sexualité et cancer (2) Conférence du 24 mars à Saintes.

Le tabou est tenace.

Les malades ne font pas l’amour, ne jouissent pas. N’en ont surtout plus envie, au-delà de leurs difficultés  ou de leur fatigue à le faire.  Un peu comme les vieux. Manquerait plus qu’ils prétendent au désir et au  plaisir !  Le malade comme le vieux doit faire l’aveu de son état, le deuil de sa féminité ou de sa masculinité ,  se draper dans sa dignité. se soumettre au protocole,  à la science,  à la mesure, remiser son sexe et fermer les cuisses. Ce sont les recommandations raisonnables des médecins et de l’entourage :  la guérison  coûte que coûte.

 

miwa kyusetsu
miwa kyusetsu

L’aveu de la maladie à soi-même et aux institutions (savoir scientifique, hôpital, secu, banques..)est  le point d’aiguillage vers une voie de garage, un cul de sac. Les données changent.  L’individu en reconnaissant son état de délabrement   est étiqueté , il  abandonne ses libres choix et se plie aux injonctions institutionnelles.  Les ordonnances et les protocoles, la politique de santé, les règles financières obligent le malade (et le vieux, apparemment  la vieillesses est considérée comme une maladie car l’aveu de vieillesse fait également basculer le cul de sac et les mêmes rails)   à se conformer à ce qu’on décide pour lui et à ne pas piper mot.Il n’y a pire danger que des électrons libres échappés du circuit. Il faut canaliser ces corps et ces cerveaux en déroute.

C’est oublier que le cerveau, justement,  est  aussi  un organe sexuel. C’est sans compter les résistants à cette double peine.

La conférence sur la Sexualité et le cancer et les maladies graves du samedi 24 mars à Saintes  a  laquelle j’ai participé, organisée par les Enchanteuses, a démontré  qu’être malade ce n’est ni renoncer,  ni  vouloir laisser le champs libre à la douleur et aux mutilations, ni  leur abandonner son corps.  Bien au contraire.

Nous étions 3 conférenciers :  Bérangère Arnal, Fabrice Petit et moi-même.

Une cinquantaine de femmes et d’hommes (3)  sont venus  partager leur volonté de recouvrer leur capacité à désirer et à éprouver du plaisir. Les femmes veulent être à nouveau être désirantes désirées.  Les hommes regardés comme des hommes avec des besoins de témoignage d’amour, même  quand leur virilité est en berne.

La gynécologue Bérangère Arnal (présidente de l’association Au sein des femmes)  a évoqué les effets secondaires des différentes thérapies associées aux cancers  féminins, (radiothérapie, hormonothérapie, chimiothérapie)  telles que la sécheresses vaginale, l’asthénie, la dépression, la perte d’estime de soi. Tout en prônant et en
faisant confiance à  la médecine allopathique,  B. Arnal  propose un accompagnement par la phytothérapie  et homéopathie pour pallier  ces problèmes. Des petits gestes simples qui soulagent et soignent ce que le bistouri,  la chimie et la radiothérapie esquintent. Ainsi par exemple, masser la vulve et les muqueuses avec  de l’huile de millepertuis hydrate et adoucit,  masser la zone de radiothérapie sur l’ablation du sein APRES la séance avec de l’huile essentielle de Niaouli  atténue les marques de brûlure. (en fin de billet, vous trouverez les liens vers les sites de Bérangère Arnal et des associations)

La manifestation  s’adressait à tout public,  femmes et  hommes malades,   partenaires, soignants, et tout bien portant…Cependant , du fait de la présence majoritaire de femmes et de la gynécologue, la conférence s’est naturellement préoccupée plus spécifiquement des cancers féminins. Toutefois les propos tenus par les uns et les autres sur la sexualité concernent tous les cancers  et maladies graves, puisque ce sont les traitements qui ont des conséquences sur la sexualité, en plus des ablations.

Même lorsque, par exemple,  l’hormonothérapie érode complètement  la libido, les malades restent des femmes et des hommes avec des besoins de caresses, de baisers, de sensualité  ou de sexe . Chaque cas est unique parce que chaque corps, chaque intimité, chaque sexualité est unique.  L’itinéraire pour cheminer vers son partenaire ne vaut que pour soi. Il y a une multitude de façons de retrouver la route. Pour autant , le dénominateur commun du plus gros obstacle à ce retour à la sexualité  est l’image de soi totalement détruite. Le cancer, la maladie grave, sont avant tout des crises identitaires. Le malade perd  ses cheveux, ses cils, ses sourcils, ses poils pubiens, définitivement  un sein, deux seins, un utérus , des ovaires , sa féminité , sa capacité à bander, temporairement ou définitivement, sa virilité. Des problèmes  urinaires ou intestinaux réversibles  peu glamour viennent se greffer sur cet effondrement. Il faut alors du temps pour que tout se calme, une fois les traitements terminés.

Fabrice Petit,  le deuxième intervenant a proposé pour sa part un accompagnement et un travail sur soi et sur le couple pour renouer avec l’intime et une sexualité. La sexualité n’est pas vitale a- t-il rappelé,  mais elle est épanouissante et cimente le couple. Le coach insiste sur l’intérêt de valoriser ses atouts plutôt que de se lamenter sur ce qui est perdu.   Le sexe fait et défait les couples, il est ce qui différencie l’amour fraternel de l’amour amoureux.  Tout comme B.Arnal, il met en garde contre le temps qui passe. S’il faut laisser du temps aux malades pour retrouver des forces, il faut se méfier de le laisser filer,  renouer avec son partenaire peut alors être compromis, le renoncement s’installe, l’éloignement, le malaise. L’amour ne peut pas toujours être suffisant.

Enfin,  j’ai axé mon intervention sur le refus de renoncer à son identité féminine ou masculine.  Non, on ne fait pas le deuil de son sexe.   Que l’on ait un sein ou la prostate en moins.  Il s’agit plutôt de désapprendre, de  changer son regard posé sur soi et s’interroger sur ce qu’est la sexualité. Est-ce seulement le coït , la pénétration, les organes génitaux ? ou bien est-ce un domaine plus vaste, au-delà même du corps ? J’ai  proposé le mot érotisme, ce mot qui ouvre la  porte à la lenteur, à l’imaginaire,  à la création,  au jeu, à l’espace, et convoque les 5 sens.

Puis  j’ai suggéré des pistes à explorer :

  • la bienveillance du regard, la connivence amoureuse et tendre

  • la masturbation pour aller à sa propre rencontre,  renouer avec ses sensations charnelles, chaque femme et chaque homme savent comment et  où, ils peuvent éprouver du plaisir, les enfants font eux-mêmes cette exploration, elle est nécessaire avant de pouvoir partager quelque chose.  Se masturber en présence de son conjoint peut aussi être érotique, recréer un lien excitant, même sans aller au delà. L’échange de caresses, de massage, est un préambule qui peut durer plusieurs jours, voire semaines, avant de passer aux relations purement sexuelles (génitales). A cet effet,  l’exploration de tout le corps est particulièrement encouragé (fesses, dos, cuisses, nuque, bras, ventre..). Cette technique infiniment patiente est d’ailleurs très utilisée par les sexologues (Sensate focus) . D’autre part la masturbation avec un godemiché entretient la souplesse du  vagin,  encore une technique (que l ‘on appelle pas  alors masturbation, mais stimulation ) utilisée par les sages-femmes après les séances de  radiothérapie pelvienne ou vaginale pour récupérer une meilleure trophicité.

  • la pénétration n’est pas le but essentiel, les jouets sexuels ne sont  forcément pénétrants non plus, ils sont destinés aussi  et surtout au clitoris tant que l’on est pas prête.

  • pas d’injonction d’orgasme, seuls le désir et le plaisir mènent l’instant, plaisir du toucher, de l’odeur, d’être ensemble, peau contre peau

  • J’ai attiré l’attention sur le partenaire,  (H ou F ).  On attend de lui qu’il soit formidable, qu’il sache faire face au désespoir, à la fatigue, aux humeurs de la ou du malade. Le partenaire est aussi en souffrance, il se sent aussi isolé que le malade. Il faut savoir lui tendre la main, ce n’est pas un surhomme, une surfemme, l’impuissance à aider son amour malade peut le faire s’éloigner.

  • S’interroger sur le danger d’une victimisation outrancière. On est malade, ok, victime de la maladie, oui. Mais pas éternellement victime.  Lors d’un témoignage à un groupe de paroles qu’animait Bérangère Arnal, une malade confiait qu’elle fuyait constamment  toute relation intime avec son mari.  Celui-ci ,excédé un soir, l’a secouée  gentiment en lui répétant fermement que le traitement terminé, elle n’était plus une malade, mais un femme. Ca l’a réveillée comme le baiser du prince charmant, elle dit s’être regardée d’une façon différente et a pu renouer dès lors avec le sexe. Garder en mémoire que l’on doit retrouver sa part de responsabilité dans l’évolution des choses.

  • enfin les jeux érotiques,  peut-être  le jeu du bandeau pour ne pas rester obsédée par la tyrannie  de l’apparence. La  lecture érotique, la  jolie lingerie qui cache un peu,  suggère, les lieux et les moments  insolites. Profiter des moments où l’on est pas fatiguée

En fin de conférence, la présidente des Enchanteuses a présenté de la lingerie spécialement conçue pour les femmes ayant eu une ablation de sein. Le choix est maintenant très riche et les collections de Amonea sont aussi charmantes que les autres.

Et puis une innovation a retenu l’attention. Cathy Malhouitre, une jeune femme  épatante ,opérée  sans reconstitution, en a eu assez de mettre sa prothèse dans le bonnet de son soutien gorge, elle voulait assumer son asymétrie après avoir retrouvé par le biais de l’érotisme le goût de son corps.  Elle a donc créé  Souti1 un SG  avec un seul bonnet, superbe, une large dentelle fine recouvrant  en biais le sein manquant. Depuis, la collection s’agrandit,  sein droit ou gauche, avec du rouge et noir..superbes .

 


 

 

visionnez CETTE VIDEO,  elle prouve bien qu’une amazone  qui assume son asymétrie ne fait pas  deuil de féminité …elles sont magnifiques.

[.…Les mannequins  Souti1 se sont surprises elles-mêmes, toute une féminité endolorie est ressortie, là, juste sous l’objectif !….]

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Les images qui illustrent ce billet sont de Anne-Claire Thevenot . Cette remarquable  artiste  que je viens de découvrir m’a aimablement autorisée à les publier sur mon blog.  Je  l’en remercie et vous invite à la retrouver sur ses Carnets intemporels, évadez-vous dans son univers si  émouvant, vous ne le regretterez pas…


infos complémentaires :

Blog de Bérangère Arnal ici 

 site de   l’association au Sein des femmes ici 

RoseMagazine, le magazine du cancer au féminin

site des Enchanteuses 

site de Fabrice Petit ici


billets  déjà publiés sur le thème :

sexe et cancer   ;  les amazones s’exposent à sein et à cri  ;  le désir au scalpel ; la patiente ;

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tomppa28 dit :

    Très bel article, Anne !

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