de l’inconvénient d’être un homme

 

et de l’intérêt d’être un oiseau.   Par ce grand froid le blanc manteau dérobe aux piafs leur pitance, ils ont beau gonfler les plumes, ils se caillent les miches et crèvent de faim  les pauvres petiots. Alors pour ne pas ramasser leur petit  cadavre dans le jardin,  on se décarcasse pour leur donner de la graisse, des graines, on étudie l’endroit stratégique où disposer les nichoirs et les soucoupes pour qu’ils trouvent à coup  sûr leur soupe populaire et surtout  pour  contempler notre oeuvre de bienfaisance et le spectacle  de leur voracité. Parce que  c’est rudement beau  le va et vient des oiseaux qui picorent.  On en  parlent  même  dans les médias,  comment nourrir les oiseaux par ces grands froids ,  il faut sauver rouge gorges et mésanges…ça passionne et attendrit  les gens.

Il en va autrement des hommes. Après quelques marronniers à l’approche des températures négatives où la caméra fait le tour des maraudes du 115 et des abris d’urgence pour la nuit, on égraine  au flash d’info du  petit matin,  d’un ton morne avec un je ne sais quoi d’ennui et de regret de nous gêner, le nombre de cadavres d’hommes ou de femmes  trouvés au détour d’un square,  en soulignant que malgré les consignes, il est ‘impossible  de laisser ouvert ces abris de fortune dans la journée même s’il fait – 10° , par manque de moyens. On regarde, ou plutôt on détourne le regard des  sans abris dans la rue qui quémandent un sou pour se réchauffer , en déplorant qu »ils convertissent le moindre euro en alcool, en oubliant sans doute que l’alcool reste leur seul moyen de se réchauffer, même si cette impression de chaleur  peut les mener à la mort.  Si dans nos jardins de pauvres sans abris erraient parmi les oiseaux, je me demandais  ce matin si nous mettrions des gamelles pour  eux  sous les nichoirs ou si nous ajouterions des couverts à notre table. Voire les logerions pour la nuit.  Mais j’étais sûre que nous  n’hésiterions  pas à héberger pour la nuit le rouge gorge à moitié mort de froid, dans une boîte douillette .

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. claude dit :

    La posture du rouge-gorge et de l’homme assis sous la neige est la même. C’est terrible de se soucier des chats, des oiseaux, des chiens et si peu des hommes. C’est pour ça aussi que par décence on devrait interdire les pub de Sheba à la TV servi dans de la vaisselle délicate. Mais nous sommes tous en face de notre conscience, vous, moi et tout un chacun, car nous les laissons crever de froid et de faim dans la rue

votre grain de sel

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s