clitoris en bannière

Le clitoris peut-il devenir le sexe fort ,  s’ est interrogé Thomas Chauvineau dans son émission Ca vous dérange ? sur France Inter.

La question est mon avis idiote et me dérange pas mal, oui, dans le contexte de la conquête de l’égalité homme/femme.  Egalité en droits, faudrait-il encore préciser…

Sexe fort, sexe faible ?  S’il y a sexe fort comme le suppose l’intitulé de l’émission
en question , qu’il soit masculin ou féminin, c’est forcément que l’autre sera faible. Est-ce une idée égalitaire , ou revancharde,  je ne sais … Quoiqu’il en soit,  cette journée internationale du clitoris est une bêtise à mes yeux parce qu’elle sexualise une fois de plus la femme dans cette lutte égalitaire, comme s’il ne suffisait qu’on nous reproche de nous servir de nos fesses ou de nos seins pour obtenir de l’avancement…

Certes, Thalia Breton (porte parole d’Osez le féminisme)  martèle avec raison que le viol est un fléau insupportable qu’il faut combattre, tout comme les maltraitances ordinaires qu’on inflige aux femmes. Elle assure aussi qu’il faut tout revendiquer à la fois.  C’est cet amalgame qui est  regrettable. Revendiquer de la même façon et  avec les mêmes outils le refus de la sexualisation de la femme et une légitime liberté sexuelle est totalement inefficace et même contre-productif.

Il ne s’agit pas tellement de  vouloir cloisonner vie privée et vie sociale, mais plutôt de cibler avec discernement pour mieux parvenir à ses fins.

Pourquoi cette campagne ?  Voici ce que je lis :

Parce que, lorsque l’on parle de sexualité, le clitoris est souvent oublié,


 Parce que très peu de gens savent à quoi il ressemble ou comment il fonctionne,


Parce qu’encore trop peu de personnes ont la chance d’en profiter

Parce que donner du plaisir aux femmes est la seule utilité de cet organe méconnu  

 Parce qu’il est objet d’ignorances, de dénigrements voire de mutilations.

est-ce donc uniquement de l ‘information sexuelle ?  Ou est-ce une revendication de la sexualité de la femme ?  Ou encore une injonction au respect de la femme ? Ou tout à la fois ? Mais que signifie donc cette journée ?  Le message est flou.

Brandir son clitoris en bannière aura  pourtant hélas  le même sens  pour ceux qui ne respectent pas la femme comme un être égal à l’homme,  que de  sortir les seins à l’air,  s’adonner à l’onanisme en public ou pire encore…bref ces gens là percevront le message  clitoridien comme une incitation à  envisager la bagatelle, ces hommes seront confortés dans leurs certitudes, la femme est un être à disposition  dont il faut dompter les hystériques désirs. C’est un peu oublier que des filles n’osent même pas sortir en jupe dans certains quartiers et que le combat est d’abord en amont. Avant d’exhiber leur clitoris peut-être rêvent-elles de pouvoir montrer leur jambes.

Aux autres, à ceux qui  reconnaissent aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes, sexualité comprise, cette journée du clitoris leur arrachera un sourire indulgent ou agacé.

Le clitoris est un organe sexuel dont chacune se sert comme elle veut,   la campagne porte à croire que  très peu de femmes connaissent la richesse de leur sexe, il ne faut pas exagérer non plus…  la déjà petite fille, instinctivement se masturbera sur ce petit bouton qui lui procure du bien-être.  Oui, parce que les filles se masturbent et regardent dans un miroir comment elles sont faites. Et le clito c’est leur jouet, comme la verge pour le petit garçon, l’un et l’autre branlent leur organe.  Une fille se masturbe rarement en premier lieu en se pénétrant.

Contre les religions qui prônent l’excision,   « touche pas à mon clitoris » est parfait, mais c’est  un autre combat,  tellement grave qu’il  réclame une campagne à part entière.

Thalia Breton assimile cette journée du clito à la défense de l’égalité des femmes.  Ca me laisse perplexe…et voici pourquoi :

En ce qui concerne cette lutte, ce qui me semble le plus urgent, c’ est de protester et de lutter contre la  sexualisation de la femme pour un oui ou pour un non.   Cette façon insidieuse, communément adoptée dans les divers milieux ,  médiatique par exemple ( un des premiers pourtant à se mobiliser pour promouvoir les grandes et belles causes féministes…Ah l’hypocrisie ! ) pour  parler des femmes. Le langage est le premier vecteur de la  dévalorisante familiarité  dont on fait preuve face aux femmes , tout comme de sa  systématique sexualisation.

Ainsi va-t-on entendre parler  à la radio ou à la télé de Ségolène, Martine ou  Marine…sans juger bon d’accoler le nom de famille,  comme un patron dirait à sa collaboratrice ou assistante mon petit , ça relève de la même mentalité, ainsi va-t-on souligner le vêtement sexy , seyant ou pas de la première ou de la seconde, ou de son pouvoir de séduction quand on dira charisme  pour un homme.  Changer des mentalités  ataviques ça ne se décrète pas, c’est long et difficile,  ça  ne se fait pas à coup d’exhibition de clitoris,  changer les mentalités c’est éduquer différemment en famille et en société,  ça commence par le langage, puis par les postures, les attitudes,  ces petites choses, ces petits riens, des mots, qui ancrent la femme à l’assujettissement  sexuel.   Il n’y a pas plus phallocrate que le milieu des médias, celui-là même qui nous informe ou nous désinforme. D’ailleurs cette journée du clitoris a bien fait rigoler les rédactions, à n’en pas douter les blagues bien crasses ont dû circuler…

Cette lutte quotidienne  là n’ est pas prête d’être  gagnée, mais s’il doit y avoir campagne alors que cette campagne s’adresse en premier lieu à ceux qui ont le pouvoir des mots et des images !

LIENS :

sous le coquin  capuchon

tout savoir du clitoris 

et encore là 

ses mystères 

un peu de clitologie pour réparer les failles des manuels de l’éducation nationale