Don Juan, Gaïa , les deux Francis et les autres…

Si vous voulez apercevoir la superbe plastique de Gaïa Weiss ,    il faut aller voir cet été Don Juan mis en scène par Francis Huster.  Celui-ci a voulu Elvire dans son plus simple appareil  pour implorer le repentir de Don Juan (joué par lui-même ) dans  la scène VI. La représentation que j’ai vue est celle donnée à  Sarlat, le 24 juillet.

Mettre Elvire « dans cet équipage  » c’est à dire dans cette mise en scène, toute nue,  est-ce  une évidence scènique ou une posture « commerciale » ?   J’ai écouté dans une interview Francis Huster parler de sa comédienne, il est manifestement complètement subjugué  par la femme. Une fascination.  Toutefois si la beauté du corps de  l’égérie de Mauboussin est indiscutable, je ne sais pas s’il était nécessaire qu’elle fut nue pour que la pureté du coeur d’Elvire nous soit plus crédible. Ni même symbolique.  C’est à mon sens une facilité, la tirade d’Elvire exige de la comédienne tout son art pour convaincre de son propre repentir.

Le passe-passe de l’apparition  de Gaïa Weiss nue comme un ver détourne du texte, d’autant plus que Sganarelle finit par couvrir sa nudité de son veston qui reste  malgré tout ouvert sur le pubis épilé  qui joue à cache-cache pendant le reste de la scène :  l’oeil guette, l’oreille suit moins…c’est instinctif !  La beauté de la nudité ne donne de toute façon guère envie de renoncer, Don Juan d’ailleurs , ennuyé par le sermon d »Elvire  à poil,  a plutôt envie de se la mettre au lit.

Evidemment le public, surpris, apprécie sans doute l’apparition, la beauté est toujours agréable à l’oeil , mais exhiber l’extrême  perfection de son corps au libertin Don Juan est plutôt provocateur et contredit finalement  l’affirmation d’Elvire  « …et il n’a laissé dans mon cœur pour vous qu’une flamme épurée de tout le commerce des sens, une tendresse toute sainte » .

Bon ceci dit, c’est un épiphénomène.

Ah..la belle langue …Le texte est  vraiment mis à l’honneur, c’est un véritable bonheur ; le décor minimaliste,  l’adaptation à l’époque moderne , les costumes et le style des personnages ne nuisent  nullement. Flingues,  oreillettes et téléphones portables s’intègrent sans choquer. Le texte de Molière ne vieillit pas.

La pièce, ce soir là à Sarlat,  a été fort bien jouée par tous les comédiens de la Troupe de France.  Sganarelle ,  campé par un formidable Francis Perrin  a porté la pièce par sa justesse de ton, que ce soit dans la colère, dans l’ironie ou la fourberie.   Francis Huster , très attendu,  a été moins convaincant en tant que comédien, à mon goût.

Elvire, nue :

« .…Ne soyez point surpris, Dom Juan, de me voir à cette heure et dans cet équipage.

C’est un motif pressant qui m’oblige à cette visite, et ce que j’ai à vous dire ne veut point du tout de retardement. Je ne viens point ici pleine de ce courroux que j’ai tantôt fait éclater, et vous me voyez bien changée de ce que j’étais ce matin. Ce n’est plus cette Done Elvire qui faisait des vœux contre vous, et dont l’âme irritée ne jetait que menaces et ne respirait que vengeance. Le Ciel a banni de mon âme toutes ces indignes ardeurs que je sentais pour vous, tous ces transports tumultueux d’un attachement criminel, tous ces honteux emportements d’un amour terrestre et grossier; et il n’a laissé dans mon cœur pour vous qu’une flamme épurée de tout le commerce des sens, une tendresse toute sainte, un amour détaché de tout, qui n’agit point pour soi, et ne se met en peine que de votre intérêt….. »

Dona Elvire  dans Don Juan – Molière –

Alors, forcément, dit toute nue, le texte m’évoque un peu Sainte Thérèse d’Avila…laquelle faisait preuve dans sa confession, d’une extase mystique quelque peu charnelle…

prochaine représentation à Sisteron