Thomas Galley, chroniqueur et auteur. L’hommage allemand à la langue française

.

J’ai découvert l’existence de Thomas Galley à la lecture d’une critique qu’il a faite de mon roman Perle. Chronique plutôt que critique,  élogieuse qui plus est,  donc
agréable pour moi certes..mais surtout fine, profonde et écrite avec une sacrée personnalité. Pour un auteur, une lecture si attentive même si elle doit souligner des points négatifs ou faibles,  ou même débiner le livre, c’est de la joie et du pain béni !   En cela, ce chroniqueur a retenu toute mon attention car il faut avouer que, trop souvent, les critiques littéraires sont  minimalistes, se contentant de reprendre des arguments de Services de Presse ou de quatrième de couverture, ou simplement  de donner un avis positif ou négatif, j’aime , j’aime pas, sans rien vraiment  dire du contenu, de l’écriture, en restant au bord des textes, bref, sans vraiment faire un travail de chroniqueur.  C’est bien simple, si j’étais rédac en chef d’une revue littéraire, je l’embaucherais illico parce que Thomas  Galley communique à merveille sa curiosité littéraire et artistique.

D »ailleurs, il  ne chronique pas pour dire s’il aime ou pas, mais pour dire ce que sa lecture a ébranlé en lui, pour fouiller au-delà des mots et entre les lignes, avec des références culturelles très sûres.   C’est tout un art. Une autre particularité de Thomas Galley,  c’est sa nationalité. Il est allemand et  vit près de Cologne.  Du mauvais côté du Rhin  affirme ce romantique, parce que… son grand amour, la langue française, est de l’autre côté…

En se rendant sur  son blog, la Bauge de Tom  pour y lire ses  chroniques, on se prend à rêver que tous nos étudiants puissent manier la langue française comme lui. C’est pourtant sur le tard que l’homme s’éprend de notre langue, se passionne et empoche une maîtrise de philologie française. Dès lors il ne cessera de se  livrer à elle, à bras le corps.

Thomas ne se contente de pas de lire,  l’art le captive aussi,  pour notre plus grand plaisir puisqu’il  nous en rend compte avec toujours ce talent de conteur sensible, généreux et souvent plein d’humour.

Mais Thomas Galley a aussi d’autres cordes à son arc. Il s’essaie au roman avec L’aventure de Nathalie publié aux éditions Kirographaires, puis participe à d’autres aventures collectives novatrices, celles des éditions numériques Edicool avec 10 petites suites 2806 et  pourquoi j’aime pas Noel. La technologie numérique le séduit beaucoup.  Au passage, les e -books de cette collection qui ne cesse d’innover bousculent le lecteur  habitué au formatage des textes, pour peu qu’on les lise sur les supports ad-hoc , ainsi le dernier né  d’Edicool, « aimer c’est résister » allie texte, image et bande son. Sans crier au génie, ces recherches textuelles sont intéressantes et méritent d’être connues et suivies de près.

Je ne vais pas jouer à chroniquer son Aventure de Nathalie  ici, parce que je n’ai pas le talent  de Th.Galley, et surtout parce que chroniquer un livre d’un auteur qui a chroniqué les miens serait suspecté de renvoi d’ascenseur ou de copinage. Ce serait faux, mais enfin la médisance est si  tentante. D’ailleurs pour déjouer cette tentation, je vais dire que ce roman n’est à mon avis que le balbutiement prometteur  du travail d’écriture de Thomas Galley. Le livre est un peu inégal,  de très beaux passages, une atmosphère intimiste bien rendue et d’autres  pages bizarrement  plus fades. Ceci posé, ce livre délicatement  érotique est écrit dans une langue classique et élégante. On fermera les yeux sur un travail de correction orthographique de l’éditeur qui laisse parfois à désirer, ce n’est pas de son fait, mais c’est agaçant.  La description de Paris est aussi précise et poétique que celle des corps désirants et du temps qui est imparti aux amants ;  on se laisse bercer par le rythme un peu trop lent par moment, mais le désir parfois balade ainsi et donne l’eau à la bouche avec des envies de tout précipiter…au risque de tout perdre.  Les répétitions de ‘mon amour’  si elles sont très crédibles me lassent un peu, mais c’est très perso, peut-être parce que je suis moi-même radine de ces petits mots répétés à l’envi ?  L’audace érotique de Nathalie et l’épilogue de la rencontre racontée par la vieille femme dans cette cathédrale confèrent au roman une douceur trouble que j’ai bien aimée. Je suis sûre que Thomas Galley décollera très vite dès lors qu’il s’affranchira de ce qu’il a appris des conventions de notre langue qu’il maîtrise si bien.   Etrangement,  il le fait naturellement dans ses chroniques, mais pas encore dans ce roman. N’empêche ! écrire un livre dans une autre langue que sa langue maternelle est un sacré défi , chapeau donc Thomas Galley !  On attend la suite, un roman historique  sur l’empire du Rhin est en préparation …

Publicités