Moralopolis – Catherine Marx

Les dégâts d’un féminisme radical, décrits par Catherine Marx. Une vision qui va peut-être vous  faire frémir…

Attention, le roman de Catherine Marx fiche les jetons et peut déstabiliser la plus fervente des féministes radicales. Pourtant, la romancière ne craint pas de se faire dépecer par les plus inflexibles qui ne manqueront pas de l’accuser de haute trahison… Sœurs de tout pays, ça ne va pas être facile de se donner la main !

Quant à vous, hommes de tout poil qui survivrez à 2050, Catherine Marx s’en donne à cœur joie pour vous brosser un avenir effrayant dominé par la gent féminine enfin libérée des jougs du mâle. Vous l’avez compris, les femmes ne sont pas bien reluisantes sous la plume de l’écrivaine qui gratte là où ça fait le plus mal : le prisme de la belle égalité… L’égalité obtenue avec tous les mauvais penchants masculins féminisés, pouvoir, autorité, matriarcat abusif. Ajoutez à cela un eugénisme poussé à son paroxysme, une obsession sécuritaire, des interdictions de fumer, de boire, des citoyens qui vivent dans la frayeur perpétuelle de ne pas être correctement formatés et de pauvres citoyennes enrôlées dans une gangue bien-pensante et normative, perdant toute liberté de désirer et de jouir en accord avec les phéromones, les saisons et la fantaisie des  parades amoureuses.

Caricature implacable des dérives sociétales en ce qui concerne la recherche du risque zéro d’une part et de l’autre parodie ultra féministe qui va jusqu’à interdire aux hommes de signifier directement leur désir pour une femme. Des camps de rééducation sont prévus pour les récalcitrants, des stages de convenances… Tout ça après avoir été dès la naissance (ou in utero) passés au crible pour savoir s’ils sont porteurs du  gène du viol. Vous découvrirez avec délice le sort réservé à ceux qui sont fichés à risque ou dont les rares parents ont refusé qu’ils soient testés.

Franck, le héros du roman est un homme tendre, gentil et amoureux. Ses parents, derniers dinosaures résistants à la société policée, n’ont pas voulu le soumettre au test néonatal (les femmes sont encouragées à avorter lorsque le fameux gène est détecté), il ne possède donc pas ce fameux passeport attestant qu’il n’est pas un gros machiste violeur en herbe.

Notre homme est heureux et chanceux, sa petite amie élevée elle aussi dans la nostalgie de la liberté, n’exige pas la production de ce sésame pour sortir avec lui. Jusqu’au jour où il y eut ce désir de mariage et d’enfant. Et arriva ce qui s’avéra nécessaire pour la poursuite de la démonstration de Catherine Marx… Franck est testé positif, il est porteur du gène du viol.

Tout s’écroule pour notre pauvre héros au cœur trop tendre tombant de Charybde en Scylla. Franck décide alors de suivre le seul chemin qui s’offre à lui… après tout, quitte à expier, autant jouir de la tare.

Il faut lire Moralopolis comme un pamphlet, car ce n’est pas un secret, Catherine Marx refuse sous prétexte d’égalité mal interprétée ou de féminisme radical, la mise sous protection systématique de la femme par la loi.

Sans pour autant nier le besoin de protection des plus exposées, l’auteure de l’essai Nid d’Ève, nid d’Adam, nous avait déjà livré sa vision de la femme : être pas plus faible qu’un homme, totalement libre de disposer de son corps, libre d’aimer être désirée et pénétrée, ou pas… mais en tous cas loin de la soumission à des diktats féministes extrémistes aussi nocifs, d’après elle, que ceux du machisme.

Finalement, pour préciser la chose dans l’intime, une femme doit pouvoir avoir envie ─ ou pas ─ de s’agenouiller au pied de son amant. Libre à elle. Et c’est cette notion de liberté que dénoncent les adversaires de Catherine Marx : la femme n’est soi-disant pas capable de comprendre qu’elle est manipulée, car il n’est pas possible qu’elle ait envie de se soumettre, même par jeu sexuel.

Voici ce que l’auteure publie au sujet de Moralopolis sur le site AgoraVox :

« J’accuse ce féminisme-là d’être devenu un nouvel outil stratégique de contrôle social, je l’accuse de faire régresser la condition féminine, je l’accuse de renforcer le stigmate de la putain, je l’accuse de constituer une entrave à la libération sexuelle des femmes, je l’accuse d’être misandre, de favoriser un regain du machisme et de nuire à l’instauration d’une société au sein de laquelle les rapports de genre seraient paisibles. Je l’accuse de mettre en place les jalons d’une dictature féministe qui pourrait avoir des effets désastreux sur le plan social. C’est ce que j’ai voulu illustrer dans Moralopolis, roman d’anticipation. »

Sujet difficile parce qu’il heurtera forcément les victimes d’hommes violents ou machistes. D’autant que Catherine Marx en rajoute un peu en jouant avec les patronymes des femmes ou leurs descriptions physiques peu amènes. Sans doute cela n’eut-il pas été nécessaire, un soupçon d’acharnement et de désamour de ce sexe féminin là m’a effleuré…

Néanmoins, ce livre d’anticipation doit faire réfléchir sur les faux combats, les fausses pistes, les dérives… Que doivent défendre les femmes ? Le droit de ressembler aux hommes ou le droit d’exercer librement leurs choix et d’affirmer leurs désirs, quels qu’ils soient ?

Et puis… les hommes, doit-on nécessairement les latter, les mater, les castrer pour pouvoir enfin être nous-mêmes ?

 

Catherine Marx, Moralopolis, Tabou, août 2012, 264 pages, 18 €