le vrai travail

Il n’y a pas un jour où je n’ouvre pas un dico ou un ouvrage sur la langue, la façon de dire, la signification des mots, la rhétorique.  Déjà accablée par les résultats de ce premier tour et  le fiel  droitier et intolérant répandu à plein seau, voilà que la dernière trouvaille de Nicolas Sarkozy  me laisse  pantoise : le vrai travail

Certes,  à gauche il y a 5 ans, « les vrais gens »  m’avait déjà laissée perplexe… Il faut donc s’interroger sur les non-gens et le non-travail , ou les fausses gens et le faux travail. Bizarrement, à bien y réfléchir je me disais que les fausses gens pourraient être des hommes et des femmes vivant sur une autre planète, des extra terrestres,  des in-humains, robots dépourvus de coeur et d’esprit, ce qui m’évoque illico nos gouvernants et les nantis qui regardent d’un oeil d’entomologiste  les fourmis qui s’agitent à leurs pieds ;  et le non travail quelque chose qui à l’inverse du vrai  travail procurerait du bien-être puisque étymologiquement travail signifie torture (trepalium, instrument de torture) . Mais nenni !  Sarko s’adresse aux vrais  gens qui souffrent en exerçant un vrai travail. Il ne s’agit jamais de bien être ni d’épanouissement avec Sarko.  Du coup, cela me rememorre St Paul et le texte que j’avais écrit sur NS il y a quelques temps (De la rentrée , de Sarko et du Nouveau Testament ) dont voici le passage révélateur :

‘il y en a parmi vous qui mènent une vie désordonnée, sans rien faire ; nous leur donnons cet ordre, qu’ils travaillent dans le calme et qu’ils mangent le pain qu’ils auront eux- même gagné, si quelqu’un n’obéit pas, notez-le et n’ayez aucun rapport avec eux pour qu’ils en aient honte ; si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus’

Moi je vous dis que Sarko, il pompe St Paul !
Revenons à nos moutons. Les vrais gens qui exercent un vrai travail. La valeur travail. Alors oui, parlons-en de cette valeur ! Est-ce une valeur intrinsèque à une grandeur vertueuse ? Quelque chose qui élèverait l’âme et l’esprit ? Non,  même pas, c’est seulement  un moyen cette valeur travail, pour être canalisé , gagner plus et garantir la paix à celui qui trône à la tête de la nation.   Et gagner plus pour quoi faire ?  Pour  s’acheter une belle montre comme celle avec laquelle il crânait ….Parce que le sarko croit, parfois avec raison, que le vrai travailleur, il  ne rêve que d’une chose : s’acheter un belle montre.

Le vrai travailleur doit surtout se démarquer du non travailleur assisté. Ne pas défiler dans le même cortège, ne pas monter dans le même  bus, ne pas aller sur le mêmes plages, ne pas envoyer leurs gamins dans les mêmes écoles. Le vrai travailleur doit haïr le non travailleur et élever ses enfants dans cette détestation. Ne pas apprendre à partager ni à donner, ni à accepter les différences.  St Paul l’a bien dit il y a des siècles et des siècles : […notez-le et n’ayez aucun rapport avec eux pour qu’ils en aient honte ; si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus..]’ 

C’est à se demander pourquoi d’ailleurs les instances gouvernementales louent les initiatives citoyennes associatives qui assistent  (bon sang,  quelle désolation que ce mot ait perdu sa valeur d’entraide pour être devenu péjoratif) et réconfortent les plus démunis. Sinon à se dire qu’ils s’en lavent les mains. Verra-t-on le jour où cette entraide là sera devenue hors la loi comme l’est celle envers les sans papiers ?

Le vrai travailleur n’imagine pas un jour être lourdé et devenir assisté parce qu’il croit dur comme fer qu’il retrouvera un vrai travail (donc pas un temps partiel + une allocation d’assisté). Le vrai travailleur sait tout cela. On le lui répète en boucle. Une boucle qui se referme sur une surréaliste « fête du vrai travail » qui déshonorera tous ceux qui célèbreront cette honteuse  fausse véracité.

Cette affiche publiée sur le mur FB d’une journaliste pigiste …