pas de clitoris dans l’encyclo des filles

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Décidément les filles, on doute parfois d’avoir  réellement avancé dans la difficile perception du sexe féminin….  Pour Noël, j’ai offert à une  toute adolescente L’encyclo des filles de Sonia Feertchak & Catel Muller éditée chez Plon en 2012.

Entrées alphabétiques  comme il se doit dans une encyclopédie. Les thèmes bien classiques cernent les interrogations des adolescentes, leur univers est largement ratissé, du maquillage futile à la binge drinking, du blog à la fugue, en passant par les poils et la pédophilie, le prince charmant et le viol…ainsi  535 pages passent en revue la vie des jeunes filles.

Alors,  venons-en au sacrilège . La table des matières répertorie : vagin, sein…mais de  vulve, lèvres et clitoris , nulle part mention !  Les deux pages du  sexe du garçon  nommé zizi scannent  pourtant  très bien la racine, le corps intermédiaire et le gland.

En 2012,  en pleine discussion de mariage unisexe,  de fabrication d’enfants de toutes les manières possibles et imaginables, de transgenre, de lutte  rageuse contre l’excision,  la fille n’a toujours pas de clitoris dans les encyclopédies censées leur enseigner qui elles sont  et comment elles peuvent fonctionner.

En est-on encore au Moyen Age ?

Alors bien sûr,  fort heureusement le clitoris sans avoir été digne d’être présenté, est  malgré tout mentionné par ci par là, mais les filles ne sauront pas comment il est fait, comment il est  réellement relié au vagin, à quoi il sert,  etc etc…En fin de compte je crois que je vais  offrir pour le prochain anniversaire de cette petite jeune fille,  l’excellente Fabuleuse histoire du clitoris de Jean-Claude Piquard (édité chez Blanche) pour qu’elle sache une fois pour toute ce qu’est précisément  un clitoris, puisque la planche d’anatomie ne le dessine en fin d’encyclopédie que dans l’appareil  génital reproducteur1331644

Mais mon indignation ne s’arrête pas là, le chapitre masturbation voile pudiquement cette pratique qui, si elle est naturelle,  doit rester discrète. Aucune indication sur la façon dont on peut se caresser et s’initier au plaisir  ni avec avec quoi, il est juste rappelé que cela ne rend pas sourd…Vous me direz que cela reste la découverte de l’ado..ok, mais enfin c’est tout de même la première façon pour  faire connaissance avec sa féminité, et surtout …alors,  comment expliquer que dans pratiques sexuelles, la sodomie est, elle,   clairement explicitée ainsi :  l’homme introduit son sexe dans l’anus et que les amants peuvent en jouir tous les deux. 

On explique aussi qu’une fellation ne donne pas  d’orgasme,  donc de plaisir sexuel aux filles mais que c’est fait pour en donner à l’homme, c’est un don, que l’on peut refuser de pratiquer si l’on aime pas. Les auteures de cette encyclo n’ont donc jamais ressenti de plaisir sensuel ou sexuel en faisant des fellations. L’orgasme étant défini comme étant le seul plaisir sexuel.  Le cunnilingus est évoqué mais sans nommer le clitoris.

Dans ces pratiques sexuelles , on  y lit des choses pour le moins étonnantes : [Certaines pratiques sexuelles ne visent pas à la reproduction de l’espèce. Il ne faut pas l’oublier : faire l’amour, du point de vue de l’humanité, ça sert à faire des bébés, à se reproduire. On n’y songe plus vraiment aujourd’hui parce qu’on a des moyens de contraception performants,   mais quand un garçon et une fille font l’amour, celui-ci considère celle-là comme une fille qui lui donne du plaisir, plus ou moins comme un « objet sexuel » donc, mais aussi comme une maman possible.] Là j’avoue que je reste bouche bée…et ne comprends pas les propos des auteures,  ou .. je n’ose, surtout pour ce passage : quand un garçon et une fille font l’amour, celui-ci considère celle-là comme une fille qui lui donne du plaisir, plus ou moins comme un « objet sexuel » donc. Un peu plus loin, il est  pourtant rappelé  que Guillaume Apollinaire écrivait à Lou qu’il pouvait lui faire toutes les cochonneries possibles il ne l’en aimait que plus et donc, qu’ en amour rien n’est sale. Ce qui, vous en conviendrez est assez incohérent avec l’affirmation précédente.

La  libido est quant à elle, proposée dans sa version initiale créatrice  freudienne, avec cette conclusion  » un jour c’est elle qui te donnera envie d’être maman » .

Et puis, enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous informer que grâce à Dieu, une double page en fin d’ouvrage est consacrée à la couture, avec une planche et dessins à l’appui pour montrer  à nos filles comment recoudre un bouton, arrêter une maille ou reprendre un ourlet. Ah…oui, j’oubliais, cette double page de croquis suit celles destinées à vous faire un ventre plat et des cuisses fuselées. La parfaite petite femme quoi, puisqu’on lui a aussi expliqué avec force et fracas et en  deux pages dignes d’un film d’horreurs bien trash que fumer  c’est l’enfer tout de suite avec un corps tout pourri (que les auteures de l’encyclo me copient 100 fois que le mieux est l’ennemi du bien) .

Cette encyclo  laisse perplexe … par moment résolument en phase, et par d’autres moralisatrice et convenue, d’un autre siècle.  C’est déconcertant. En tous cas absolument pas féministe, car jamais on ne tente d’aller à contre-courant de l’image formatée de la fille et de l’éternel féminin.

6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. anne dit :

    Chère Sonia, merci d’avoir réagi à ma chronique, c’est vrai, elle était un peu à charge sur les sujets du clitoris et de la …couture. Mais quel plaisir de pouvoir confronter nos commentaires..et vous savez bien par ailleurs, que le lecteur ne lit que ce qu’il veut lire…Quand même je suis bien contente que la prochaine édition redonne au clitoris le droit à l’index…Ceci dit, la jeune fille a semblé apprécier votre ouvrage, c’est le principal ! merci d’avoir pris le temps de vous exprimer longuement !

  2. Sonia Feertchak-Ortoli dit :

    Chère Anne,
    Alors là, merci !, j’ai bien eu honte en vous lisant : eh oui, pas de clito dans l’encyclo. Je vous l’accorde, ça n’est pas possible. Ce sera chose faite dès la rentrée prochaine, dans l’édition 2015, je m’y attèle de ce pas grâce à vous (je suis désolée, je découvre votre blog tardivement). Oui, c’est même surprenant que ce petit bout de chair, star légitime de notre intimité de fille, d’une part je l’ai oublié (je vous épargnerai un morceau de psychanalyse ici), d’autre part personne ne m’ait fait remarquer son absence depuis des années. Du coup, je me replonge dans les éditions précédentes, je mesure le chemin parcouru et me souviens que je n’ai pas, la première année (en 2002), pensé que cet ouvrage deviendrait un annuel, une référence, je n’ai pas mesuré à l’époque, ni la responsabilité qui m’incombait, ni le côté engagé qu’allait prendre par la suite L’Encyclo des filles – pour info, choquée par certaines infos qui me revenaient de mes lectrices, j’ai rédigé un Manuel d’autodéfense féministe. Vous me répondrez sans doute qu’on n’est pas féministes de la même façon… j’en suis sûre – il y en a sans doute presqu’autant qu’il y a de femmes. 😉
    Mais bon, pour la suite, je reprends point par point.
    En ce qui concerne la masturbation, je maintiens que, oui, ça doit rester un sujet intime… je n’en fais en aucun cas un tabou (je les dézingue même, les tabous), c’est ce qui compte – ça n’est pas parce qu’on qualifie un sujet d’intime qu’on le rend tabou… L’intimité n’est pas un tabou ! En revanche, je vous l’accorde, j’aurais pu spécifier, comme pour les autres pratiques sexuelles « comment ça se fait », sans rentrer trop dans le détail parce que, comme vous le dites, il y a quand même des trucs qu’ils/elles doivent découvrir par eux-mêmes. Mais je rajouterai cette info + un petit quelque chose sur l’engouement pour les godemichés.
    A propos de la fellation et du cunnilingus, c’est vrai que ça sera mieux de dire que l’orgasme n’est pas possible pour les filles (en revanche un plaisir physique et une grande excitation, oui), ce sera plus clair vous avez raison ; quant au cunni, c’est vrai que le clito méritait droit de cité… j’y reviendrai donc, là encore je vous suis !, dont acte.
    En ce qui concerne la réflexion sur les pratiques sexuelles, c’est peut-être un peu alambiqué (ou c’est l’inter qui est spécialement mal placé) mais l’idée, je la maintiens, est la suivante : pendant longtemps (même après la pilule, i. e. l’avènement de la sexualité non reproductive), les pratiques qui ne visent pas à la reproduction ont été considérées comme des trucs de salope… justement parce que dans une société bourgeoise-catho-bien pensante, ce qui ne visait pas à la reproduction était mal jugé. Il m’a semblé nécessaire de dissocier les deux. Mais j’entends votre critique et vais clarifier ce point.
    Pour la libido, je suis partagée. D’une certaine façon vous avez raison et je reprendrai certainement mon texte en mettant davantage l’accent sur l’aspect sexuel… mais bon, je vous trouve un peu à charge aussi !
    Et notamment en ce qui concerne la couture : pour info, quand en tant que directrice de collection j’ai fait L’Encyclo des garçons, j’ai obligé l’auteur à faire figurer la même page de couture, et celle de cuisine aussi… parce que, ok il faut lutter contre les préjugés, mais à vous suivre, on ne mettrait ces trois machins de rafistolage nulle part et plus personne ne saurait recoudre un bouton !!!
    En résumé j’accepte volontiers la critique pourvu qu’elle me fasse avancer et contribue à rendre cette encyclo meilleure, donc MERCI !
    Bien à vous,
    Sonia F

  3. Pas de féminicide, non plus, dans l’encyclo des filles ? Pourtant, les nymphes restent souvent sur le carreau – Et, l’Académie a admis les tout jeunots et immatériels tweets en ces pages de dictionnaire… http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/definitions-feminicides.html
    http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/feminicide-nest-pas-neutre-en-querelle.html

  4. anne dit :

    J’ai feuilleté, mais sur 525 pages, je n’ai pas tout vu Philippe…Sinon, je suis une fervente amie des librairies et suis triste à en pleurer lorsqu’une ferme, croyez bien. Pour le feuilletage, c’est vrai pour les guides, les essais sans doute mais pas pour les romans ou les nouvelles, ça ne veut rien dire de se décider sur une page ou quelques lignes, je préfère demander son avis au libraire s’il l’a lu, ce qui d’ailleurs ne veut pas dire que je vais suivre son conseil car souvent au risque d’être déçue, j’aime bien aller à l’aventure en littérature.

  5. Philippe dit :

    Faut feuilleter avant d’acheter… D’où l’intérêt des librairies.

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