la force des femmes

Lors d’un entretien récent avec la journaliste Gabrielle Stefanski (bientôt diffusé sur la RTBF1ère) , celle-ci m’interrogeait sur la difficulté d’être  une femme qui se consacre à l’écriture érotique. Je n’ai pas répondu assez bien à cette question, il m’aurait fallu une heure pour m’expliquer et  l’interview en duplex à la radio est toujours difficile car il manque la présence  et le regard de l’interviewer. Je voudrais revenir sur cette question, parce que  justement depuis quelque temps, cette histoire de  position de  faiblesse de la femme me taraude. Il serait compliqué, voire intenable d’être une femme dans tellement de domaines que cette prétendue difficulté finit par enfoncer le clou : oui, la femme est faible et pas égale à l’homme, puisqu’elle a du mal à vivre et à affirmer son genre féminin dans le quotidien.

C’est le côté pervers de la nécessité de protéger les femmes de la violence et du machisme des hommes : il faut les  mettre sous protection de lois, comme on a pu les mettre sous protection des pères, des frères, des curés, des chaperons et des maris…On n’en finit pas. Il en va pareillement pour tant d’autres choses, comme  le fameux « les femmes et les enfants d’abord » qui véhicule l’idée que  puisque seules les femmes élèvent leurs enfants (toujours pas les hommes) elles sont  donc à mettre sous protection . Et tant que la femme sera protégée , elle sera réputée faible et en difficulté.

Il ne s’agit pas de faire du féminisme pur et dur, jusqu’à par exemple renier la notion de galanterie. On peut avoir envie d’être agréable avec une femme en la chouchoutant…et en la priant de passer devant, surtout si le bateau coule et surtout si ça rassure l’homme… Mais enfin, les exemples ne manquent pas pour faire perdurer l’idée que nous sommes fragiles. Il convient donc de s’arrêter sur cette idée de fragilité et de se demander où elle germe. Dans et dès l’enfance bien sûr ! une petite fille est considérée plus vulnérable  qu’un petit garçon, sans qu’on ne sache d’ailleurs pourquoi. Plus tard à l’adolescence on craint pour sa virginité et pour une grossesse , les parents la protègent donc plus encore qu’un fils.  Ajoutez à cela les couleurs roses, les poupées à materner et les douceurs attribuées au sexe féminin, les jeux jamais physiques. Et  les graines de la fragilité sont semées…copieusement arrosées durant toutes les années qui vont suivre.

Toutes les protections accordées aux femmes adultes sont justifiées par le fait qu’elles sont mères avant tout. Ainsi le travail de nuit a t-il été supprimé pour les femmes dans les usines pour ce motif.  La notion de mère de famille supplante l’identité féminine, d’ailleurs dans les faits divers on désigne les femmes plus souvent par « mère de famille’ que par « femme » . C’est tout à fait contradictoire, la mère de famille est réputée vulnérable car elle a les responsabilité de ses enfants ?  Mais pour faire face à ses responsabilités, ne faut-il pas être forte ?

Bref, pour en revenir à la question de Gabrielle Stefanski, non, ce n’est pas difficile pour moi en tant que femme et ( même que mère)  d’écrire des livres érotiques. Jamais je n’ai eu de problème, ni pour écrire sous mon véritable nom, ni pour montrer mon visage,  ni vis à vis des éditeurs et encore moins face à mes lecteurs, mes amis, ma famille.  je ne me suis jamais sentie en danger ni en position de faiblesse. A vrai dire, j’ai plutôt pensé que c’était les autres qui avaient des problèmes avec ça, notamment les  hommes lorsqu’il m’interrogent, leurs questions orientées témoignent de leur gêne ou de leur difficulté à accepter qu’une femme puisse oser être ce qu’elle veut être sans se soucier du reste. Et je ne veux aucunement endosser leurs difficultés ni leur malaise  à considérer une femme comme un homme.  C’est leur problème à eux ! Mais je  réalise qu’il y a  un travail énorme à faire en amont pour ne plus considérer les petites filles plus fragiles que les petits garçons. Tant que l’on aura pas oeuvré à changer les mentalités en ce sens, on posera toujours cette question aux femmes : « en tant que femme, est-ce plus difficile ….? »

Images, dans l’ordre d’apparition : Kubin, Jan Saudek, et 2 oeuvres de l’ exposition « le corps découvert » à l’institut du Monde Arabe en juin 2012.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Pier'O dit :

    Depuis l’explosion d’internet, l’émergence des blogs et plus encore des réseaux sociaux, les écrits érotiques féminins me semblent exploser.
    Le siècle dernier pour ne pas remonter au delà, n’avait que toléré quelques femmes écrivains dans ce domaine, apanage des hommes là encore, bien évidement .
    Bonjour le nouveau millénaire !
    Je suis émerveillé de voir le nombre de ces pages talentueuses publiées souvent anonymement sur la toile. Rattrapage légitime dans la quantité mais surtout quelle finesse, quelle délicatesse ; je suis perpétuellement touché, bouleversé…
    La littérature érotique est aujourd’hui clairement féminine et on en redemande !

  2. anne dit :

    […Il ne s’agit pas de faire du féminisme pur et dur, jusqu’à, par exemple renier la notion de galanterie. ..] un lecteur me fait remarquer que la galanterie n’est finalement qu’une forme de protection …culturelle.. .Il n’a pas forcément tort…

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