la morale, un gros mot ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE. __ Voulez-vous apprendre la morale?

M. JOURDAIN. __ La morale?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE. __ Oui…

M. JOURDAIN. __ Qu’est-ce qu’elle dit, cette morale?

MAITRE DE PHILOSOPHIE. __ Elle traite de la félicité, enseigne aux hommes à modérer leurs passions, et…

M. JOURDAIN. __ Non, laissons cela. Je suis bilieux comme tous les diables; et, il n’y a morale qui tienne, je me veux mettre en colère tout mon saoul, quand il m’en prend envie.

Le Bourgeois gentilhomme – Molière –

Le gouvernement planche sur l’idée d’un enseignement  à l’école ,de morale laïque, en mettant des gants pour manipuler ce mot  presque ordurier si l’on en croit les différentes réactions de tout bord, allant de la dénonciation d’une volonté  d’embrigader la  pensée à celle de vouloir imposer une politique relevant du  simple manichéisme, l’état décrétant ce qui est bien et ce qui est mal.

Mouais…je  me demande plutôt si ce ne sont pas  les adultes qui devraient se faire rappeler les notions élémentaires du savoir vivre ensemble , vu la façon dont je les entends s’adresser à leurs enfants au super marché : petit con, tu vas t’en prendre une,  fais chier,  m’emmerde pas etc…

Ca me fait un  peu marrer, remarquez…Quand la droite propose de remettre la morale au goût du jour, la gauche s’étrangle  en  s’offusquant de son conservatisme poussiéreux quasi pétainiste et si la gauche s’y essaie en rajoutant ‘laïque » au mot dynamite, la droite crie au lavage  gauchiste des cerveaux  de nos petits.

Mais la basse cour, qui fait l’opinion, applaudit à plus de 90%, ce qui suppose que  la droite et  la gauche  frappent des mains de concert.

Dans un papier du Nouvel Obs,  Ruwen Ogien prétend que les dés sont pipés dès le départ :  On a interrogé dans les sondages sur  l’enseignement du « vivre-ensemble en société  » , sans mentionner le mot morale. Si la question avait été, poursuit Owen ,   » Soutenez-vous l’enseignement du bien et du mal, du vice et de la vertu – thèmes qui font partie du programme de Vincent Peillon ?  »  Je suppose qu’il y aurait eu une franche rigolade ! Pour moi, ce résultat démontre surtout l’hégémonie intellectuelle de la pensée conservatrice dans notre société. Et peut-être aussi un préjugé contre des classes supposées dangereuses, violentes et inciviles. Car évidemment, personne ne s’inquiète du comportement des lycéens de Louis-le-Grand ou d’Henri-IV : le retour de la morale à l’école, c’est l’idée qu’on va discipliner les pauvres.

Plusieurs choses m’étonnent. Tout d’abord, bizarre que les hautes instances n’aient pas réfléchi deux secondes à l’appellation de cette matière censée réguler le vivre ensemble, pour s’économiser cette levée de boucliers.  Education citoyenne  ? Je crois que le mot éducation est aussi mal barré que le mot morale.

Des cours de Conscience citoyenne alors ?

Voici ce qu’en  dit Ruwen Ogien  :

A condition de faire la différence entre la personne et le citoyen : voter, payer ses impôts, etc., c’est se comporter en bon citoyen. Mais cela ne suffit pas à faire de vous quelqu’un de bien. On peut être un bon citoyen, et par ailleurs peu tolérant, lâche, menteur, etc. L’école peut apprendre ce que c’est qu’être un bon citoyen, mais elle n’a peut-être pas la vocation et les moyens de rendre les gens vertueux. L’école doit transmettre des connaissances, apprendre à raisonner et espérer que cela aide les gens à mieux se comporter, c’est tout.

Ce à quoi Finkielkraut répond :

Je souscris en partie.  » Citoyen  » est devenu un adjectif inquiétant. On célèbre des  » attitudes citoyennes  » , des  » engagements citoyens  » , et on entend par là non une pluralité d’opinions ou d’actions possibles, mais un comportement unique, humanitaire, écologique, antiraciste, sympa. L’école doit s’abstenir de toute propagande, même gentille.

Donc à la trappe le mot citoyen aussi…Et puis, tiens, gentil aussi ! poubelle .

Mais qu’est ce qui plombe comme ça les mots de la langue française…C’est bien joli de vouloir leur faire porter tous les maux de notre société, mais enfin, se méfier du mot citoyen quand on sait que c’est celui qui à été hurlé avec les fourches brandies  pour faire la révolution, ça laisse rêveur.

Bon, alors, c’est quoi la morale ?   Lorsque je réfléchis à ce mot,  spontanément je ne pense ni  à la religion,  ni  aux dix commandements . Je suppose que les milliers de gens athées  ne sont pas immoraux ou amoraux parce qu’ils réfutent l’existence d’un dieu  et nient , de facto,  ses commandements. Je pense à mes échelles de valeurs. Mais ne sont-elles  construites, cependant,  sur les bases d’un enseignements religieux  venu de la nuit des temps que mes parents, l’école, la littérature m’ont inculqué ? Même si j’ai fait un tri depuis belle lurette. Et de m’interroger sur l’existence d’une société sans religion. Je ne m’étais jamais demandé s’il existait dans ce monde une nation  totalement athée. Je ne peux croire en tous cas que cette société  n’aurait pas inventé un code de comportements, appelé morale ou machintruc  pour pouvoir cohabiter sereinement, ne serait-ce qu’une base pour  au pire, obéir,  et dans le meilleur des cas pouvoir apprendre  à exercer  librement son esprit critique sans que les uns et les autres se tyrannisent.

revenons à Ogien  qui dit encore ceci  :

Allons, les jeunes ne sont pas si bêtes et agités. Si l’on croit que des cours de morale peuvent les aider, c’est qu’on n’a pas complètement perdu confiance dans leur attention et leur intelligence.

Travaux pratiques :

– une jeune femme, fille d’amis, qui vient juste de prendre en charge à la rentrée  une classe de CE1 dans un petit bourg sans problème a demandé  à un de ses élèves de se calmer, l’enfant lui a répondu « va chier » . 

–  deux jours avant, une amie prof de 59 ans demande à un élève de 6ème de ranger ses affaires, une fois, deux fois. A la troisième fois, elle hausse le ton, il réplique :  « c’est quoi ton problème, tu veux me sucer ? »  

Réagir à ces situation n’est-ce pas faire preuve de moralisation de leur comportement ? Pourquoi dramatiser le mot morale en le soupçonnant  systématiquement de ceci :

J‘entrevois dans tous les projets de faire revenir la morale à l’école la nostalgie d’un temps où les élèves portaient la blouse grise, où ils n’avaient rien à dire sur rien et où on pouvait les punir sans risquer de se faire sanctionner (Ogien) 

Les lois ne relèvent-elles pas de la morale. Ne parle-t-on pas de moraliser la vie politique, financière, l’exploitation des ressources de la terre ? Le fondement de la morale  s’appuie sur des normes de moeurs qui deviendront règles et principes de vie.  Mais la pression sociale de tel ou tel pays peut être très différente, ainsi la morale n’est finalement pas universelle.

ce qui l’est ,  universel, en revanche, c’est la faculté d’apprendre à  réfléchir, de développer son esprit critique, d’élargir ses connaissances pour affûter ses propres valeurs.

Finalement au lieu d’imposer des cours de morale à l’école primaire, repas servis qui ne laissent aucune place à la réflexion mais invite à l’obéissance, ne devrait-on pas proposer aux enfants dès le CP des cours de philosophie  pour encourager l’enfant à réfléchir. La philo enseignée aux tout petits est un excellent vecteur de pensée.

Parce que, si on pousse le bouchon plus loin, et ce n’est pas hors sujet, on peut parler du droit, qui peut faire partie intégrante de la morale,  de la désobéissance civique, lorsque ce que l’on nous oblige à faire est contraire à notre conscience. Par exemple , héberger des  sans papier.

La morale ne se réduit pas à  savoir dire bonjour, aurevoir, merci.

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