la course à la mort – du taureau et de l’homme.

En consultant mes archives de listes de blogs que je visitais dans le passé, j’ai retrouvé ce texte -mais hélas pas le blog dont l’intitulé était  « regardez dans la fêlure »  ,  j’aurais aimé insérer un lien pour redonner à l’auteur une visibilité- C’est un texte qui déplaira, forcément, puisqu’il traite de la corrida. Cependant, il   ne s’agit pas  pour moi de cautionner la corrida , d’ailleurs ça me fait mal au ventre rien  qu’à imaginer le taureau entrer dans l’arène, pour autant j’aime regarder les choses en face et tenter de comprendre plus loin que ce que mes yeux voient ou refusent de voir  ;  il s’agit en effet  moins de disserter sur la corrida que de réfléchir sur ce que nous savons et acceptons de la mort.   Ce texte est très fort, parce qu’au-delà des pour et des contre, l’auteur,dépiaute le thème de la fascination et de la banalisation de la mort,  de façon juste et sans détour, sans se voiler la face.

Lundi 10 septembre 2007

Course À La Mort

Enregistré dans : Blogroll — felure @ 13:06:08

La course de taureaux est un art. Je ne comprends pas les raisons qui poussent certaines âmes sensibles à le décrier. Personne n’aime voir la mort en face. Personne n’aime la corrida de toros en ce qu’elle est, une danse factice entre une bête novice dans l’art du combat et un tueur (matador.) L’agonie d’un animal n’est pour quiconque une joie. C’est justement pour nous rappeler que nous sommes vivants et mortels que nous regardons le taureau mourir. Car nous avons souvent tendance de l’oublier. Je ne regarde que la mort du taureau. Le reste ne m’intéresse pas. Je me fous de la tradition, mot qu’on emploie à tort à travers pour justifier quelque chose qui n’a pas besoin de l’être. Je me fous des bandas, dont le bruit m’insupporte plus qu’autre chose. Je me fous de la présidence dont les décisions souvent arbitraires et bien trop subjectives m’irritent au plus haut point. Je regarde le sang qui coule sur les flancs de la bête. Je la regarde s’essoufler, doucement. Tourner sur elle-même. Tirer la langue. Je regarde ses yeux se brouiller à mesure que la faena avance. Je mesure le travail, l’art qui y est mis ou pas. Le sable qui rougit. Le soleil qui disparaît lentement derrière le haut des tribunes. Je suis ivre de sang et de mort et de vie et d’amour. La bête sur le flanc est applaudie. La cavalerie le tire autour du centre pour ramener sa carcasse encore chaude au boucher qui en fera le repas du soir.

Je déteste la corrida, pour tout ce qu’elle charrie de ridicules atermoiements et cris de chattes effarouchées qui se piquent de choquer en écrivant des choses cochonnes. Là, dans l’arène, à l’heure d’une Mort dans l’après-midi, manuel indispensable à tout bon aficionado, se joue le sort de l’Humanité. De sous la silice sourd la lave d’une planète qui meurt elle-même. Il y a de la mystique dans ce face-à-face inégal et dangereux. Pour le taureau. L’homme ne risque que la mort. Sous les arcades à colonnades de Pamplune, on se croirait transporté aux temps fiévreux de la mort des Chrétiens livrés à des félins aux griffes acérées par la faim. La course de taureaux s’est bêtement laissée aller à céder aux modes et à la bien-pensance. Aujourd’hui, on protège le cheval de pique. Il y a peu de temps encore, on le voyait crever, les tripes à l’air.

On ne laisse plus le corps se faire mal. De là, on le prive aussi de plaisir. Car l’un et l’autre sont indissociables. La jouissance sans douleur est un leurre dangereux que l’on inocule à coups de réclames bétifiantes à nos générations futures, en espérant quand même assez les angoisser par l’indicible, l’indisible, par ce qui reste à dire, pour qu’ils deviennent de bons petits moutons consommateurs. Quoi ! Croit-on que l’Humain cesse de s’interroger si d’autres ne le font pas à sa place ? En sortant d’une arène, soûlée par le bruit, les odeurs, la vie et la mort qui se côtoient nues et sans apprêts, on est oblig de se questionner sur soi. On évite, généralement, en allant boire le kalimotxo de la paix. Mais si cela peut courber légèrement le destin de certains d’entre nous, le diriger vers plus d’introspection et moins de putasserie déguisée en frivolité, qui est elle aussi, en soi, un art, alors je dis que vivent les courses de taureaux.

Nous serions habitués aux tueries qui grèvent le monde de sa force vive et nous vomirions à la vue du dos sanguinolent d’une espèce d’animal qui aurait disparue sans ce commerce d’avec les Enfers. Qu’est-ce que ce monde délirant et absurde qui s’accomode de génocides et pas de la corrida ? Les Rawandais sont-ils à ce point non-humains pour qu’on reste autant mithridatisés à leur malheur ?  Il y a décidément dans la marche de l’humain côtoyé jour après jour des pas qui m’échappent. La mise en scène de la mort du taureau nous rappelle que ce monde est une vaste arène dont nous ne jouons pas le rôle du matador, mais bien celui du toro. A trop nous concentrer sur l’inutile, nous perdons le fil de notre vie. La corrida est là pour retisser ces liens.

Elle n’est en aucun cas culture, chanson, boisson. Elle est matrice de nos pulsions de vie. Elle n’a rien d’idéal. Elle célèbre le mal, la douleur, la lente pente vers le tombeau. En refusant de voir mourir le taureau, nous refusons notre destin inéluctable. Et nous augmentons d’autant les chances de mal vivre, puisque nous avons décidé de mal mourir. Autant accepter, se battre, prendre d’assaut nos cauchemars les plus noirs, embrasser nos angoisses, les caresser pour mieux pouvoir les étreindre à mort, et nous gagnerons quelques minutes de répit dans cette infernale ruée vers un bonheur qui n’existe pas. Il n’y a pas d’issue de secours, il n’y pas d’échappatoire. C’est la seule voie. Je conçois qu’elle effraie, je conçois aussi que certains veuillent se sentir encore plus humains en s’amourachant de la corne. Ou du muret à trois cent cinquante kilomètres par heure pendant un Grand Prix d’Italie (Qui évoque la mort de Ratzenberger et de Senna alors que des voitures volantes fusent dans la parabolique ? Qui ?) Tout cela ne relève que de la pure hypocrisie ou plus grave, de l’escroquerie envers soi-même. Les fêtes les plus dures dans le monde ont pour fonds commun la mort. Mais on préfère ne retenir que l’aspect festif, n’est-ce pas, en s’épargnant son côté morbide. Canal+, chaîne auto-proclamée hype en son temps, qui distribuait la coke à ses employés les plus méritants, programme ces jours-ci un documentaire sur les établissements de nuit belges où la drogue circule comme le muguet un 1er mai en place du Colonel Fabien. Pourquoi sont-ils là, tous ces jeunes, qui vont voyager dans la défonce jusqu’à la mort ? Pour lui faire face. Si on en parlait plus librement, peut-être que le spectacle de la mort ne serait pas aussi dangereusement attirant. »

texte provenant du blog « Regardez dans la fêlure » .

images : 1  – Bacon

2-   Dali

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