sexe et cancer


  Quand ce n’est pas le médecin ou le chirurgien qui omettent gentiment
d’évoquer les incidences de l’ablation de la tumeur d’un cancer de la prostate ou des organes génitaux féminins,  ou celles de la chimio et de la radiothérapie sur la libido et la vie sexuelle, c’est très souvent l’entourage qui minimise l’importance de ce « détail » . Estime-toi heureux de pouvoir être guéri…s’entend dire le malade, presque honteux de revendiquer que l’on se soucie aussi de cet aspect de sa vie en suspens.

Les patients les plus âgés se résignent sans doute mais les plus jeunes ou ceux pour qui la sexualité est primordiale se retrouvent confrontés à un  immense désarroi auquel ils n’ont pas été  préparé par les médecins.

Erection et identité masculine

En ce qui concerne l’homme, si aujourd’hui les techniques de l’ablation de la prostate ont considérablement gagné en minutie, il n’en reste pas moins que beaucoup de malades encore jeunes se retrouvent confrontés à l’impuissance, la perte de libido et l’incontinence après des séances de chimio ou de rayons. Les traitements hormonaux, eux, sont une véritable castration chimique et les astuces mécaniques pour obtenir une érection souvent décevantes, simple rééducation à très long terme pas toujours efficace et aucun cas celles-ci n’améliorent en tous cas la libido. Le désir qui fout le camp, ce n’est pas visiblement pas le souci de la médecine.
Le garçon grandit avec l’idée qu’il est un homme parce qu’il bande. Non seulement l’annonce de son cancer oblige brutalement le malade à entrevoir sa mort peut-être plus proche qu’espéré, mais lui fait surtout redouter la perte de son identité masculine. Des difficultés de couple se greffent parfois sur cette situation difficile que l’amour ne suffit pas toujours à résoudre.  Ne pas pouvoir satisfaire sa ou son partenaire entraîne parfois un repli sur soi, posture de protection.

Féminité meurtrie

Les thérapies des cancers génitaux féminins ont également des effets dévastateurs sur le désir des femmes, et les rayons ciblés sur le pelvis compliquent pareillement le tableau : les organes voisins trinquent,  les problèmes intestinaux et les fuites urinaires ne sont pas propices à une vie sexuelle,  l’image de soi est désastreuse.

Bien sûr des âmes compatissantes sauront leur rappeler qu’il n’y a pas que le sexe dans la vie, mais qu’en savent-elles, après tout….Lorsque la femme cultive l’art de l’érotisme pour ensoleiller sa vie et celle de ses amours, tout peut basculer lorsqu’au fil des jours plus rien ne fonctionne.
Si la curiethérapie intravaginale cible beaucoup plus localement, avec des effets secondaires moindres, une fibrose vaginale peut advenir, rendant  douloureuse ou impossible la pénétration. La souffrance psychologique s’ajoute alors à celle du corps.  Renoncer à leur vie sexuelle, pour des femmes  ménopausées ou pas, très actives en ce domaine ,  peut se révéler être une première mort.

Les cancers du sein portent atteinte à la féminité mais n’empêchent pas mécaniquement une vie sexuelle épanouie, qu’ il y ait ou non reconstitution du sein opéré, pour peu que le ou la partenaire sache rassurer  la femme sur son potentiel érotique.  Les amants devront surtout changer leur regard, désapprendre le beau formaté et symétrique,  pour pouvoir s’émouvoir sur le singulier, le fragile, et oser porter leurs mains et leurs lèvres sur les empreintes d’un parcours de vie.

Décider en connaissance de cause

L’homme, ou la femme, confronté à un cancer des organes génitaux doit toujours prendre plusieurs avis médicaux et chirurgicaux. Il, ou elle, peut choisir, refuser, accepter, tout ou partie de la thérapie proposée. Quitte à se faire surveiller très étroitement ensuite.

Rien n’est anodin, plusieurs écoles s’affrontent, parfois diamétralement opposées en ce qui concerne la prostate, ablation ou pas, traitement hormonal ou pas. En ce qui concerne le cancer de l’endomètre, très souvent, même pour une tumeur de classe I, une radiothérapie est proposée en plus de l’hystérectomie. Rien ni personne n’assure que le pronostic de survie ou de guérison n’en sera meilleur, mais ce qui est certain, c’est que les rayons vont endommager le vagin.

Il ne s’agit pas de ne pas se faire soigner ni de risquer sa vie sans réfléchir.  Mais chacun peut décider de sa vie et quelles priorités  lui donner. Jamais les médecins n’interrogent le patient à ce sujet. Le patient devient  un sujet, une maladie, un cas. Il reste rarement un homme ou une femme, avec toute sa singularité et sa personnalité.

Les cancérologues et les radiothérapeutes ouvrent le parapluie,  soignent  large, selon des statistiques, au cas où. Les dommages collatéraux ne sont pas leur problème.  Il est indispensable de réclamer auprès des médecins toutes les informations concernant les effets secondaires,  réversibles ou pas,  mais aussi de se renseigner soi-même par ailleurs en restant des patients actifs.

Liens :

Association nationale du cancer de la prostate

Touche pas à ma prostate

Cancer génitaux féminins (endomètre, ovaires, col)  

lire aussi :  → Sexe et cancer  , conférence/ → cancer du sein et ablation /→ le désir au scalpel 

 

Crédit images :   Patrick Earl Hammie (1) et Miwa Kynsetsu (2)

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