les livreurs de voix libertines

Je vous ai précédemment parlé du festival Livres en tête , organisé par la Sorbonne, qui s’est déroulé du 14 au 17 novembre à Paris et plus précisément du Bal à page , soirée  littéraire de clôture qui célébrait à haute voix, cette année,  l’érotisme et le libertinage au 18 ème siècle. Bernard Pivot  était  joliment accompagné de Katsuni pour parrainer cet évènement.

Sur scène, Pierre Jourde arborait une mine réjouie,  heureux que la littérature ait su réunir autant de monde. En effet,  la salle était  comble  puisque nombreux furent ceux , priés de s’asseoir par terre  -et plus vite que ça  s’il vous plaît-  (j’ai soupçonné l’orateur déjà émoustillé,  d’avoir envie de manier la badine)  Est-ce la promesse du sexe et de la luxure qui a attiré les spectateurs ou un appétit tout littéraire ? Peu importe  les motivations car le plaisir  était palpable,    on avait tous les oreilles en éventail  pour écouter ces  textes  classiques,   sacrément coquins, car ça oui, ils étaient bien chauds les bougres au 18 ème siècle , avec un penchant assumé pour la sodomie, que le  bon Marquis de Sade mit en scène de façon très rigolote dans son texte Soit fait ainsi qu’il est requis, extrait des Contes licencieux.

Les Livreurs de voix ont pris à bras le corps toute cette chair brûlante et ce fut très plaisant de considérer l’air sage et innocent  des visages, plus particulièrement ceux des lectrices, en train de se repaître de cons, de vîts et de couilles, sans sourciller et avec  gourmandise et talent.   Et je me suis surprise à trouver aux imparfaits du subjonctif un érotisme quasi  torride, les asses et usses et autres ussiez, à force,  ça asticote l’épiderme. Mais, comme le 18ème siècle ne connaît quasiment pas d’auteurs féminins dans le registre érotique et que les textes des hommes de cette époque soumettent les pauvres petites vicieuses au curé, au père, au frère et au saint esprit, la soumission m’a paru un peu indigeste. A force…

Est-ce à dire que l’érotisme classique vieillit mal ? Certainement pas  en ce qui concerne l’écriture, fine et  savamment joueuse ;   par contre la charge érotique des situations a perdu de sa puissance, je le ressens ainsi en tant que femme,   aujourd’hui d’autres fantasmes  que celui de la sainte famille mijotent sous nos jupes et dans nos cervelles fertiles.

Bernard Pivot a été interrogé sur la littérature coquine contemporaine. Je l’ai senti un peu perdu,  celle-ci n’est apparemment pas sa nourriture quotidienne car il répondit que depuis Histoire d’O rien n’avait été aussi bien…Réponse   poussiéreuse typique de ceux qui ne lisent jamais de littérature érotique contemporaine,  puisqu’on ne peut  pas parler de ce que l’on ignore. Dommage qu’une soirée littéraire consacrée à l’érotisme n’ait su évoquer l’époque contemporaine qu’avec ce roman d’un autre siècle que le nôtre…Eh..oui !

Enfin, concernant le concours de textes libertins organisé par le festival, je dirai de concert avec ceux qui étaient invités et présents ce soir là  (nominés ou pas)  qu’il n’ a été évoqué que trop rapidement  de quelques mots.  Certains étaient venus de l’autre bout de la France pour cette lecture,  bel effort en ces temps de vache maigre, et sans doute quelque attention concernant leur travail et leur intérêt pour le festival  auraient été bienvenus. Toujours est-il que la lecture à haute voix est un  exercice littéraire de partage et de plaisir, une formidable ouverture  au-delà du périmètre de notre propre  perception des textes.  Bravo donc aux Livreurs de voix que vous pouvez retrouver sur leur site, des ateliers sont organisés toute l’année pour travailler sur l’oralité , qu’elle soit littéraire ou professionnelle. Peut-être faudra-t-il l’an prochain que l’organisation soit plus…organisée car le début de la soirée éroticolittéraire  fut un peu…foutoir, avec une attente interminable entre 19.00 et 20.30….et beaucoup ont déploré d’avoir payé 12 euros pour se retrouver le cul… par terre jusqu’à minuit.

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Textes  classiques lus lors de la soirée :

Jeux de société , dans L’anti -Justine de Restif de la Bretonne – Soeur Suzanne, m’aimez-vous dans La Religieuse de Diderot – Soit fait ainsi qu’il est requis dans Contes licencieux de Sade – Le capucin dans L’enfant du bordel de Pigault-Lebrun – Qu’est-ce que la foutrerie dans le Portier des Chartreux d’un Anonyme – Conclusion avortée dans Angola de La Morlière – Péché de gourmandise dans le Colporteur de J.Chevrier – Junon dans le Godemiché Royal d’un Anonyme – Madame de Vignolles dans les Confessions du comte de *** de Pinot Duclos – Florilège dans Oeuvres érotiques de Zorzi Baffo – Pas de plaisir sans gêne dans Confessions de JJ Rousseau – Frère Alexis dans Margot la ravaudeuse de Fougeret de Monbron – Eradice dans Thérèse Philosophe de Boyer d’Argens.

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Et voici une vidéo amateur d’un extrait de la soirée, vidéo de très mauvaise qualité, mais qui a le mérite d’exister…Vous y verrez et y entendrez quelques Livreurs ainsi que  Pierre Jourde, Bernard Pivot et Katsuni, sans oublier l’étonnant Norbert Lucarain, aux percussions

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le lauréat du concours   : Pierre Clévenot pour son texte   :   Entre les lignes

Ma chère amie,
Ma folle maîtresse,
Il m’est toujours aussi pénible de vivre notre éloignement.
Je suis hanté par ton corps, obnubilé par nos ébats.
Il était inconcevable de partir loin de vous,
j’aurai voulu être à jamais entre tes cuisses.
et pourtant le hasard des jours et des événements nous ont séparés.
J’ai cru que tu n’étais qu’une traînée de passage, quelle erreur !
Quelle absurdité ! Nous voilà loin l’un de l’autre, pour de trompeuses raisons.
Je m’suis gouré, j’ai merdé. Tu étais plus que « juste un coup ».
Je me permets cette présente afin de vous donner quelques nouvelles.
Mon sexe doit parler au tien, voici les dernières informations de mes fesses :
Je tente avec ardeur de quitter toute idée noire, toute impression d’isolement.
Je me suis éperdument abandonné à toutes les prostituées de la région,
Peine perdue, mon désespoir s’abat sur mes épaules, je me sens désœuvré.
aucune ne m’a satisfait, aucune n’a ton talent, je m’ennuie de tes seins.
Oui je vous fait cet aveu : je pense à vous chaque matin, je me couche chaque soir avec votre visage en songe.
Bon sang,  mon membre viril se dresse dès le réveil, et je me touche, le soir, avec des magazines porno !
Alors que l’innocence du hasard, ou les impénétrables desseins divins, nous ont fait être des perdreaux alanguis,
Dès notre première rencontre j’ai rêvé te prendre derrière un buisson.
des amoureux émerveillés, de pudiques soupirants.
Oh, j’ai joui dès les première minutes t’en souviens-tu ?
Nous nous retrouvions parfois, sous votre balcon, nous abandonnant secrètement à nos lèvres alanguies,
Chaque soir je  rebondissais furieusement sur ton ventre, et pinçais tes tétons durcis,
avec toute la frivolité de notre jeunesse, vous souvenez-vous ?
en assumant sans complexe mon addiction au sexe, c’était dingue !
Désormais loin de vous, mes mains se sentent inutiles,
Aujourd’hui je me masturbe sans cesse,
mes yeux regardent mais ne voient rien.
je mate avec insistance chaque corps bien gaulé.
Apprenez donc, ma demoiselle, mon passereau, ma biche,
Attends un peu ma chienne,
que je porte à votre égard toute le désir de mon âme transie.
que je t’attrape, tu va la sentir, la virilité de mon braquemard.
Votre ancien galant, langoureux, et dévoué ami,
Celui qui t’a fais jouir plus d’une fois !
qui pense à vous.
Je te prendrai dès mon retour.

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et voici mon texte , classé dans les 10 premiers :

Le lait de Louise

 Un message de Louise enregistré sur mon téléphone: Peux-tu me rapporter du lait, Félix ?

Je suis un fétichiste de la phonétique. Lait. Dans la bouche entrouverte de Louise, le son lai est puissamment érotique. La plupart des gens le prononcent comme si lait s’écrivait avec un accent aigu, , alors que Louise le dit à la façon du mot gai ou laid,  un son ε  encore plus exagérément ouvert , coulant, déroulé par le l par une langue veloutée, la consonne le pousse hors de sa bouche et répand le liquide blanc… lait… je le vois couler à la commissure de ses lèvres, se déverser sur son visage, crémeux, épais, la déferlante lactée me fait bander,  l’obscène poésie de ce lait articulé par Louise  me fait un effet immédiat insensé, l’afflux gonfle mes bourses comme des mamelles avant la traite et je n’ai plus qu’une seule vision obsessionnelle : doucher de ma semence laiteuse chaque parcelle de son corps, que Louise ruissèle de mon lè, mon sperme n’y suffisant pas, ils sont cinq, dix, vingt sexes à l’inonder, ses paupières lourdement closes par le masque blanc,  ses cheveux gominés, son ventre ivoiré, ses cuisses éclaboussées, l’affluent nacré de sa fente se jette dans le lait en crue, très vite Louise empesée ne peut plus se mouvoir, le foutre caille sur son épiderme et durcit.

Je n’ai plus alors qu’à laisser sécher le plâtre avant de l’en délivrer délicatement, les empreintes de l’insaisissable enfin révélées.

 Cette façon indécente de dire lait

Ce n’est pas négociable, je ne rapporte pas la bouteille immédiatement, je  ne consens à aller chercher son lait frais qu’après être venu enfouir le nez et la bouche dans ses arômes de babeurre, l’odeur du con de Louise en fin de journée, une odeur festive dont je raffole qui me raconte la femme étrange et les monts et merveilles des soies de schiste rouge de sa vulve où serpente une veine violette grenue.

Alors que le matin au sortir de sa douche, Louise est à peine fendue, une nymphe invisible tire juste le bout de sa langue entre les poils bien mousseux, tout est caché, décent, innocemment rose, le sexe de Louise s’exhibe le soir en un camaïeu moite de rouges, de plis et replis et d’orifice d’une carnation moins raffinée, une sanguine d’où s’écoulent des sucs un peu louches à me damner.

Là, Louise, maintenant que je l’ai sur le bout de la langue, je vais aller te le chercher ton lait !

 

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