouvelles pourront se lire indépendamment les unes des autres, mais constitueront un ensemble sur le thème des déboires du couple. Les récits sont bien troussés et j’espère vivement que ces Contes de l’Éros triste auront le succès qu’ils méritent. Le premier, Palingénésie, sera publié dès février.

Un autre ensemble de nouvelles verra le jour en septembre prochain, en un seul volume cette fois, et comprendra trois nouvelles longues sous le titre Destin de femmes. Les récits mêleront histoire d’une vie ou d’une période clé du personnage principal et une situation historique particulière. L’auteur, Gilles Milo-Vacéri, fait actuellement ses preuves avec d’autres publications, non érotiques, prévues chez d’autres éditeurs, ainsi qu’en recevant plusieurs prix à des concours d’écriture.

Je tiens à souligner une publication qui me tient à cœur car elle reflète à travers l’écriture de ce roman une conception du bdsm comme engagement profond de personnes, l’une dominant l’autre, mais les deux ressentant un grand respect pour ce qu’est l’autre. Danny Tyran a préalablement publié un roman que j’ai pu lire et que j’ai beaucoup apprécié. Je suis donc heureuse de pouvoir accueillir aussi cet été une de ses œuvres dans la collection e-ros.

J’ajoute que j’apprécie la diversité des créations. C’est pourquoi en mars nous pourrons lire une œuvre sombre de Guillaume Perrotte, Fenêtre sur couple, une nouvelle que je qualifie d’ « érotisme noir », une histoire prenante, et passer en mai à une écriture fantaisiste, guillerette avec Sexagésime 2, La Sarabande des cocus de Ian Cecil. Je ne m’attache pas à un genre d’écriture mais apprécie réellement toute la palette de création autour de l’érotisme.

Des projets à quatre mains voient le jour actuellement. Je ne peux encore rien en dire, puisque le dernier projet qui m’a été proposé en ce sens par exemple date de quelques jours seulement et il est donc en cours d’écriture, mais j’aime beaucoup cette idée d’association, de travail en commun, d’amitié aussi… car certaines se sont formées par le biais de la collection, c’est le cas par exemple entre un auteur et un illustrateur…

AB : Selon vous, qu’est-ce qu’un livre estampillé érotique ? Y a-t-il une frontière et quelle est-elle ?

CC :  De même qu’il est difficile de placer une limite entre le pornographique et l’érotique, il me semble difficile de faire porter le qualificatif d’ « érotique » avec certitude sur certains textes. Le texte érotique serait celui qui a pour thème principal ou essentiel (mais pas nécessairement unique) la sexualité, et qui joue de ce thème dans des moments clés de la narration, si ce n’est tout au long du texte. Dans la partie de la collection à couverture bleue, e-ros & bagatelle, nous avons fait le choix de publier des nouvelles ou des romans qui sont parfois sur une frontière, que l’on peut juger érotiques ou pour lesquels on peut voir tout autre chose. Et parfois principalement autre chose que de l’érotique, tout dépend de sa lecture. Par exemple, Fenêtre sur couple de Guillaume Perrotte (nouvelle qui sera publiée en mars) s’approche du thriller, par le suspens, la tension provoquée ;L’Impératrice de Ian Cecil (roman publié en novembre dernier) est proche sur certains aspects de la littérature dite « de l’imaginaire ».

AB : Un livre érotique doit-il mettre en scène nécessairement des fantasmes ?

CC :  Toute écriture est écriture de fantasmes, une mise en mot de l’imaginaire. J’imagine que sous cette question se trame la question que serait « Un livre érotique doit-il mettre en scène les fantasmes de l’auteur ? » et je répondrais qu’il ne doit pas mais peut essayer de le faire, tout dépend de la volonté de l’auteur. Et peu importe qu’il s’agisse de ses propres fantasmes, de ceux qu’il imagine possible dans la tête de telle personne rencontrée ou imaginée (ou les deux puisqu’il peut suffire d’un point de départ dans le réel pour accéder à la richesse de l’imagination…). On ne « doit » pas, on « peut », c’est tout ce que je peux répondre. Et peu importe ! C’est le résultat qui compte, le texte écrit qui ne sera jamais réellement la mise en scène d’un fantasme, même si c’est l’auteur qui souhaite cette mise en scène d’un fantasme personnel, puisqu’entre la pensée et les lignes écrites, il y a le prisme de l’écriture littéraire, qui transforme, qui adapte, qui enrichit,…

AB : J’émets une réserve sur la première partie de votre phrase  « Toute écriture est écriture de fantasmes, une mise en mot de l’imaginaire. » le fantasme n’est pas pour moi un synonyme d’imaginaire,  si le fantasme est effectivement une construction imaginaire, consciente ou inconsciente, il  met le sujet en scène, c’est donc le propre fantasme de l’auteur, qui exprime et  satisfait  un désir plus ou moins refoulé. Alors que la création  qui puise dans un univers imaginaire parfois éloigné de celui de l’auteur  ne répond pas forcément à cette idée de nécessité de satisfaire un désir propre.

Faites-vous appel à textes en dehors de vos numériques thématiques ou les manuscrits que vous recevez constituent-ils un vivier suffisant ?

CC :  En-dehors de nos collectifs thématiques, non, pas d’appel à textes. Je reçois beaucoup de tapuscrits, je n’ai pas besoin de passer commande. Par contre, à partir du moment où je connais un auteur (parce que, par exemple, nous avons déjà publié une de ses œuvres), que nous discutons de ce qu’il souhaite écrire, de ses idées, alors sans qu’il y ait commande, oui, il y a des projets qui se montent ainsi et qui aboutissent à des livres que nous publions. 

AB : Les textes courts que vous publiez ne sont pas, la plupart du temps des nouvelles qui répondent à une écriture spécifique mais bien… des textes courts, des microfictions en somme. Seriez-vous d’accord pour ce terme ?

CC :  Nos livres numériques sont majoritairement des nouvelles ou des romans courts. Certains textes s’éloignent de la définition de la nouvelle, voire n’y adhèrent pas. Nous publions ainsi des lettres dans une partie de la collection, e-ros épistolaire, ou encore des extraits d’œuvres dans e-ros & curiosa. Quant à utiliser le mot « microfiction »… Ce ne serait qu’un choix terminologique.

Le terme de « microfiction »  laisse supposer que le texte est  particulièrement bref. Or, nos nouvelles sont d’une longueur de 30 000 signes environ : c’est la taille d’une nouvelle, pas d’un texte-éclair. Dans les collectifs, les nouvelles – car il s’agit là aussi de nouvelles – sont certes courtes, 6 à 7000 signes environ, mais ont les caractéristiques de la nouvelle. Pourquoi chercher à les nommer différemment ? Le mot « nouvelle » me semble parfois curieusement délaissé, alors même que le genre est largement représenté dans l’édition. Il m’est arrivé de rencontrer des mots ou expressions désignant la nouvelle comme sa traduction anglaise « short story », ou une composition qui se rapproche de « microfiction » : le syntagme « short fiction ». Cela se justifie-t-il ?

AB : Peut-être tout simplement parce que les auteurs ou les éditeurs présentent comme des « nouvelles »  des textes qui n’en sont pas…Il ne suffit pas d’écrire un texte court  pour qu’il soit une nouvelle, tout comme un mini roman n’est pas une nouvelle.  La nouvelle  répond à des critères de méthodologie précis, par exemple, le nouvelliste laisse parler les faits, il n’y a pas d’introspection, le récit ne concerne pas le narrateur etc… C’est pourquoi je proposais ce terme de microfiction qui n’est en rien péjoratif, bien au contraire. 

La lectrice que je suis remarque un point commun dans la plupart de vos publications : un rythme alerte. Est-ce une marque de fabrique que vous souhaitez cultiver ?

CC : Pourquoi lit-on des œuvres érotiques ? À mon sens, la première fonction est le divertissement. Je n’entends pas amener le lecteur à réfléchir sur le sort de l’humanité, sur des questions d’ordre psychologique, etc. Peut-être le lecteur y est-il amené indirectement, mais lit-il dans ce but ? Je ne le pense pas. Je me tourne vers d’autres livres, d’autres genres pour cela. Si le livre érotique divertit le lecteur, s’il lui fait passer un agréable moment de lecture, alors je suis satisfaite.

Le rythme alerte, je l’espère, se rencontre dans la grande majorité des publications. Tout simplement parce qu’en tant que lectrice, j’aime la vivacité, je n’aime pas m’ennuyer en lisant. Quand le rythme s’essouffle, je perds intérêt pour l’œuvre. Je n’aime pas les récits trop linéaires, trop attendus, que le lecteur suive docilement le chemin tout tracé, sans surprise. J’aime les textes qui vivent. Il ne reste plus qu’à espérer que les lecteurs partagent mes goûts.

AB : Oups…,  juste une remarque, c’est la lectrice qui parle, la première  fonction des oeuvres érotiques n’est  pour moi pas le divertissement…Il y a un gouffre entre le divertissement et la réflexion métaphysique sur le monde, vous êtes excessive… La lecture peut-être autre chose que de divertir (de soi ou des autres ou des soucis)  Même , et surtout peut-être, en érotisme. C’est plutôt  cela qui m’ennuie pour ma part, les textes  faciles qui amusent gentiment, j’aime me trouver confrontée plutôt à des choses qui ébranlent…voire qui me demandent un effort d’adaptation…comme quoi nous attendons tous de la lecture des choses différentes.

Les collectifs sont-ils une bonne idée et marchent-ils mieux que les livres en solo ? En quoi est-ce intéressant ?

CC :  Les collectifs sont une idée, bonne ou mauvaise selon les points de vue. On peut préférer un récit plus long d’un seul auteur, on peut préférer lire plusieurs textes courts d’un même auteur, plusieurs textes courts d’auteurs différents. À chaque lecteur ses goûts en somme.

Marchent-ils mieux ? Ce n’est pas tant le fait qu’il s’agisse de collectifs ou pas de collectifs qui distingue les livres et leur chiffre de vente. Sur le site de l’éditeur, les titres d’e-ros D/s, collectifs ou non, sont plus vendus que les titres d’e-ros & bagatelle par exemple. C’est lié à l’histoire de la maison d’édition, à son catalogue qui s’est orienté vers le bdsm pour une part appréciable de ses titres. Il y a donc un lectorat qui a ses habitudes sur notre site. Sur telle librairie numérique, les données sont différentes.

Les collectifs sont intéressants pour les lecteurs qui ont un souhait de lecture thématique. Nous aurons dans quelques mois un livre collectif sur le thème de la fessée, nous venons d’en publier un sur le thème du bondage, par exemple. Ils sont intéressants pour de jeunes auteurs dont il s’agit souvent d’une première étape : un texte court dans un collectif avant de tenter une publication à leur nom seul. Ils sont intéressants pour des auteurs qui ont des projets plus vastes ailleurs et qui participent ainsi plus facilement à la vie de la collection en proposant un petit texte, moins chronophage.

AB : Vous manifestez votre humeur lorsque votre collection érotique e-ros pourtant toute récente chez D. Leroy n’est pas relayée ou est carrément ignorée. Vous devez pourtant bien savoir qu’il faut un temps infini pour se faire connaître et faire ses preuves dans le milieu de l’édition et pour espérer une visibilité. D’ailleurs dans le domaine de littérature généraliste nombre de petites maisons d’édition indépendantes de très grande qualité rament depuis des années pour que les médias s’intéressent à elles et à leurs auteurs. Comment pensez-vous pouvoir parvenir à vous imposer comme incontournable, d’autant plus que le format numérique ne concerne aujourd’hui encore qu’un très faible pourcentage de lecteurs ?

CC :  Je manifeste aussi bien mauvaise humeur que bonne humeur, à titre personnel, parce  que je tiens à cœur les réussites ou les échecs de la collection. Oui, bien sûr, il peut être très difficile de se faire connaître, j’en ai conscience. Que le problème ne soit pas seulement le nôtre aussi. Il faut un temps plus ou moins long pour se faire connaître, cela dépend du réseau que l’on possède, de la réussite de sa communication, pour une grande part. La « très grande qualité » n’est en réalité qu’un facteur parmi d’autres. Je ne songe pas à imposer la collection comme incontournable. Tout d’abord, comme vous le soulignez, il y aura toujours des personnes qui refuseront de lire des livres numériques, préférant compulser ce qu’ils qualifient de « vrais livres ». Ou qui n’en liront qu’occasionnellement. Il n’y a qu’un faible pourcentage de lecteurs numériques actuellement en France, mais la progression est très encourageante pour les éditeurs pure player.

Ensuite, il y aura toujours des personnes que la littérature érotique n’intéressera pas ou très peu. Voire qui jugeront ce genre dégradant, vulgaire, etc. Ce sera toujours ainsi. Je n’aime pour ma part pas la bit-lit. Les éditeurs de bit-lit ne s’arrachent pas les cheveux parce que certains lecteurs leur échappent. Je n’en ai en tout cas jamais rencontré. Je laisse chacun à ses goûts, la littérature érotique ne s’impose pas à tous. 

Enfin, le choix proposé en littérature érotique sous format numérique s’étoffe de plus en plus. Il y a plusieurs maisons d’édition qui proposent une collection érotique. Je pense que nous avons des points forts : un catalogue fourni, hors e-ros, et une collection certes jeune (pas tant que cela par rapport à d’autres collections, postérieures à e-ros) mais dynamique puisque nous publions actuellement dix-huit titres par an.

Nous avons aussi des auteurs fidèles, de bons contacts les uns avec les autres, et je pense que cet aspect relationnel est important pour la vie de la collection et son développement. Ce n’est pas quelque chose de calculé, mais c’est quelque chose qui semble fonctionner. En tout cas, je ne me vois pas « diriger » la collection différemment : les auteurs ne sont pas anonymes, j’échange beaucoup avec eux. Et je crois qu’une bonne entente et la liberté de ton, facilitent la création.

AB : Pouvez-nous nous donner une idée du nombre de  téléchargements pour vos e-books après quelques mois de parution ?

CC :  Un livre numérique n’a pas seulement une existence dans le mois, ou dans les quelques mois qui suivent sa publication. Ce n’est pas un livre dont le stock s’épuise. Il y a donc une différence importante entre le livre papier et le livre numérique. Le livre numérique s’inscrit dans une durée. Donner des chiffres de vente après une durée courte n’a donc pas nécessairement de sens. Je ne connais pas de maison d’édition qui communique sur ses ventes, ou alors de manière assez floue. D’autant plus s’il s’agit de maisons d’édition numérique chez lesquelles tout se construit lentement. Nous ne dérogeons pas à cette pratique. Par contre, nous pouvons dire que la progression est très stimulante.

AB : Oui, vous avez raison, il y a une nébuleuse aveuglante chez les  tous éditeurs quant aux chiffres d’exemplaires vendus, à moins que ce ne soit pour vanter les gros succès. Même les auteurs ne sont sûrs de rien…

Sans parler des collectifs dont le genre pêche toujours par cette disparité des plumes, (chez e-ros comme chez les autres éditeurs érotiques) parmi vos auteurs en solo déjà publiés, la différence des talents est parfois frappante, on y trouve de vrais écrivains et des auteurs apparemment novices qui rédigent plutôt qu’ils n’écrivent. C’est parfois déroutant. Que pouvez-vous en dire ?

CC :  L’expression « vrai écrivain » me gêne. D’où viendrait la légitimité d’un écrivain pourvu d’un tel qualificatif ? À quoi reconnaîtrait-on un tel écrivain ? Je vous raconte une anecdote : j’ai déjeuné récemment avec un artiste protéiforme (je vais le qualifier ainsi et je ne vais pas donner son nom) qui me considérait comme« écrivain ». Je lui ai dit, « oh non, quelle idée, je ne suis pas écrivain, j’écris tout au plus des petites histoires pour m’amuser, quand je le peux. » Et il me dit que pour lui, un écrivain était celui qui écrivait, qui s’appliquait à écrire, fournissait un effort pour écrire, répétait cet exercice, et peu importait qu’il soit publié ou pas, connu ou pas. Donc j’ai envie tout d’abord de répondre selon cette définition que toutes les personnes que nous avons publiées dans la collection, jusqu’à présent, sont écrivains. Tous se sont soumis plus ou moins longuement à un travail d’écriture, de réécriture parfois, ont accepté que telle phrase trop lourde, trop longue, alambiquée, soit remaniée, réécrite. J’ai parfois suggéré des modifications, j’en ai fait certaines, minimes, mais dans la plupart des cas ce sont les écrivains eux-mêmes qui ont retravaillé leur texte.

Que la différence de talent, de pratique, d’ancienneté, de style existe, oui, c’est certain. Certains auteurs écrivent un texte pour la collection e-ros en ayant derrière eux la publication de plusieurs livres, dans des genres littéraires différents parfois. Certains auteurs ont des années d’écriture derrière eux sans avoir jamais rien publié, rien cherché à publier, ou parfois publié un texte seulement, mais ils se sont confronté à l’écriture des années durant. Et puis il y a de jeunes auteurs, qui s’essaient à l’écriture, qui s’efforcent de narrer des histoires plaisantes, qui viennent de la blogosphère parfois, comme moi, et si l’histoire nous plaît, si l’écriture est fluide malgré quelques éventuelles maladresses de style, oui, nous les publions.

La collection a aussi pour vocation d’être un vivier d’écrivains et si certains auteurs n’ont pas encore acquis suffisamment de maturité aux yeux de certains lecteurs, ils peuvent par contre trouver un lectorat différent, qui cherche peut-être cette fraîcheur d’écriture. Une publication dans la collection est parfois une première expérience pour ces auteurs, et c’est très bien ainsi. Toutes les œuvres que nous publions peuvent se consulter, sous forme d’extraits. Toute personne qui souhaite télécharger un de nos livres peut lire préalablement quelques pages et définir si le style de l’auteur lui convient. Nous ne lésons personne…

AB : Je ne suis pas du tout d’accord avec ces propos. « était écrivain  celui qui écrivait, qui s’appliquait à écrire, fournissait un effort pour écrire, répétait cet exercice, et peu importait qu’il soit publié ou pas, connu ou pas » .Il ne suffit pas du tout d’écrire pour être écrivain et je crois que c’est le plus profond malentendu qui n’ai jamais existé en littérature. C’est un vaste débat…Et puis il y a de jeunes auteurs, qui s’essaient à l’écriture, qui s’efforcent de narrer des histoires plaisantes qui viennent de la blogosphère parfois, comme moi, et si l’histoire nous plaît, si l’écriture est fluide malgré quelques éventuelles maladresses de style, oui, nous les publions. Vous les publiez peut-être mais cela n’en fait pas pour autant des écrivains…Ainsi si demain la totalité  des français se mettait  à écrire, même sans être publiée, la  France serait peuplée de 50 millions d’écrivains, ou  tous les sites d’écrits érotiques tels que Revebébé  ou welovewords ne rassembleraient que des écrivains ? Quand on lit la pauvreté des textes publiés sur ces sites d’écriture ça donne une image plutôt pathétique de la littérature française non ? (alors que cela reste souvent de jolis récits) même si d’excellents auteurs peuvent en émerger et se révéler par la suite de très bons écrivains…mais  longtemps après. Par exemple, si je suis publiée depuis 2009, jamais je n’ai encore dit que j’étais écrivain, j’ose dire auteure ou romancière, parce que je sais pas comment  me qualifier, je dirais volontiers  apprentie écrivain …Ecrivain suppose pour moi une démarche littéraire aboutie, une culture littéraire solide, cela n’a rien à voir avec une vision classique de la littérature, elle peut être novatrice, avant gardiste, de n’importe quel genre mais les textes produits doivent être forts, la voix puissamment singulière, que ce soit en genre érotique ou pas d’ailleurs. Ce n’est pas une vision élitiste comme j’ai déjà  entendu  me répondre quelques voix dépitées par  mes propos, c’est tout simplement que la littérature n’est pas de la rédaction.

Le choix des couvertures est de genre délibérément kitch, couleurs et dessins qui d’ailleurs évoquent plutôt de la BD que de la littérature. Pourquoi ce parti pris, est-ce l’image que la maison d’édition impose ou est-ce votre propre choix ?

CC :  À dire vrai, je ne dissocie pas la BD de la littérature : je considère la BD comme un genre graphique et littéraire.

Dans la mesure où nos couvertures attirent l’œil par leur couleur, mais sont dépourvues de clinquant et ne sont pas surchargées, peut-on parler de « kitsch » ? Nos premières de couverture sont unifiées, structurées, ne comprennent que des données essentielles.

Les couleurs ont une fonction particulière. Une précision pour commencer : les livres numériques sont vendus dans des librairies numériques. De quel couleur est l’écran de l’ordinateur lorsque l’on se rend sur une librairie numérique ? Blanc. Imaginez une couverture blanche sur un fond blanc. Invisible. Pensez à présent à une couverture de couleur. Vous comprenez immédiatement l’avantage qu’elle acquiert. À présent, pourquoi ces couleurs, car il y en a plusieurs… Pour définir des genres, des thématiques, par souci de classification. Une palette de couleurs pour répondre aux différentes orientations de la collection et à ses noms spécifiques : e-ros & bagatelle, e-ros & ceteri, e-ros graphique, e-ros & curiosa, e-ros épistolaire, e-ros D/s. Vous voyez une couverture rose ? Vous savez qu’il s’agit d’un récit sur le thème de la domination.Capture 2

L’illustration ensuite. De même que la collection propose de publier de jeunes auteurs, nous faisons appel à de jeunes illustrateurs. Majoritairement des blogueurs d’ailleurs. Ces couvertures font-elles davantage penser à de la BD à cause de ces illustrations ? Je ne sais pas. Mais dans les librairies numériques, les nouvelles et les romans sont dissociés des BD, il n’y a aucune raison que le client de la librairie puisse confondre l’un et l’autre. Et puis, lorsqu’un roman ou une nouvelle comprend sur la première de couverture une photographie, on ne pense pas qu’il s’agit d’un livre de photographies, n’est-ce pas ?

La collection e-ros fait partie d’une maison d’édition qui a choisi de mettre en avant des dessinateurs, qui a publié des livres illustrés, des BD, des romans graphiques, qui a majoritairement fait appel à des illustrateurs pour ses couvertures. La collection e-ros se place dans la continuité. 

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Je vous invite donc à découvrir cette  collection sur le site de la maison  d’édition Dominique Leroy , certains titres sont disponibles gratuitement.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Zebulon dit :

    C’est miracle ça ! J’ai eu une kindle pour Noël et je cherchais un numérique coquin , suis tombé sur cet article. Je ne connaissais pas cette maison d’édition, on n’entend jamais parler du numérique, jamais lu de critique non plus. Dites-donc, elle n’a pas été gentille avec vous la drôle de petite dame sur sa critique ! Vous z’êtes pas rancunière au moins vous …mais je peux pas lire votre livre sur ma kindle pour dire si j’aime ou pas, je le trouve pas en e-book.

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